MORVE ET FARCIN
La morve est, comme la diathèse purulente, caractérisée par la tendance à la transformation purulente des solides et des liquides coagulables de l'économie; elle présente en plus une tendance à l'ulcération et à la gangrène.
La morve et le farcin ne constituent pas deux formes, mais seulement deux variétés de la même maladie, et toute la différence consiste dans la présence ou dans l'absence de l'affection ulcéreuse de la membrane pituitaire ; affection ulcéreuse qui s'accompagae dunjetage plus ou moins abondant et a mérité le nom de morve à la maladie.
Cette maladie, qui se développe spontanément chez les solipèdes, est inoculable et contagieuse pour l'espèce humaine, à laquelle elle se communique très-facilement. Ce sont les palefreniers et les cochers qui présentent le plus souvent des cas de morve. Dans certains cas, il est extrêmement difficile de remonter à la source de la contagion. Ainsi, on a observé cette maladie chez une femme qui travaillait à détresser du crin ; je l'ai vue chez un brocanteur qui avait vendu des harnais ; on cite des observations chez des personnes qui n'avaient eu aucun rapport apparent avec les chevaux.
La morve est contagieuse de l'homme au cheval et de l'homme à l'homme.
Division. — La morve présente trois formes à étudier : la forme commune, la fot%me chronique et la forme bénigne.
I. Forme commune. — L'incubation varie de vingt-quatre heures à huit jours. La maladie est précédée par de la courbature, des douleurs dans les «membres, un grand affaissement et une violente céphalalgie ; elle débute par un frisson avec tremblement. Le mouvement fébrile est continu ; le pouls, fréquent* varie de 120 à 140 ; la chaleur est intense ; les douleurs vagues du début se transforment en douleurs articulaires qui
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simulent le rhumatisme. L'affection des fosses nasales ne tarde pas à se montrer, elle est caractérisée par le gonflement érysipélateux d'un côté de la face, la tuméfaction de l'œil du côté correspondant et l'écoulement d'une sérosité putride par la narine. Si on examine la membrane pituitaire, on y constate des ulcérations qui vont quelquefois jusqu'à la destruction de la cloison ; les ganglions sous-maxillaires qui correspondent à la narine affectée se tuméfient plus ou moins. Souvent les deux narines finissent par se prendre ; en même temps apparaissent sur les muqueuses buccale, pharyngienne et laryngienne des ulcérations de même nature ; sur la peau, des pustules variables de nombre et de forme; dans le tissu cellulaire, les muscles et les jointures, des collections purulentes formées avec une extrême rapidité. Cependant le malade s'affaisse de plus en plus, le pouls s'accélère et devient insensible ; la diarrhée s'établit; il survient des gangrènes soit de la face, soit de la bouche, soit dans d'autres points ; et le malade succombe le plus souvent à la fin du premier septénaire.
Nous ne connaissons pas d'exemple de guérison dans cette forme de la morve.
Quand l'affection nasale ne se développe pas, la maladie a reçu le nom de- farcin aigu ; elle s'accompagne des mêmes symptômes que nous venons de décrire, et elle suit une marche identique.
II. Forme chronique. — Cette forme est caractérisée par la marche plus lente de la maladie, et le plus souvent par l'apparition tardive de l'affection des fosses nasales, ce qui a fait dire que presque toujours lu morve chronique succédait au farcin chronique.
Assez souvent la forme que nous décrivons débute avec un appareil fébrile assez intense et la formation d'un abcès : l'abcès étant ouvert, la fièvre se calme, et la maladie revêt une marche chronique ; elle est caractérisée par la formation successive de collections purulentes, par des douleurs articulaires et par un affaiblissement progressif. Les ulcérations du larynx et de la trachée se montrent assez vite ; elles déterminent de