MÉNINGITE ESSENTIELLE. — FORME COMMUNE
1. Forme commune. — Elle est caractérisée par l'évolution de deux périodes : période d'excitation et de délire, période de coma et de collapsus.
Début. — Cette forme de méningite débute par. un mouvement fébrile intense, une céphalalgie atroce et des vomissements. Le mouvement fébrile est ou non précédé de frisson; le pouls est fort, dur. fréquent; la chaleur est intense, sèche, elle dépasse souvent 40°; la céphalalgie siège dans la région frontale; elle augmente par le mouvement, la lumière et le bruit ; les vomissements, d'abord alimentaires, deviennent bilieux; ils persistent quelques jours ; ils sont en rapport avec la céphalalgie. Le faciès est rouge, animé; la respiration très-accélérée et entrecoupée de soupirs; il y a une constipation opiniâtre: la langue est blanche et saburrale; l'insomnie complète ; l'agitation alterne avec la somnolence ; le regard devient fixe: les réponses brèves; et dès le deuxième jour, le délire éclate; d'abord fugitif et tranquille, il devient continu et furieux. Les malades, en proie à une agitation énorme, crient, vocifèrent, cherchent à se lever, à frapper, à mordre; ils ont des hallucinations multiples et changeantes, et on est obligé de les maintenir avec la camisole. La contracture des muscles de la nuque et de la mâchoire d'abord, celles des membres ensuite apparaissent déjà. Le mouvement fébrile continue; mais le pouls devient petit et augmente de fréquence ; la langue se sèche et se colore en brun ; les vomissements cessent. La \mort peut survenir dans celte période, au milieu d'une agilation terrible.
Mais habituellement les malades arrivent à la période de collapsus. La somnolence l'emporte sur le délire, et les malades tombent dans un coma plus ou moins profond. C'est dans cette période qu'on observe les convulsions et les paralysies ; elles sont habituellement partielles et bornées à h face; mais quelquefois il survient des accès véritables d'éclampsie et des hémiplégies. Les contractures que nous avons déjà signalées, les soubresauts des tendons, la céphalalgie, prennent un plus grand développement. Pendant ce temps, le pouls faiblit P*"»* iWgiUfer et se ralentit, pendant que là température se
maintient ou même s'élève encore; la respiration suit la circulation, elle est irrégulière, suspirieuse et rare. Vers la fin du premier septénaire, quelquefois dès le quatrième jour de la maladie, la mort survient, isoit par asphyxie, soit dans un coma profond, soit enfin, mais bien plus rarement, dans un accès d'éclampsie ; quelquefois enfin on observe un mieux inespéré, interrompu brusquement par le retour des plus mauvais symptômes et parla mort.
Si la guérison doit terminer la maladie, ce qui est excessivement rare, la connaissance revient peu à peu et par intervalles; le déliré cesse fout à fait; et le coma est remplacé par un véritable sommeil.
II. Forme convulsive. — Presque exclusivement propre à la première enfance, cette forme s'annonce par du malaise ; les enfants sont tristes; ils pleurent sans cesse; bientôt ils sont pris de fièvre et de vomissements ; très peu d'heures après, la maladie éclate par une attaque d'éclampsie. Les attaques se succèdent, d'abord rapprochées, puis de plus en plus éloignées; elles sont séparées par des intervalles de coma, avec plaintes ; grincements de dents, hémiplégie, contractures ; le mouvement fébrile est continu, le pouls très-fréquent; la tempéracure excessive, à 39°,5, 40» et même 41°. C'est un bon signe diagnostique pour distinguer la méningite de Yèclampsie et des convulsions uremiques. La respiration est tellement accélérée qu'elle sert souvent de signe diagnostique; les grands mouvements coi-vulsifs cessent ; la paralysie alterne, avec des contractures dans les membres, de grands mouvements d'extension, très-lenls, presque cataleptiques, puis le coma domine et remplace les autres symptômes. En même temps, la respiration devient gémissante, l'asphyxie commence, et les malades succombent'rapidement, presque toujours avant le septième jour, quelquefois après vingt-quatre ou trente-six heures. La mort peut encore être plus rapide et survenir pendant une attaque vjolènte de convulsions générales. La prison s'annonce surtoul par le retour.de la connaissance el par la cessation du mouye-
MÉNINGITES ESSENTIELLES. ÉTIOLOGIE. 7
ment fébrile. Cette forme n'est bien décrite que dans les ouvrages consacrés aux maladies de l'enfance.
Méningite apoplectiforme ou foudroyante. — Précédée de céphalalgie et de tristesse, cette forme débute brutalement par la perte subite et complète de la connaissance. La respiration est stertoreuse et accélérée; le pouls plein et fréquent; il survient des contractures. La marche de la maladie est continue, et la mort arrive après vingt-quatre ou trente-six heures. Cette forme est fort rare ; il en existe une fort belle observation dans le livre de Parent du Châtelet et Martinet, p. 505.
Anatomie pathologique. — Elle n'a point été étudiée au point de vue des formes. Quand la lésion a achevé son évolution, on trouve la pie-mère distendue par une certaine quantité de pus, formant une couche jaunâtre à la convexité, et se prolongeant plus ou moins sur les faces latérales des hémisphères, gagnant quelquefois la base du cerveau, la face supérieure du cervelet et même le bulbe. Ce pus habituellement concret, membraniforme, siège dans l'espace sous-arachnoïdien. La cavité de l'arachnoïde contient quelquefois des fausses membranes; les ventricules sont le plus souvent vides ; d'autres fois ils contiennent du pus. La substance cérébrale en contact avec la pie-mère est rouge, ramollie; quelquefois adhérente. L'examen microscopique fait reconnaître que les capillaires contiennent plus de sang: que les globules sont pressés, entassés les uns sur les autres; qu'ils sont déformés ; il existe un nombre variable de corpuscules granulés et de corps fusiformes; enfin, les éléments nerveux sont déformés et plus ou moins détruits. A un degré moins avancé, on ne trouve qu'une rougeur vive et des traînées purulentes le long des vaisseaux.
Etiologie. — L'âge a une influence marquée sur la forme de la maladie. La forme convulsive survient presque exclusivement pendant la première dentition. Le sexe masculin est beaucoup plus souvent atteint que le sexe féminin; les enfants d'aliénés sont plus exposés à celte maladie que les autres.
Les excès alcooliques, l'insolation, la peur, le chagrin, une tatigue musculaire excessive, une longue marche, sont les causes occasionnelles de la méningite.
Traitement. - Prophylaxie. - Elle consiste non-seulement a éviter les causes occasionnelles, mais encore, pour les enfants prédisposés, à supprimer pendant la première dentition, le vin, le café et les médications dites toniques : vin de quinquina', huile de foie de morue, préparations ferrugineuses et iodées ; bains salés et excitants.
Traitement de la forme commune. — Les médicaments principaux sont : belladona, hyosciamus, stramonium et opium. Tous les quatre correspondent à la céphalalgie, au délire s'aggravant progressivement etremplacé par le coma, aux contractures, aux convulsions, aux paralysies, aux vomissements et à la fièvre. Les trois premiers, qui appartiennent à la même famille botanique, présentent des analogies qui rendent leur choix trèsdifficile; nous allons néanmoins essayer de spécifier les indications de chacun d'eux. Ce que nous allons dire ici s'applique aussi au traitement de la méningite symptomatique, puisque l'ensemble des lésions et des symptômes est le même dans tous les cas. Nous ferons une exception pour la méningite tuberculeuse dont le traitement réclame un chapitre à part.
Période du délire. — Belladona convient bien à l'ensemble de la maladie : on devra donc l'administrer au début, alors qu'il n'existe encore ni du côté du délire, ni du côté du désordre des mouvements rien qui doive faire préférer un de ses analogues. Stramonium devra remplacer belladona si la fureur est extrême avec hurlement, impulsion à mordre, pouls petit et fréquent, face d'un rouge brun, roideur tétanique très-prononcée de la nuque, de la mâchoire et des muscles.
Hyosciamus sera préféré si le malade veut continuellement s'échapper, se mettre nu ; s'il voit rouge ; si les convulsions sont éclamptiformes, et si le mouvement fébrile est modéré.
Période de eollapsus. — Encore belladona, stramonium el opium.