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CHAPITRE V

HYPOCHONDRIC

Définition. — L'hypochondrie est une névrose commune aux deux sexes ; elle est caractérisée par des affections multiples, mais principalement par une tristesse et une préoccupation anxieuse habituellement, mais non toujours, relative à la santé.

La description de cette maladie est très-difficile, tant à cause des hypothèses des anciens sur la bile noire et sur le rôle de la rate et du foie dans cette maladie, que par le fait des préoccupations systématiques des modernes. Parmi ces derniers, lesuns ne voient dans l'hypochondrie que les troubles gastriques, tandis que les autres ne prennent en considération que les symptômes psychiques. Pour mettre de Tordre dans l'exposition de l'histoire des symptômes propres de l'hypochondrie, il faut d'une part mettre en oubli toutes les hypothèses anciennes, et de l'autre s'efforcer de distinguer Yhypochondrie essentielle de Yhypochondrie symptomatique.

L'affection hypochondriaque se manifeste ,comme symptômes dans la goutte, dans la maladie hémorrhoïdaire, dans la syphilis, dans la chlorose, dans un certain nombre d'affections organiques de V abdomen; et dans certaines formes de la folie, à litre de phénomène précurseur.

Division. — J.-P. Tessier décrivait deux formes de l'hypochondrie : la forme commune et la forme périodique.

I. Forme commune. — Début. — Cette forme débute souvent à propos d'un phénomène d'âge : puberté, âge de retour ; ou à l'occasion d'un changement notable dans les habitudes : cessation du commerce, passage de la vie des champs à la vie des villes ; veuvage, etc. ; d'autres fois elle apparaît dans la convalescence d'une maladie; mais le chagrin est l'une des causes les plus puissantes de son développement. Le malade devient triste ; des troubles divers de la digestions apparaissent, et le

préoccupent outre mesure; son caractère devient inquiet, craintif, indécis, scrupuleux et porté à la colère. Son esprit est sans cesse en proie à une tristesse anxieuse au sujet de sa santé. La maladie marche très-lentement; pendant longtemps les hypochondriaques continuent leurs affaires et leurs rela * tions; ils paraissent jouir d'une santé parfaite; quelques malades ne dépassent jamais ce premier degré ; mais, chez le plus grand nombre, Thypochondrie continue sa marche envahissante et arrive à la période d'état

Période détal. — Cette seconde période est caractérisée par la prédominance de Tunô des affections hypochondriaques, affection qui donne à la maladie un cachet spécial.

Aliénation hypochondriaque. — C'est souvent une véritable aliénation, caractérisée par une idée délirante et une impulsion maladive. L'idée délirante est fixe; celles qu'on observe le plus communément sont les suivantes : idée d'une maladie incurable, d'une maladie dégoûtante, contagieuse, honteuse; idée d'une mort prochaine et inévitable, d'une ruine imminente complète, d'un déshonneur, de la perte d'une personne aimée, d'un accident ridicule, etc.

Ces idées résistent à tous les raisonnements; ou, si elles semblent céder, elles reparaissent sous une autre forme.

L'impulsion hypochondriaque est triste, anxieuse. Elle jette les malades dans une mélancolie profonde, les rend très-malheureux et peut les pousser au suicide ou à l'homicide.

Souffrances cérébrales. — Elles sont très-variables : simple étourdissement, vertiges à tomber, céphalalgie, migraines avec vomissements, bourdonnements d'oreille, chaleur et fatigue à la tête.

Insomnie. — Ce -symptôme est quelquefois poussé très-loin, et il y a des hypochondriaques qui passent des mois sans dormir; la fatigue de la privation de sommeil, quoique très-pénible, est cependant incomparablement moins ressentie dans cet état de maladie que dans l'état physiologique.

Paralysies. — Jamais on iTobserve dans Thypochondrie ces paralysies complètes, si communes dans l'hystérie; ce sont plutôt des fourmillements avec un sentiment de faiblesse plus ou moins prononcé. Uànesihêsie et Yanalgésie existent fréquemment dans Thypochondrie, quoique ces deux symptômes n'aient pas la même valeur que dans l'hystérie.

Troubles des sens.' — Ce sont principalement des tintements d'oreille, des éblouissements, des perversions de l'odorat et du goût : quelquefois une exaltation excessive des siens. Les idées fixes et les craintes exagérées des hypochondriaques trouvent dans ces désordres un aliment inépuisable.

Souffrances gastriques. — Ces affections dominent dans l'hypochondrie symptomatique de la goutte; elles sont fréquentes dans Thypochondrie essentielle; leur caractéristique est la flatulence.

U anorexie avec amertume de la bouche ; une dyspepsie opiniâtre, avec ou sans gastralgie, sont les affections les plus ordinaires dans Thypochondrie. Quelquefois la boulimie remplace l'anorexie ; les éructations, les borboiygmes, la tympanite accompagnent toutes ces affections. La constipation est habituelle, quoiqu'on ait observé aussi des diarrhées opiniâtres.

Symptômes pulmonaires et cardiaques. — Ils sont trèsanalogues à ceux de l'hystérie. Une toux petite, sèche, trèspersistante, cessant pendant le sommeil et pendant le repas ; des palpitations énormes, ébranlantes, disparaissant presque toujours par la marche et la distraction; des lipothymies et des syncopes. Les malades se croient atteints de phthisie ou d'anévrysme.

La maladie ainsi constituée par une tristesse habituelle et par une ou plusieurs des affections que nous venons de décrire, persiste dans cette période d'état pendant des années, offrant de grandes alternances de rémission et d'aggravation pendant toute sa durée. Cette durée est aussi longue que la vie des malades, si un traitement approprié ou un changement considérable dans la manière de vivre ne procure pas la guérison.

HYPOCHONDRIE, —FORME PÉHIODIQUE. 869

Cette guérison est quelquefois sut i te, à la suite d'une émo» tion, d'une perturbation profonde; mais le plus souvent elle est très-lente avec des retours offensifs de la maladie.

3e Période. — Cachexie hypochondriàqùe et mort. — Les anciens, qui confondaient l'hypochondrie symptbmatique avec Thypochondrie essentielle, admettent tous une période cachéetique dans Thypochondrie. C'est la période des obstructions, ou, en termes plus précis, la période des cancers et des affections organiques. Or, c'est une erreur de croire que le cancer du foie ou de l'estomac constitue l'hypochondrie à un . degré quelconque, et il faut rejeter complètement de l'histoire dé l'hypochondrie la période des obstructions.

L'insomnie prolongée, l'anorexie, la dyspepsie, les vomissements incessants, la diarrhée prolongée et la manie qu'ont certains hypochondriaques de rester au lit et dç se refuser à tout exercice, produisent l'amaigrissement, l'anémie, la perte des forces; mais la vie végétative résiste longtemps, et ce n'est qu'après de longues années que se produisent les œdèmes, les hémorrhagies et les évacuations colliquatives qui finissent par amener la mort. Le plus souvent cette terminaison est amenée par une maladie intercurrente.

II. Forme périodique. — La forme périodique est caractérisée par le retour à époques éloignées et habituellement ir régulières d'attaques d'hypochondrie. La rémission qui sépare les attaques est complète, ce qui permet de distinguer cette forme des cas fréquents de la forme commune , dans lesquels on observe des rémissions très-marquées, mais toujours incomplètes.

Cette forme débute plus brusquement que la forme commune; ses allures sont plus rapides; elle atteint très-promp tement son summum d'intensité, et elle décroît très-rapidement ou même cesse tout â coup.

Quoique la maladie ne persiste pas toujours au même degré pendant toute la durée de la période d'état, on n'observe pas

néanmoins ces grandes variations si fréquentes dans la forme commune.

Le retour des attaques est souvent déterminé par l'influence d'une émotion morale, d'un changement de climat ou de saison.

Presque toujours, les attaques se ressemblent entre elles, tant par leurs causes déterminantes, leurs phénomènes précurseurs, que par leurs symptômes et leur mode de terminaison.

Étiologie. — L'hypochondrie est une maladie héréditaire ; elle alterne dans les familles avec les autres névroses et en particulier avec les vésanies. Elle est plus fréquente chez Yhomme que chez la femme et se déclare principalement à deux âges delà vie: la puberté et l'âge du retour. Les climats ont bien moins d'influence sur le développement de l'hypochondrie que les mœurs et l'état de civilisation. L'Angleterre est le pays de l'hypochondrie. L'hypochondrie est la maladie des riches, des inoccupés, des personnes qui exercent dos professions sédentaires et dans lesquelles l'imagination est surexcitée. L'observation enseigne que les célibataires y sont plus exposés que les personnes mariées. Les excès vénériens, surtout quand ils ont produit un affaiblissement notable et une impuissance relative ou absolue, produisent l'hypochondrie.

Traitement. — La prophylaxie consiste à combattre la trop grande impressionnabiitté par une éducation virile et sévère.

Ijes médicaments indiqués dans le traitement de l'hypochondrie soit extrêmement nombreux ; les principaux sont : nux vornicc, sulfur, aurum, arsenicum, platina, moschus, mercurius^ staphysagria, calcarea, lachesis, ignalia, pulsatilla, sabadilta9 sepiat conium maculatum.

Nux vomica est le médicament principal dans le traitement de l'hypochondrie: il est indiqué par les troubles gastriques; la constipation opiniâtre; la tristesse hypochondriaque avec crainte de la mort et cependant impulsion suicide ; il correspond encore à une grande irascibilité. Nux vomica convient

aux gens de lettres, aux personnes qui ont fait abus du café, de liqueurs fortes, de veilles, de plaisirs vénériens; il convient à la constitution hémorfhoïdale. Sulfur s'allie avantageusement avec nux vomica.

Conium maculatum est indiqué chez les malades pâles et affaiblis, qui ont une grande tendance à se refroidir; chez les personnes qui ont fait des excès vénériens et chez celles qui ont vécu dans une abstinence absolue ; hypochondrie revenant par accès; digestion difficile avec beaucoup de gaz; impuissance; règles faibles ou supprimées; sommeil agité la nuit avec somnolence le jour; indifférence, peur des voleurs, fuite de la société avec crainte d'être seul ; morosité, inaptitude au travail.

Les doses sont très-variables; il faut tâter la susceptibilité du sujet; mais, en général, les hautes dilutions réussissent bien dans l'hypochondrie.

L'idée d'une maladie dangereuse ou contagieuse indique de préférence calcarea, lachesis, sabadzlla, natrum carbontcum, pulsatilla, sepia et ignatia.

Calcarea est indiqué de préférence chez les personnes grasses, sanguines, lorsqu'il y a une grande incapacité intellectuelle avec caractère irritable et susceptible; lachesis, lorsque la crainte de la maladie existe surtout la nuit avec crainte de se coucher; natrum carbonicum, crainte de perdre la raison ; pulsatilla, crainte d'une attaque d'apoplexie; sepia, crainte de devenir poitrinaire; ignatia, crainte d'un cancer à l'estomac. Nous donnons comme fort problématiques ces indications tirées de la crainte d'une maladie particulière; elles ont grand besoin d'être confirmées par l'expérience clinique. Sabadilla est indiqué par l'idée hypochondriaque poussée jusqu'à l'hallucination, idée qu'on a le ventre aplati, l'estomac ulcéré, le scrotum gonflé, etc., etc., etc. De tous ces médicaments, ignalia est celui qui m'a donné le plus de succès.

L'idée fixe d'une mort prochaine, la sensation de cette mort imminente indique de préférence arsenimm^iplatina. Arsenicum est plus spécialement indiqué quand il y a aggravation dans la solitude avec crainte de la société ; quand le sentiment de défaillance, de la vie qui s'éteinl, prend sa source dans un ma-

laise qui part du ventre. Platina répond aux angoisses avec sentiment d'une mort prochaîne et grande peur de la mort.

11 impulsion suicide indique aurum, mercurtus et staphysagria, sans oublier nux vomica, dont nous avons déjà parlé. Aurum est indiqué par un caractère scrupuleux, mais surtout par des congestions de la tête et de la poitrine. Mercurtus est indiqué par une tendance anxieuse au suicide, on désire la mort par découragement ; il y a en même temps crainte d'une maladie cérébrale, et somnolence diurne. J'ai obtenu plusieurs guérisons d'impulsion suicide avec mercurtus. Staphysagria corres^ pond à l'indifférence hypochondriaque, au dégoût de toute chose, poussé jusqu'au suicide. U insomnie opiniâtre indique principalement nux vomica, platina, hepar sulfuris.

Les souffrances gastriques, cardiaques et pulmonaires, servent encore à fixer le choix des médicaments.

Traitement hygiénique. — Les soins hygiéniques sont d'une extrême importance dans le traitement de l'hypochondrie. Une alimentation tonique sans être excitante, la suppression du vin quand le cerveau se congestionne fortement; un exercice porté jusqu'à la transpiration et la fatigue musculaire; des occupations forcées, obligatoires ; les bains froids, l'hydrothérapie, mais, par-dessus tout, les voyages, qui opèrent souvent des guérisons inespérées. Le traitement moral doit se borner à donner à l'esprit une occupation sérieuse; mais c'est une illusion de croire qu'on obtienne quelque chose en combattant par le raisonnement les idées fixes des hypochondnaques.

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