ÉRYSIPÈLE. — FORME MALIGNE
L'érysipèle reste borné souvent à une partie de la face. 11 ne faut pas confondre cette forme avec l'inflammation érysipélateuse des dartreux, et qui accompagne si souvent l'eczéma des oreilles chez les femmes à l'âge de retour.
III. Forme maligne. —Elle correspond aux formes malignes des fièvres éruptives. Elle est caractérisée par l'ataxie ou le désaccord des symptômes ; par la chute des forces ; par la mobilité et la multiplicité de l'affection érysipélateuse ; par la contagion facile ; par une extrême gravité.
L'expression d'érysipèle ambulant convient moins, parce que l'érysipèle peut être fixe sans cesser d'être malin.
Prodrome. — Du malaise, le sentiment d'une grande fatigue, précèdent de quelques jours cette forme, qui débute par un frissoa violent avec claquement de dents ; ce frisson est suivi d'une chaleur brûlante. Le mouvement fébrile s'accompagne d'anxiété, d'agitation et de symptômes cérébraux, coma et délire, même quand l'érysipèle ne siège pas à la face. Souvent l'affection cutanée n'apparaît qu'après deux ou trois jours de fièvre.
Le mouvement fébrile, l'anxiété, la prostration, vont en s'aggravant, en même temps que l'érysipèle s'étend. Comme dans la forme commune, la maladie présente des rémissions le quatrième et le septième jour ; mais les exacerbatîons vont sans cesse en augmentant, et les symptômes généraux s'aggravent chaque jour, sans toutefois, le plus souvent, que le mouvement fébrile prenne plus d'intensité. Le pouls dépasse" rarement 100 à U2 pulsations, et la peau n'atteint pas cette chaleur exagérée qui est d'un si mauvais pronostic dans les maladies aiguës. L'érysipèle est d'un rouge intense, recouvert de bulles énormes ; au lieu de se propager par continuité, il s'avance par plaques isolées, par îlots, qui s'agrandissent et se réunissent à l'érysipèle primitif.
Quand la maladie doit se terminer par la mort, ce qui est de beaucoup le cas le plus fréquent, la prostration augmente; les malades sont en proie à un délire tranquille et continut avec
grincement des dents, carphologie, difficulté de la parole et de la déglutition, incontinence d'urine; la langue est sèche et noirâtre ; il se fait des héraorrhagies ; des pétéchies apparaissent; de petits érysipèles se forment sur des points éloignés ; le mouvement fébrile est peu intense, la peau presque naturelle; puis l'érysipèle pâlit; le pouls s'en va tout à fait; la .peau se refroidit, et les malades succombent dans une sorte d'asphyxie lente.
Quand l'érysipèle malin doit se terminer par la guéiHson> le délire cesse; la langue s'humecte; l'érysipèle ne fait plus de progrès; le sommeil et l'appétit reviennent, et le mouvement fébrile cesse tout à fait.
Étiologie. — L'érysipèle est souvent par épîdêmique. Il est contagieux, au moins dans la forme maligne. C'est surtout au printemps et à Y automne qu'on observe cette maladie. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Les plaies, les irritations de la peau, les indigestions et les émotions morales sont les causes occasionnelles les plus fréquentes.
Traitement. — Sept médicaments principaux correspondent à la forme commune. Belladona est le plus souvent indiquée. Ce médicament répond à l'inflammation érysipélateuse avec gonflement des ganglions, au mouvement fébrile, aux vomissements et à la constipation, aux symptômes cérébraux. Rhas toxicodendron est indiqué par des vésicules nombreuses. Je me suis bien trouvé d'alterner ces deux médicaments ; je prescris quelques gouttes de la troisième dilution. Hepar sulfuris est indiqué par des douleurs d'excoriation, mais surtout par un gonflement plus considérable. Mercurius est plus convenable avec l'ensemble des symptômes suivants : stomatite avec salivation; mouvement fébrile avec sueur; érysipèle accompagné de prurit et de vésicules comme dans l'eczéma. Cantharis est demandé par érysipèle avec bulles énormes, douleur brûlante, fièvre avec prédominance de froid ; Euphorbium par angioleucite, traînées érysipélateuses.
Le graphite convient surtout dans la forme bénigne, quand il
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y a peu ou point de fièvre. Apis tient le milieu entre Belladona et Rhus, ne combattant pas aussi bien que le fait le premier l'inflammation cutanée intense, ni la tendance à former des phlyctènes du second, mais agissant plus efficacement dans sa propre sphère.
Traitement de la forme maligne. — Aconitum, lachesis et arsenicum sont les trois médicaments principaux, aconitum au début. Contre le mouvement fébrile si intense de cette période, l'expérience clinique semble donner la préférence à la teinture, 1 à 2 grammes pour 200 grammes d'eau.
Lachesis convient à la période d'état et est indiqué par les symptômes généraux graves avec mouvement fébrile peu intense et tendance au refroidissement; il correspond parfaitement au tableau que nous avons donné de la forme maligne.
Arsenic sera préféré si la peau est brûlante et qu'il y ait unç grande agitation. Carbo vegetabilis, si le pouls est absent et l'asphyxie commençante.
Rhus, pulsatilla et belladona m'ont constamment fait défaut dans la forme maligne. L'application du collodion a produit de bons résultats entre les mains du docteur Robert de Latour. Nous n'avons pas eu à nous en louer dans la forme maligne ; peut-être Pavons-nous appliqué trop tard.
Sur la recommandation de Jaccoud, nous avons essayé le quinquina dans la forme maligne de l'érysipèle, et avec un succès qui nous a d'abord surpris, parce qu'il nous semblait en contradiction avec la loi de similitude. Mais si l'on réfléchit que, dans Pérysipèle, le mouvement fébrile est beaucoup plus important que la lésion, et que le mouvement fébrile affecte trèsmanifestement le type rémittent, on cessera de s'étonner de l'action favorable de China. Ce médicament n'agit point ici d'après des vertus toniques fort hypothétiques, mais bien d'après les propriétés positives qu'il possède d'exciter chez l'homme sain un mouvement fébrile intermittent. Loin d'être une contradiction de la loi de similitude, l'action favorable de China dans
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le traitement de l'érysipèie en est une nouvelle confirmation. Jusqu'ici j'ai prescrit 4 grammes de teinture mère dans 200 grammes d'eau à prendre en vingt-quatre heures.