DARTRE
Cette espèce morbide est caractérisée par des affections cutanées et des affections viscérales qui alternent ou coïncident. Les affections cutanées sont connues sous le nom de dartres sèches et humides. Les affections viscérales sont multiples et va-
riées; les principales sont des catarrhes, .des fièvres larvées, des névroses, des affections de l'estomac, etc. Jamais cette unité morbide n'a été bien constituée; la grande difficulté provient des affections cutanées qui sont communes à la goutte, à la scrofule, à la syphilis et à la dartre. Willan et l'école organicienne ont encore contribué à retarder la solution de cette question en créant les maladies de la peau et leurs divisions purement anatomiques. J.-P. Tessier, dans ses Cours et dans sa Nosologie, avait affirmé cette espèce morbide. Bazin a essayé d'en tracer l'évolution : il a distingué les affections cutanées en scrofuleuse, syphilitique, goutteuse, parasitaire et dartreuse; mais il n'a pas décrit les formes de la dartre.
Division. — La dartre se présente sous quatre formes : forme commune, forme bénigne, forme anomale, forme larvée.
I. Forme commune. — Elle se définit comme l'espèce morbide. Tl faut ajouter qu'elle peut se terminer par une cachexie pendant laquelle on voit apparaître des affections cancéreuses de l'estomac et de l'intestin.
lre période. Elle est caractérisée par des affections cutanées et catarrhales mobiles et superficielles à marche un peu aiguë. Ce sont des eczémas, l'urticaire, le pityriasis aigu, le zona, l'herpès, avec mouvements fébriles légers ; les ophthalmies, et les blépharites avec prurit; des coryzas et des blennorrhées diverses.
2e période. A cette période, l'affection cutanée se présente sous deux formes bien distinctes : la dartre sèche et la dartre humide.
Dartre sèche. Le lichen, caractérisé par une éruption de papules dues à l'hypertrophie des papilles de la peau; cette éruption est confluente; le prurigo, constitué par la même lésion anatomique, mais disséminée; le pityriasis et lepsoiiasis, qui ont pour caractéristique une modification de la sécrétion épidermique; dans la première affection, elle produit des furfur; dans la seconde, des squames.
Les dartres humides siègent dans l'appareil sécrétoire de la
peau ; ce sont : l'eczéma, caractérisé par des vésicules transparentes, puis des croûtes molles et jaunâtres; lepemphigus, dont la lésion anatomique est une bulle; V impétigo, constitué par des pustules avec participation des glandes sébacées ; Yecthyma, formation de pustules avec fausses membranes, croûtes épaisses et noirâtres; le furoncle, la même lésion, beauconp plus profonde.
Les affections cutanées débutent indistinctement n'importe par quelle région ; elles sont extrêmement pruriteuses, superficielles; elles ne détruisent pas les tissus et sont entourées d'un cercle inflammatoire. Ces affections sont très-mobiles : elles alternent entre elles et avec les affections viscérales ; elles peuvent disparaître subitement et donner lieu à de véritables métastases. Les affections cutanées de la dartre diffèrent des syphilides par un prurit considérable et par leur évolution ; les syphilides se succèdent dans un ordre à peu près oonstant, tandis que les affections de la dartre alternent; l'eczéma du début, par exemple, revient après le prurigo ou le psoriasis.
Parmi les affections viscérales, la dyspepsie joue le principal rôle; viennent ensuite les catarrhes de la muqueuse nasale, broncho-pulmonaire et utéro-vaginale. Ces catarrhes s'accompagnent d'une sécrétion habituellement séreuse, d'autres fois purulente et extrêmement pruriteuse. Des éruptions analogues à celles de la peau se font sur les muqueuses : le conduit auditif, les paupières, les fosses nasales, le pharynx, la vulve, le vagin, le col de l'utérus, le prépuce, sont le siège habituel de ces éruptions. L'ophthalmie, la névralgie, la migraine, la fièvre larvée, l'asthme, sont des affections viscérales fréquentée dans cette période de la dartre. A mesure que la maladie fait des progrès, les affections cutanées et viscérales se généralisent; les métastases deviennent plus graves; la constitution s'altère, et les malades arrivent à la troisième période.
Cachexie. Dans cette période, les affections cutanées et viscérales existent simultanément et ne disparaissent plus. L'affection cutanée est générale; mélange de la dartre sèche. et de la dartre humide, elle couvre le malade de la tête aux pieds d'une
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éruption où prédominent tantôt les croûtes, tantôt l'exfoliation épidermique. Les affections viscérales peuvent se compliquer du développement du tissu cancéreux : ce sont des cancers de l'estomac et du foie, des tumeurs des ovaires, de la rate. Il survient des affections catarrhales épuisantes. L'amaigrisse' ment est rapide et excessif; la peau jaunâtre, flétrie, plissée, est collée aux os ; il survient des infiltrations séreuses, avec ou Sans albuminurie, rarement des diarrhées ; l'appétit est souvent conservé; la fièvre hectique revient sous le type quotidien, tierce, double-tierce ou quarte ; enfin les malades succombent épuisés et finissent souvent dans une syncope.
IL Forme bénigne.-^ Elle est caractérisée par le peu d'intensité des affections cutanées et viscérales, et principalement par les intervalles très-prolongés qui séparent l'apparition de ces affections.
III. Forme anomale. — Elle est caractérisée par l'extrême bénignité des affections de la peau et la gravité considérable des affections viscérales, une marche plus rapide fct un danger plus grand. Si les malades doivent succomber, les affections cutanées diminuent, puis disparaissent complètement, tandis que l'affection viscérale devient (prédominante et amène la mort du malade.
IV. Forme larvée. — Elle est caractérisée par l'absence comr plète d'affections cutanées. Son histoire repose sur des observations d'affections viscérales, semblables à celles qui surviennent dans la dartre : dés migraines, des catarrhes, des dyspepsies, affections développées chez des malades descendant de dartreux et ne présentant aucune affection cutanée. Ces affections viscérales sont excessivement rebelles à tous les traitements.
Étiologie. — La dartre est une maladie de l'adolescence, de Tâge mûr et de la vieillesse. Cependant elle peut débuter prématurément dans l'enfance, sous forme de dartre sèche. Bazin affirme que cette maladie est plus fréquente chez la femme que chez l'homme; elle est incontestablement héréditaire^ et l'on
n'admet plus qu'elle soit contagieuse depuis qu'on en a séparé les maladies parasitaires.
Les causes occasionnelles sont le froid, des frottements ; certains aliments; les moules, les écrevisses, etc.; les autres maladies qui ont des manifestations cutanées : les fièvres éruptives, la syphilis, etc. Les passions tristes jouent un rôle important dans la. production de la dartre.
Traitement. — Le sulfur et 1 arsenic sont les deux médicaments principaux de la dartre.
Sulfur répond à des éruptions cutanées et muqueuses trèsdiverses : papules, vésicules, pustules, squames; inflammation des yeux et des paupières, du conduit auditif, du nez, de la gorge, de la muqueuse génitale. Les affections de sulfur ont pour caractère un prurit excessif, prurit souvent voluptueux et insupportablement agréable, et remplacé par une cuisson prolongée, lorsque le malade s'est gratté. Le soufre répond encore à la plupart des affections viscérales de la dartre : migraine avec afflux de sang à la tête, pharyngite granuleuse, catarrhe et asthme, dyspepsie, névralgie.
Arsenicum. C'est le grand médicament de la dartre; il a dans sa pathogénie prurit brûlant, élancement à la peau, papules, taches et squames; prurit des muqueuses, habituellement avec sécheresse ; névralgie, migraine, asthme, fièvres intermittentes et névroses diverses.
Nous reviendrons sur le traitement de chaque affection en particulier : indiquons seulement la sepia, la silicea, et surtout le manganesium dans le traitement de la dartre sèche; le tartarus, le graphite, le rhus, et surtout la clematis erecta contre la dartre humide.
Les eaux minérales sont souvent conseillées avec succès dans le traitement de la dartre. Cette médication est encore presque complètement empirique et difficile à préciser à cause de la confusion des affections scrofuleuses et des affections dartreuses. Il est évident que les eaux arsenicales et sulfureuses doivent tenir ici le premier rang, et qu'on se décidera, parle genre du prurit, par la nature des affections cutanées et viscé-