‹ Éléments de médecine pratiqueChapitre 18 sur 200 · MALADIE HÉMORRHOÏDAIRE. — FORME BENIGNE · texte numérisé non relu

MALADIE HÉMORRHOÏDAIRE. — FORME BENIGNE

On observe encore comme affections viscérales des névroses très-diverses, des névralgies en particulier, des gastralgies, des dyspepsies et surtout des coliques excessivement douloureuses. Nous verrons que la paralysie générale et l'ataxie locomotrice se développent presque constamment chez des hémorrhoïdaires.

Les différentes affections que nous venons d'énumérer ont pour caractère de survenir par attaques et d'alterner, soit entre elles, soit avec l'affection anale.

3Ô période. — Cachexie. Les douleurs prolongées, les insomnies, les écoulements muqueux, mate principalement les hémorrhagies répétéesi amènent la cachexie. Celle-ci a pour caractère principal Y anémie et ses suites : pâleur, bouffissures, essoufflements, palpitations. La tendance aux hémorrhagies augmente encore, elles ont des sièges mijltiples ; le purpura, Thydropisie, la gangrène, viennent terminer la scène, si un traitement approprié ne réussit pas à enrayer la maladie.

La forme commune n'atteint pas souvent une gravité aussi considérable, et plus souvent la cachexie ne se produit pas.

II. Forme bénigne. — Elle est caracté* isée par la prédominance de l'affection anale et par l'extrême bénignité ou l'absence complète des affections viscérales.

Cette forme présente des degrés très-nombreux ; dans la vvtr riété la plus grave les hémorrhagies anales prennent une intensité qui conduit rapidement, quelquefois en moins de huit jours, à une anémie profonde ; mais cette anémie, qui disparaît aussitôt qu'on s'est rendu maître de l'affection locale, ne doit pas être confondue avec la cachexie hémorrhoïdaire*

Dans sa variété la plus bénigne, la maladie est caractérisée par l'apparition d'hémorrhoïdes sèches, apparaissant sous l'influence d'une cause occasionnelle puissante, d'une équitation prolongée par exemple, et disparaissant d'elle-même pour ne plus revenir, à moins de l'intervention d'une autre cauae, D'autres variétés sont caractérisées par des suintements saàguins ou séreux, des douleurs plus ou moins vives, etc., etc.

III. Forme anomale. — Elle est caractérisée par la prédominance des affections viscérales ; par l'extrême bénignité de l'affection anale ; ce dernier caractère ne doit pas faire confondre la forme anomale avec la forme précédente.

Les affections viscérales sont de même nature que l'affection anale. Ce sont des fluxions, des hémorrhagies et très-rarement des inflammations; elles sont périodiques ; elles alternent entre elles; elles alternent avec l'affection anale, et se guérissent à son apparition. Cette forme est niée par les organiciens. Cependant il existe des observations cliniques incontestables dans lesquelles on a vu des affections viscérales, habituelles aux hémorrhoïdaires : hémoptysies, hématémèse, guéries après l'apparition des tumeurs hémorrhoïdaires. Ce sont là des faits qu'on ne peut classer que dans la forme anomale des hémorrhoïdes.

IV. Forme larvée. — Elle est caractérisée par les affections viscérales et par l'absence complète de l'affection anale.

Cette forme, encore plus contestée que la précédente, repose tout entière sur l'existence fréquente d'affections ayant tous les caractères des affections hémorrhoïdales , avec une absence complète d'affection anale.

Anatomie pathologique. — L'étude anatomo-pathologigue de l'affection anale a été faite avec beaucoup de soin. Les tumeurs sont de deux sortes : variqueuses et cellulo-épithéliales. Les premières sont composées par des veinules dilatées avec dos vacuoles communicantes, des caillots extravasés, puis organisés; elles ont l'apparence d'un tissu érectile. Ces tumeurs sont une, ou multiples, quelquefois disposées en grappe. Elles appartiennent soit aux veines hémorrhoïdaires inférieures, et par conséquent à la circulation générale, soit aux veines hémorrhoïdaires supérieures, et dépendent par la grande mésaraïque du système de la veine porte.

Les tumeurs cellulo-épithéliales ou marisques, constituées par du tissu conjonctif et épithélial, sont rosées; lisses, disposées sous forme de crête de coq à l'anus.

Les inflammations de ces régions déterminent les indurations et les rétrécissements dont nous avons déjà parlé.

MALADIE HEMORRHOÏDAIRE. — TRAITEMENT. 37

Étiologie. — Les hémorrhoïdaires sont dès leur enfance sujets à desépistaxis, des vertiges, des attaques d'hypochondrie ; ils ont les artères petites et les veines développées. C'est là ce qu'on appelle le tempérament hémorrhoïdaire.

lï hérédité est incontestable dans cette maladie ; quelquefois une seule affection se transmet: la migraine, les épistaxis, etc. C'est ce qui constitue pour nous la forme larvée de la maladie.

C'est surtout de 45 à 55 ans qu'apparaît la première attaque d'hémorrhoïdes. Sthal croyait la maladie plus fréquente dans la vieillesse. Du reste, elle n'épargne aucun âge ; sur 63 cas, Trnka Ta observée 39 fois après 15 ans, 18 fois vers 5 ans, 5 fois dans la première année. Les sexes et les climats n'ont pas d'influence marquée sur la production de la maladie. Certains pays présentent, sans qu'on sache pourquoi, un grand nombre d'hémorrhoïdaires. La vie de cabinet, l'équitation, la bonne chère, les épices, le café, les plaisirs vénériens, l'usage des bains de siège, des sangsues, des purgatifs, surtout aloétiques, favorisent le développement de la maladie, mais ne suffisent jamais à la produire en l'absence de la prédisposition.

Traitement. — Forme commune, attaques. S'il ne survient aucun accident, il faut se borner à faire de l'expectation, non pas que la maladie hémorrhoïdaire soit une fonction, comme l'ont, dit les Sthaliens, mais parce que la fluxion et l'hémorrhagie anale servent de crise aux autres souffrances hémorrhoïdaires.

Douleurs trop violentes : nuxvomica, arsenicum, capsicumannuum et sedum acris.

Nux vomica est indiquée par la douleur d'excoriation, les douleurs sécantes et lancinantes, le sentiment de pesanteur et de constriclion, le prurit, le ténesme et la constipation : le sentiment de constriction et le ténesme caractérisent nux vomica.

Arsenicum est indiqué par des douleurs brûlantes et pruriteuses avec exacerbation nocturne . Les tumeurs hémorrhoïdales brûlent comme du feu.

Capsicum annuum répond surtout au ténesme rectal et vésical et aux petites selles diarrhéiques ; il faut ajouter les douleurs brûlantes et lancinantes.

Sedum acris, indiqué empiriquement, m'a surtout réussi contre les douleurs spasmodiques de la fissure à Tanus , à la dose de quelques gouttes de la 6e dilution. Souvent on se trouve bien de l'association d'arsenicum et de nux vomica. Carbo vegetalis devra être employé dans des cas analogues à ceux d'arsenicutn, quand ce dernier aura échoué.

Inflammation phlegmoneuse des tumeurs hêmorrhoïdales. Nuit vomica est le médicament du début. Sulfur pourra être alterné avec nux ; il correspond à l'inflammation de l'anus , avec douleurs brûlantes et lancinantes; gonflement de l'anus.

Kali carbonicum et muriatis acidum sont indiqués par le volume excessif des tumeurs \mchamomilla, par des tumeurs ulcérées et suppurantes et douleur insupportable. Sepia correspond aussi aux hémorrhoïdes enflammées.

Hémorrhagies anales. C'est l'accident le plus important. Un très-grand nombre de médicaments sont indiqués ; nous étudierons les principaux.

Belladona. Hartman l'indique contre des pertes de sang abondantes avec sentiment de brisure dans le sacrum.

Stramonium est mieux indiqué par la matière médicale; il correspond à un écoulement abondant de sang avec caillot»

PhosphorW) médicament antihémorrhagique par excellence ; il correspond à un écoulement abondant de sang par l'anus , pendant et après les selles, avec tumeur hémorrhoïdale et ténesme insupportable.

Sabina, préconisé p$r Hartman, qui semble l'avoir employé avec succès, est indiqué par les hémorrhagies abondantes, surtout chez les femmes qui ont des règles trop fortes.

Phosphori acidtfm et muriatis acidum sont indiqués contre les hémorrhagies avec gonflement douloureux des hémorrhoïdes.

Millefolium , ipéca , tlaspi ont été employés par analogie et à cause de leurs propriétés antijiémorrhagiques, mais sans indications spéciales. J'ai eu des succès rapides avec perchlorure de fer, 2 gouttes, de la 6e dilution dans 200 grammes d'eau.

Dans un cas qui avait résisté aux médicaments ordinaires j'ai réussi avec le même médicament à l'intérieur à la dose de 10 gouttes dans une potion de 200 grammes. Les lavements

MALADIE HÉMORRHOIDAIRE. — TRAITEMENT. 30

avec 2, 4 et 6 grammes de perchlorure de fer pour 125 grammes d'eau, et enfin la cautérisation des tumeurs hémorrhoïdales avec le fer rouge, sont des moyens externes qu'on est quelquefois forcé d'employer. Les petit* lavements froids, conseillés par Montègre aux hémorrhoïdaires, sont d'un bon effet pour prévenir les hémorrhagies.

Hamamelis virginica. Ce grand médicament des affections variqueuses et des hémorrhagies est doublement indiqué dans la maladie hémorrhoïdaire. Il donne d'excellents résultats, particulièrement dans les cas d'hémorrhagies violentes. R. Hughes prétend ne l'avoir jamais vu faillir dans ses mains en pareille circonstance. On l'emploie généralement aux basses atténuations, mais rien ne prouve qu'il ne soit trèsefficace aux plus élevées.

Nous avons souvent réussi avec la 3° dilution.

Richard Hughes indique encore :

Âsculus hyp. est surtout indiqué quand il y a beaucoup de douleur, peu de sang perdu et de la constipation.

Aloès. On le donnera de préférence dans les cas où les hémorrhoïdes se compliqueront de ténesme rectal avec ou sans dysenterie.

Chelidorïîum. La seule indication est Un a prurit violent » des tumeurs hémorrhoïdales.

ColUnsonia. Ce médicament, qui présente de grandes analogies avec aloès et asculus, correspond à la constipation et aux hémorrhoïdes par suite de l'inertie congestive de l'extrémité du gros intestin ; cet état qui se rencontre souvent dans les mois du milieu et de la fin de la grossesse, est très-amélioré par ce médicament.

Lorsque les tumeurs sont étranglées et menacent d'être frappées de gangrène, il faut tâcher de les réduire : arsenicum et carbo vegetalis sont les deuxxmédicaments indiqués dans ce cas.

Chute du rectum. On a préconisé lackesis, arsenic, sepia, ignatia, nux vamica. Les allopathes emploient la strychnine en injection sous-cutanée. J'ai réussi dans des cas très-rebelles avec nux vomica 6«. Le spasme du sphincter, la fissure à l'anus demandent

lachesis, plumbum, mais surtout sedum acris, auquel je dois plusieurs succès. En dernier ressort, on a recours à l'opération. Les rétrécissements du rectum doivent être traités par la dilatation successive à l'aide de bougies en cire.

Traitement de la maladie dans l intervalle des attaques et pendant la deimème période. — Nux vomica et sulfur sont les deux principaux médicaments.

Nux vomica est indiquée par : hyponchondrie avec anxiété, scrupules et impulsions suicides ; vertiges tournoyants à tomber ; céphalalgie occipitale ; épistaxis répétée, précédée de congestion à la tête et à la face; hématémèse; hémoptysie avec sang caillé ; affection anale très-caractérisée.

Sulfur. Accès d'hypochondrie avec indifférence pour toute chose; absence de pensée: vertiges à tomber; affluence du sang à la tête avec plénitude ; battements, chaleur de la face ; hémorrhagie à siège multiple ; affection anale très-caractérisée.

La cachexie réclame china et arsenicumy les bains chloruréssodiques, les bains avec addition d'eaux-mères : Salins, Le Croisic, Salies, etc.; les moyens antihémorrhagiques.

Dans les formes anomales et larvées il faut employer les médicaments indiqués par les affections viscérales et en plus nux vomica et sulfur, qui peuvent rappeler l'affection anale. On peut essayer de favoriser l'apparition de celle-ci par des bains de siège chauds et prolongés. Les eaux de Garlsbad, et surtout de Marienbad, celles de Niederbrunn, jouissent de la réputation de régulariser la maladie et sont indiquées dans les formes anomales et larvées.

Page 1