MALADIES COMMUNIQUÉES
Période d'incubation. — Elle est habituellement de 40 jours; ses limites extrêmes sont 14 jours et un an. Pendant cette période, quelquefois très-longue, aucun symptôme ne peut faire soupçonner la terrible maladie qui est là en puissance et qui va éclater d'un moment à l'autre. La plaie se cicatrise comme une plaie simple, et toutes les fonctions s'exécutent avec leur intégrité physiologique. Peut-être pourrait-on signaler cependant une surexcitation du sens génital.
Période de prodromes. — Une tristesse et une inquiétude vague, une soif vive sont les premiers symptômes du début. Le malade, devenu très-impressionnable, recherche la société par un besoin de distraction et la fuit par un sentiment de malaise indéfinissable. On a signalé, dans un certain nombre de cas, un travail et des douleurs dans la cicatrice delà morsure ; cette cicatrice s'ouvre quelquefois. Cette période se prolonge plusieurs jours, puis apparaît le frisson convulsif qui marque le début de la maladie.
Ce frisson convulsif apparaît presque constamment la première fois quand le malade boit, d'autres fois c'est lorsqu'il se lave la figure ou les mains. A partir de ce frisson, la rage arrive rapidement à sa période d'état; tout émeut le malade, et sa figure exprime l'angoisse et la frayeur; sa face est pâle, ses yeux cernés, ses cheveux en désordre, son intelligence est intacte. Pressé par la soif, il veut boire et, réunissant toute son énergie, il porte son verre à sa bouche ; mais à peine quelques gouttes de liquide ont-elles touché le pharynx que le malade, comme poussé par un ressort, rejette le liquide introduit dans la bouche ; et est pris de ce frissonnement convulsif qui a marqué le début de la maladie. Plus tard, le frissonnement est remplacé par de véritables convulsions commençant par la face et se propageant rapidement au reste du corps.Elles sont d'abord cloniques, puis ensuite toniques. Les accès sont déterminés par la vue d'un liquide et surtout par les tentatives de la déglutition de ce liquide; la vue d'un objet brillant, le contact de la main, l'agitation de l'air produite par l'ouverture d'une porte suffisent souvent pour déterminer les convulsions.
Le satyriasisel la nymphomanie, l'hyperesthésie de la peau, l'enrouement et la raucité de la voix, les hoquets, les nausées, l'accumulation dans la bouche d'une salive écumeuse qui s'écoule sous forme de bave, ou que le malade rejette par un crachotement continuel, complètent le tableau de la maladie à sa période d'état.
Les accès convulsifs se rapprochent et les malades succombent, suffoqués par le spasme des muscles de la glotte, ou lentement asphyxiés par la contracture des muscles respiratoires.
Etiologie. — La rage ne se développe qu'à la suite de l'ino*culation de la salive d'un animal enragé ; cette inoculation a lieu habituellement par morsure, mais elle peut se produire par le contact de la salive avec une partie excoriée. Les faits de rage développés à la suite de la morsure d'un chien en fureur sont très -contestables. Tous les hommes ne sont pas prédisposés à contracter la rage; ainsi, quand plusieurs personnes ont été mordues, un petit nombre seulement contractentlarage. Cette vérité doit toujours être présente à l'esprit quand on veut apprécier la valeur d'un traitement préventif. La rage a pu être inoculée de l'homme au chien.
Traitement. — Prophylaxie. La cautérisation avec le fer rouge ou avec un caustique énergique est universellement recommandée, et ce moyen pouvant avoir une réelle efficacité, on ne doit pas le négliger. La recherche et la cautérisation des lysses devront être faites, non pas quand la maladie est déclarée, mais pendant la période d'iocubation Ces lysses, quand elles existent, sont de petites vésicules qui apparaissent, dans les premiers jour» de l'inoculation, sur les parties latérales du frein de la langue. Leur durée est éphémère, elles devrontdonc être recherchées tous les jours jusqu'au 22e jour.
L'administration de slramonium et cantharis^ alternés d'abord avec huit jours d'intervalle, puis quinze jours, sera continuée pendant un an.
Jousset, 2e édit. 31
482 MALADIES COMMUNIQUEES.
Traitement curatif. — Cantharis, belladona, stramonium, hyosciamus, veratrum et laehesis sont les médicaments qui devront être essayés.
Stramonium employé empiriquement en Chine contre la rage est indiqué par le spasme du pharynx et du larynx ; par les tremblements et les convulsions, excitées par la vue des liquides et des objets brillants; par l'impossibilité d'avaler avec soif; par l'excitation génésiaque; par la salivation.
Hyosciamus présente comme le précédent médicament les convulsions en essayant de boire ; l'écume à la bouche, les spasmes du pharynx et du larynx, l'excitation génitale, le délire, les convulsions, la congestion cérébrale sont mieux marqués avec hyosciamus qu'avec stramonium.
Belladone analogue aux deux précédents est moins indiquée qu'eux dans le traitement de la rage.
Après les solanées vient cantharis qui comprend les spasmes de la gorge avec impossibilité d'avaler puis des accès d'hydrophobie par la vue de l'eau, des convulsions et des tremblements mais sans caractère déterminé.
Laehesis et vipera contiennent aussi des symptômes d'hydrophobie mais sans caractéristique. Il en est de même de veratrum.
Je conseille les 3 dilutions et si elles restaient sans effet les doses massives.
Le chloroforme et l'opium à haute dose n'ont rien produit dans cette maladie, mais les ingestions de chloral dans les veines ont calmé considérablement les souffrances atroces des malades sans toutefois empêcher le dénouement fatal, on pourrait essayer ce médicament en lavement à la dose de 4 grammes répétés toutes les heures.