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CANCER. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE

sèche. Ce petit bouton augmente très-lentement, et si on évite de l'irriter, il reste longtemps stationnaire ; enfin il s'accroît, sa base s'élargit, l'ulcération s'étend peu à peu ; mais, quand elle a atteint une muqueuse, elle fait des progrès très-rapides. Alors la maladie entre dans sa seconde période , elle est constituée maintenant par un ulcère rongeur qui va s'étendant chaque jour et qui détruit rapidement de grandes parties ; la cachexie finit par s'établir, et les malades succombent ayant perdu une partie de la face ou des organes génitaux.

Quelquefois la maladie débute directement par un ulcère ou par des fissures irrégulières à bords durs et inégaux. Ces ulcères sont quelquefois le siège d'hémorrhagies et de douleurs lancinantes. Ils ont pour caractère distinct de ne jamais se cicatriser; ils sont presque toujours uniques. Ce qui permet de les distinguer des ulcères syphilitiques et scrofuleux qui peuvent siéger dans les mêmes régions. Cependant il existe des observations incontestables d'épithélioma ayant déterminé la transformation encéphaloïde des ganglions et la cachexie cancéreuse. Ces faits prouvent surabondamment que le cancer épithélial est de la même espèce que les autres cancers.

La durée de la première période peut être fort longue, celle de la seconde ne l'est jamais beaucoup. Cependant, tant que les signes de la cachexie ne sejsont pasmontrés, la vie n'est pas immédiatement menacée ; mais une fois la cachexie établie la mort ne tarde pas à survenir.

Anatomie pathologique. — Le noli me tangere est caractérisé anatomiquement par une tumeur dans laquelle on retrouve des cellules semblables à celles de l'épiderme. Ce sont véritablement des cellules épithêliales ; mais, quand la maladie a fait des progrès et que la cachexie s'est développée, on retrouve dans ces cancers le tissu et la cellule encéphaloïde*

L'opinion qui arrive à placer sérieusement le noli me tangere à côté des verrues et des cors aux pieds n'est pas soutenable. En effet, le noli me tangere est caractérisé par une petite tumeur qui s'ulcère indéfiniment, qui peut se reproduire après les opérations les plus attentives, qui détermine quelquefois l'engor-

gement de ces ganglions lymphatiques et la transformation de ces ganglions en tissu encéphaloïde, et enfin qui se termine par la cachexie cancéreuse et la mort; par conséquent le noli me tangere est un cancer, quels que soient d'ailleurs les caractères microscopiques que présente son tissu.

Étiologie. — Les causes occasionnelles qui peuvent déterminer l'apparition du cancer sont très-peu connues.

Les grands chagrins, les passions tristes ont généralement été regardés comme des causes occasionnelles de cancer, mais jamais ces assertions n'ont été prouvées.

Les coups, les irritations quelconques portés sur un organe ne déterminent de cancer que chez les cancéreux.

L'âge de la vie est un phénomène dont il faut certainement tenir compte dans l'étiologie du cancer ; ainsi c'est généralement de trente-cinq à cinquante ans que la maladie cancéreuse se manifeste ; mais cette période n'est point absolue, et il n'est pas rare de rencontrer des cancers même avant la puberté ; cependant il faut observer que l'âge semble dans ces cas avoir une notable influence sur la localisation du cancer. Ainsi, ce sont en général des cancers de l'œil ou des bourses que Ton observe dans cette période de la vie.

L'hérédité, bien que son influence ait été exagérée, est une condition qu'il ne faut point négliger.

Quant à l'influence du sexe et à la fréquence plus grande du cancer chez la femme ou chez l'homme, c'est une question presque insoluble, et du reste sans importance.

Quant aux petites tumeurs accidentelles, aux nœvi materni, elles dégénèrent quelquefois en cancer.

Traitement. — Nous avons vu que la mort était la terminaison naturelle du cancer, et qu'il n'y avait d'exception à cette règle que dans les cas où l'affection avait été enlevée ou détruite. Il est donc complètement inutile d'exposer les indications des diverses médicaments préconisés dans le traitement du cancer, puisqu'ils sont tous notoirement inefficaces. Cependant un certain nombre de médicaments employés à doses infinitési-

maies, el d'après la loi de similitude, réussissent assez bien à enrayer pour un temps la marche du cancer.

Les principaux de ces médicaments sont : arsenicum, conium maculatum et iodium. Tous 1os trois ont -été vantés outre mesure et considérés comme de véritables spécifiques. Nous indiquerons, à propos de chaque affection cancéreuse en particulier, quels sont les médicaments qui peuvent, sinon guérir la maladie, du moins combattre certains symptômes et reculer, dans des limites malheureusement très-bornées, l'issue fatale du cancer.

La seule question que nous traiterons ici sera celle des indi* cations. et des contre-indications de l'opération dans le cancer.

On sait combien les médecins sont divisés sur cette opération du cancer ; les travaux des anatomo-pathologistes et des micrographes ont presque tous été entrepris pour chercher la solution de ce difficile problème, et nous pouvons dire hardiment que cette solution n'a pas encore été trouvée: Dans notre thèse inaugurale, nous avions chercha à résoudre cette question à l'aide des formes de la maladie, et nous croyons que là seulement se trouvera la solution tant cherchée. Nous disions à cette époque : il ne faut opérer ni le cancer aigu, ni le cancer chronique, parce que le premier s'accompagne de phénomènes cachectiques dès son début, et que la reproduction cancéreuse est extrêmement rapide; parce que le second est compatible avec une existence très-prolôngée. Nous posions ce précepte qu'il fallait toujours opérer le noli me tangere dans sa première période, et nous pouvons constater que les recherches des micrographes n'ont fait que confirmer ce précepte traditionnel de la chirurgie. Restait et reste encore la forme commune, pour laquelle il est très-difficile de poser des règles sérieuses d'opération.

Les micrographes ont-ils trouvé la solution du problème ?

on a pu le croire un instant. La cellule cancéreuse a été (par

hypothèse) considérée comme la caractéristique du tissu can-

* céreux ; les tumeurs qui ne présentaient pas cette cellule ont été

^ isolées sous le nom de pseudo-cancers (tumeur fibro-plastique

épithéliale), d'où on a déduit ce précepte en apparence très-

Jousset, 2e édit. 6

rigoureux : opérer les pseudo-cancers, n'opérer jamais le cancer à cellules. Mais les tumeurs fibro-plastiques ont souvent récidivé, amenant la cachexie et la mort comme de véritables cancers, ce qui renverse de fond en comble l'hypothèse d'une cellule cancéreuse caractéristique et pouvant servir à guider le chirurgien dans la question si délicate du cancer. En résumé, nous conseillons de s'abstenir de l'opération dans le cancer aigu et dans le cancer chronique ; l'opération devra encore être évitée dans la forme commune toutes les fois que les tumeurs sont multiples, ou que la tumeur unique est très-volumineuse (Dupuytren), enfin quand la maladie est entrée dans la période de la cachexie.

En dehors de ces circonstances, nous n'avons plus aucune règle positive pour nous guider, à moins qu'une hémorrhagie incoercible, la compression d'un organe indispensable à la vie, ne vienne fournir au chirurgien des indications positives et étrangères à la nature de la maladie.

Quant au cancroïde ou nolime tangere^ on doit toujours l'opérer dans sa première période'. L'expérience traditionnelle et notre expérience propre nous font poser comme règle invariable de pratique celte opération, à l'aide de la pâte arsenicale, dont voici la formule :

Acide arsénicum 1 gramme.

Amidon 8 grammes.

Cette poudre, délayée avec un peu d'eau, est étendue sous forme de pâte sur la surface ulcérée ou avivée avec le bistouri ; on la recouvre et on la sèche avec un peu de charpie râpée, et on laisse le tout en place jusqu'à ce que l'eschare se détache.

Cette application est suivie d'une douleur brûlante et Irèsrarement d'une inflammation érysipélateuse. Tous ces symptômes diminuent après vingt-quatre heures et finissent par disparaître. L'eschare tombe après plusieurs semaines, laissant l'ulcère cicatrisé ou en voie de cicatrisation.

Quand l'ulcère cancéreux siège sur un bouton proéminent, il faut d'abord enlever Je bouton avec le bistouri.

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