CHAPITRE III
Les règles, dans nos climats, apparaissent habituellement vers l'âge de 14 ans : elles peuvent commencer à 12 ans, ou être retardées jusqu'à 18 ans; très-exceptionnellement elles se manifestent dès l'âge de 7 ans, ou attendent 20 et 22 ans pour se manifester.
La menstruation régulière revient tous les vingt-huit jours. Le premier jour c'est une. simple apparition ; l'écoulement sanguin est plus fort le deuxième et le troisième jour ; il se maintient quelquefois le quatrième jour, puis il diminue beaucoup, pour se terminer le cinquième ou le sixième jour. Le sang doit être rouge et sans caillot. Il peut revêtir une odeur assez forte, sans que la femme soit malade. La quantité de sang perdu est très-difficile à apprécier. Généralement, le nombre des serviettes salies par une femme en bonne santé varie de 6 à 8 ; la perte de sang, pour être normale, ne doit jamais affaiblir la malade.
Les règles qui viennent avant vingt-huit jours avancent, celles qui viennent après retardent ; celles qui ne durent qu'un jour ou deux sont trop courtes, celles qui durent huit jours et plus sont trop longues.
Les règles s'interrompent presque constamment pendant la grossesse et l'allaitement ; cependant il y a des femmes qui continuent à être réglées pendant les premiers mois de la gros* sesse et un plus grand nombre qui voient leurs règles reparaître pendant l'allaitement. Ce dernier désordre a de grands inconvénients : il diminue le lait des nourrices, il contribue à les épuiser, et enfin c'est une condition favorable pour le développement d'une grossesse prématurée. La grossesse force presque toujours à interrompre l'allaitement, non parce que la lait d'une femme grosse est nuisible au nourrisson, mais parce que la femme qui continue à nourrir pendant sa grossesse s'expose à l'avortement et à un épuisement considérable.
Il est rare qu'une femme qui n'a pas ses règles devienne enceinte. Cependant les exceptions à cette loi sont assez nombreuses, que la femme soit nourrice ou non.
C'est vers l'âge de 49 ans que les règles commencent à se déranger; elles retardent ou avancent,diminuent habituellement, quelquefois augmentent de quantité, puis finissent par disparaître tout à fait.
La ménopause peut commencer avant 40 ans ; elle peut se prolonger jusqu'à 50 ans et au delà. Les femmes qui ont été réglées très-jeunes et très-abondamment restent le plus souvent réglées fort tard.
Il faut distinguer des règles les hémorrhagies utérines qui surviennent à tout âge, sous l'influence de maladies diverses de fièvres éruptives et continues, purpura, etc.
Aménie ou retard dans la première apparition des règles. — Le plus souventee retard est lié à la chlorose, et nous n'avons pas à nous en occuper ici ; mais ce retard peut exister comme une simple anomalie, sans être#lié à aucune maladie déterminée ; d'autres fois, il tient à un vice de conformation.
Aménie simple. — Cet état est caractérisé par un effort
incomplet vers la menstruation. Chaque mois, la jeune fille éprouve les symptômes qui précèdent habituellement l'écoulement menstruel : impressionnabilité nerveuse, insomnie, douleur de rein, pesanteur et chaleur dans l'hypogastre, leucorrhée, gonflement douloureux des seins. Ces souffrances se prolongent souvent pendant une semaine, puis tout rentre dans Tordre jusqu'au mois suivant. Geite aménie peut se prolonger pendant plusieurs moi».
Traùerrtent de P aménie simple. — Pulsatilla et causticum sont les deux médicaments qui conviennent le mieux. Pulsatilla, 6e dilution, et causticum, 30°. On donne les médicaments deux fois par jour pendant quatre jours; repos quatre jours; continuer pendant un mois pulsatilla et le mois d'après causticum.
V aménie qui tient à un vice de conformation est beaucoup plus grave ; ce vice de conformation est une imperforation.
L'imperforation est de plusieurs espèces : occlusion du vagin par un simple diaphragme; absence complète de la cavité vaginale, occlusion du col utérin, à son orifice externe ou à son orifice interne. Cette aménie a des symptômes communs et des symptômes propres à chaque espèce.
Les symptômes communs sont : l'absence de l'écoulement du sang menstruel ; l'apparition, chaque mois, de tous les symptômes qui accompagnent la menstruation, symptômes que nous venons de décrire dans le paragraphe précédent. Il faut y ajouter la formation d'une tumeur dans l'hypogastre. Cette tumeur, formée par le sang accumulé dans l'utérus, n'est d'abord perçue que par le toucher rectal; les mois suivants, elle apparaît à l'hypogastre et finit par atteindre un développement qui se rapproche plus eu moins de celui de la grossesse à terme. Cet état est quelquefois la cause d'une maladie que nous décrirons en sa place, Yhématocèle périutérine par rétention.
Symptômes propres à chaque espèce d? aménie par occlusion. — Dans l'occlusion vaginale, le toucher fait reconnaître immédiatement l'obstacle et permet de constater si l'occlusion est due à un diaphragme mince et dépressible, au-dessus duquel on sent le liquide menstruel accumulé ; ou si la cavité vaginale
manque complètement. Dans ce cas le toucher rectal, aidé d'une sonde placée dans la vessie, est nécessaire pour constater l'absence du vagin.
Quand l'occlusion siège sur Yorifice interne du col utérin, le doigt arrive sur le col qui conserve sa longueur et sa consistance normales; si l'occlusion porte sur l'orifice externe, le col participe au développement de l'utérus; il est complètement effacé; et on sent, au fond du vagin, le globe utérin distendu par du sang.
Cette aménieest très-grave, elle peut se terminer par la mort, soit que l'utérus se rompe, soit que les malades s'épuisent et succombent dans la cachexie. Le traitement est purement chirurgical ; il faut donner issue au sang épanché et rétablir l'ouverture oblilérée. Celte opération est souvent mortelle, surtout quand l'occlusion siège sur le vagin ; on diminue les chances de mort en faisant de grandes injections dans la cavité utérine avec de la teinture d'idode étendue d'eau .
Les règles qui viennent avant 12 ans constituent un désordre habituellement lié à une disposition hystérique; il n'y a pas autre chose à faire qu'à mettre en usage le traitement prophylactique de l'hystérie. Si en même temps les règles prématurées sont trop abondantes, il faut recourir au traitement de la ménorrhagie.
Les règles qui avancent de huit à quinze jours affaiblissent habituellement les malades et peuvent devenir la cause de la chlorose.
Ignatia est le médicament qui remédie le plus sûrement à ce désordre; on le donne à la 12e dilution. Calcarea carbonica est aussi un médicament qui convient dans ce cas ; il est surtout indiqué par les constitutions scrofuleuses et ignatia est préférable chez les personnes nerveuses.
Les règles qui retardent n'ont pas, la plupart du temps, d'inconvénients pour la santé des femmes.
Le traitement qui convient le mieux est celui de Taménie. Les coliques menstruelles étant liées à la plupart des affections
utérines ne peuvent trouver leur description ici, nous renvoyons à l'article Dysménorrhée.
Souffrances de la grossesse. — Ce sont des nausées, la salivation,les vomissements d'eau le matin, l'es vomissements d'aliments en mangeant ou aussitôt qu'on a mangé, avec la faculté démanger de nouveau immédiatement après, les changements dans le goût, la somnolence diurne ; les changements de caractère, les impulsions maladives, les chaleurs de la face, les palpitations, un défaut d'équilibre qui rend les chutes faciles; le ténesme urinaire, la constipation. Nous ne parlons ni des vomissements incoercibles, ni de Vabuminurie, ni de IVclampsie, ni des autres maladies qui peuvent se développer à propos de la grossesse.
Traitement des souffrances de la grossesse. — Aconitum, ipéca et nux vomtca remédient à la plupart des souffrances de la grossesse. Il faut se rappeler le Jaboràndi contre [& salivation de la grossesse.
Ménopause. — L'âge critique ou de retour s'accompagne, chez un grand nombre de femmes, de souffrances nombreuses. Ce sont des chaleurs passagères qui montent à la face, par bouffées, et se terminent habituellemenl par une sueur générale et instantanée ; des vertiges extrêmement variables, des fourmillements dans les membres, de l'insomnie nocturne avec somnolence diurne, un sentiment de faiblesse extrême, des palpitations, de 1'essoutflement, des gonflements du ventre, des pesanteurs à l'hypogastre avec des douleurs de reins ; des impulsions maladives, et principalement de la tristesse.
Il est fréquent d'observer, pendant la ménopauses, des hémorrhagies quelquefois excessives et qui persistent plusieurs années, en l'absence de toute maladie; les hémorrhagies s'observent chez les femmes qui ont eu beaucoup d'enfants.
Traitement de laménopause. — Lachesis est le médicament principal de la ménopause.; il remédie à la plupart dés souffrances de cet âge, et prévient les maladies graves qui l'accompagnent si fréquemment. J'ai souvent remplacé lachesis par vipera torva.
Actma ràcemosa est aussi un médicament de la ménopause : il est principalement indiqué par un sentiment de défaillance partant de l'estomac, par la céphalalgie avec douleur dans les globes oculaires et par les douleurs musculaires. On emploie la lrt, 2e et 3e dilution décimale.