ÉRYSIPÈLE
L'érysipèle est une maladie contagieuse, souvent épidé inique, caractérisée par une inflammation de la peau à marche progressive.
L'inflammation érysipélateuse de la peau est une affection commune à plusieurs maladies : à la fièvre typhoïde, aux fièvres éruptives, à la pneumonie, mais principalement à la diathèse purulente; elle entre comme élément dans l'histoire du phlegmon diffus. Le caractère qui distingue radicalement l'inflammation érysipélateuse symptomatique, est sa tendance à la terminaison par suppuration. L'érysipèle des nouveau-nés , c'est-à-dire celui qui survient pendant le premier mois, est presque toujours une affection de la diathèse purulente, et c'est pour cette raison qu'il présente une gravité si considérable.
L'érysipèle présente trois formes : forme commune, forme bénigne, forme maligne ou érysipèle ambulant.
I. Forme commune. — C'est l'érysipèle fixe, l'érysipèle de .la. face. Il débute par un mouvement fébrile violent, précédé
d'un frisson et accompagné de vomissements bilieux ; en même temps on trouve sous les mâchoires un engorgement ganglionnaire, et à la face, habituellement sur les côtés du nez, une tache rouge et saillante. L'engorgement ganglionnaire précède la tache rouge et permet de l'annoncer.
Le lendemain la fièvre continue ; elle affecte le type rémittent avec rémission matutinale. Le pouls est fort, très-fréquent, de 120 à 140 ; la chaleur élevée ; la soif vive.
Les vomissements persistent souvent les deux ou trois premiers jours ; la langue est blanche, rouge à la pointe ; les urines très-sédimenteuses ; la constipation habituelle, la tache érysipélateuse a beaucoup augmenté.
Ces symptômes se maintiennent jusqu'au quatrième jour ; alors l'érysipèle a envahi une partie de la face et présente les caractères suivants : rougeur éclatante et lisse ; tuméfaction exactement limitée par un rebord sensible au toucher et à la vue ; dureté de la peau malade ; petites granulations dues à l'hypertrophie des papilles du derme; douleurs brûlantes ; vésicules et quelquefois bulles énormes ; œdème du tissu cellulaire, d'où tuméfaction transparente et occlusion des paupières. A mesure que l'érysipèle atteint de nouvelles régions, les parties primitivement affectées se guérissent.
Souvent il survient une rémission marquée le matin du quatrième jour; mais le soir, le frisson ou un sentiment de froid apparaît; il y a augmentation du mouvement fébrile et l'érysipèle reprend sa marche envahissante. De rémission en exacerbation, la maladie atteint habituellement le milieu ou la fin du second septénaire, quelquefois même du troisième septénaire. Dans sa marche envahissante, l'érysipèle atteint plus tôt ou plus tard le cuir chevelu. Cette période est annoncée par la tuméfaction et la douleur du cuir chevelu, mais sans rougeur appréciable. C'est à ce moment que l'assoupissement et un délire quelquefois furieux s'emparent des malades. Ce dernier symptôme n'est pas constant. De la face, l'érysipèle envahit les oreilles qu'il tuméfie horriblement ; la nuque, le cou, et quand la maladie se prolonge, il reprend des parties de la face
qui ont déjà été malades. Le gonflement des ganglions correspondants aux régions envahies est un fait constant.
L'inflammation érysipélateuse peut gagner la muqueuse du pharynx par les fosses nasales ; plus rarement elle débute dans le pharynx pour arriver à la peau. Cette angine érysipélateuse présente une rougeur éclatante, accompagnée de douleurs brûlantes.
Terminaison par la guérison. — C'est la terminaison presque constante. Elle est annoncée par la décroissance, puis la chute du mouvement fébrile, l'arrêt de l'érysipèle et sa desquamation. La chute des cheveux, des blépharites, des furoncles, et souvent des abcès, constituent les accidents consécutifs de cette maladie.
La mort arrive par une métastase sur les méninges ; métastase presque toujours occasionnée par un traitement perturbateur.
Le tracé thermique est celui du type rémittent; la chaleur atteint dès le premier jour 40 degrés et quelquefois davantage ; la différence entre le matin et le soir est d'un degré, et à chaque rémission le tracé retombe au voisinage de la normale pour remonter à 39 ou 40 degrés quand il se fait une nouvelle poussée.
Variétés. 1° Erysipèle du cuir chevelu. — Quand la maladie débute par le cuir chevelu, et reste bornée à cette région, elle est quelquefois difficile à reconnaître. Cependant l'engorgement des ganglions du cou, la tuméfaction douloureuse de la peau du crâne, les caractères du mouvement fébrile, fixeront le diagnostic.
2° Erysipèle des membres. — Jamais il n'existe de symptômes cérébraux; l'érysipèle est toujours annoncé par le gonflement des ganglions, auxquels aboutissent les lymphatiques delà partie de peau enflammée.
II. Forme bénigne. — Caractérisée par le peu d'intensité du mouvement fébrile et par une durée de quatre à sept jours.