CANCER. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
permît d'unifier les différentes variétés du tissu cancéreux. Les micrographes sont revenus do leur illusion et reconnaissent qu'il y a des tissus cancéreux qui ne présentent pas la cellule caractéristique. Quoi qu'il en soit, voici les caractères de cette cellule quand elle existe.
Les cellules cancéreuses sont variables dans leur forme et leur grandeur. Sphériques, ellipsoïdes, en raquette, leur volume varie de 0,007 àO,06miD, elles contiennent des noyaux qui varient de 0,015 à 0,005mm. Ces noyaux existent quelquefois en trèsgrande abondance en dehors des cellules et sont libres dans la tumeur. Presque tous les noyaux contiennent des nucléoles qui varient de 0,002 à 0,003mm.
Ces différentes variétés de tissus cancéreux peuvent-elles servir à constituer des formes, des espèces particulières de cancer? Nous ne le croyons pas. Seulement il faut savoir que la mélœna, le colloïde et le fongus hêmatode se rencontrent comme» Yencépkaloïde dans des tumeurs cancéreuses à marche rapide et à repullulation fatale, tandis que le squirrhe et Yépilhèlioma appartiennent presque exclusivement aux formes chroniques et relativement bénignes.
On rencontre, plus particulièrement chez des sujets jeunes, des tumeurs cancéreuses qui se multiplient et se reproduisent facilement, constituées entièrement par de la mélœna.
En résumé, les histologistes les plus récents désignent, sous le nom de carcinome, ce que nous avons décrit sous le nom de cancer, et ils ont le tort de décrire comme des maladies tout à fait différentes les épithèlioma, les tumeurs fibro-plastiques, les enckondromes, qui récidivent si souvent après l'opération et pullulent sous la forme môme de carcinome.
Histologiquement, le carcinome est constitué par un stroma fibreux circonscrivant des espaces alvéolaires dans lesquels on trouve des éléments anatomiques divers plongés au milieu du suc cancéreux. Ces éléments anatomiques sont constituéspar des cellules très-variables de forme et de grandeur : cellules rondes, hexagonales, à raquette, fusiformes ; souvent les cellules comprimées les unes par les autres imitent la forme des cellules épithéliales pavimenteuses. Elles contiennent des noyaux
en nombre variable, quelques-unes (cellules-mères), en ont jusqu'à vingt. Aucune de ces cellules ne constitue un élément anatomique spécial au cancer.
Le tissu cancéreux se développe aux dépens des solides et des liquides coagulables du corps vivant. Ce développement se fait avec inflammation, congestion ou en dehors de ces deux modes pathogénétiques. Le tissu cancéreux varie avec son mode de développement; toutes les variétés peuvent se rencontrer dans la forme commune de la maladie. Les tissus cancéreux disséminés pendant la cachexie ne sont pas dus à des métastases mécaniqws; ils se sont développés là où on les observe.
I. Forme aiguë. — La forme aiguë du cancer est caractérisée : 1° par une tumeur ou un engorgement dont l'extension et l'accroissement sont exlrêmement rapides ; 2° par un mouvement fébrile qui apparaît habituellement dès le début; 3° enfin, par la terminaison fatale au bout de quelques mois. Il faut distinguer avec soin cette forme du cancer des récidives qui surviennent à la suite de l'ablation d'une affection cancéreuse. Ces récidives marchent habituellement beaucoup plus vite que l'affection primitive; mais cela ne suffît pas pour constituer la forme aiguë du cancer. Il faut encore distinguer cette forme de certaines affections de la forme commune , dans lesquelles la situation de la tumeur cancéreuse amène une mort 1rès-rapide : ainsi le cancer de la glotte, par exemple.
Le cancer aigu débute par une tumeur qui marche rapidement ; cette tumeur, développée fréquemment dans les grandes cavités splanchniques, prend un développement considérable, et on peut chaque jour en constater les progrès ; elle est généralement molle, et présente presque toujours une fluctuation plus ou moins manifeste dans plusieurs points qui contiennent du sang épanché ou de l'encéphaloïde extrêmement mou. Habituellement la mort survient avant que la tumeur ait atteint la peau ou une muqueuse, et par conséquent avant son ulcération; mais, quand ce travail a le temps de se produire, il marche avec une extrême rapidité. La fièvre se manifeste le plus souvent dès le début, la peau est sèche et brûlante, et, dans
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certains cas , on a constaté un redoublement te soir. Les douleurs sont très-variables, quelquefois excessives, intolérables; elles hâtent la fin des malades ; d'autres fois elles sont nulles. Le marasme , la teinte de la peau et les autres phénomènes de la cachexie, se montrent de bonne heure, marchent rapidement et sont très-accusés. Cependant la multiplication du tissu cancéreux, dans des points éloignés de Paffection primitive , n'est pas un fait très-commun dans cette forme.
Les malades meurent ainsi épuisés par les progrès de la maladie au bout de quelques semaines ou de quelques mois.
Anatomie pathologique. — Le tissu cancéreux que Ton rencontre dans cette forme du cancer est très-mou et très-vasculaire : c'est celui que Ton appelle encéphaloïde mou. Il est quelquefois crémeux, peu vasculaire , diffluent, et a été comparé à la laite de poisson. (Voir une observation du cancer aigu dans ma thèse inaugurale.)
IL Forme chronique. — Elle est caractérisée : 1° par une marche très-chronique et rémittente, dont les exacerbations sont suivies d'un état stationnaire très-long; 2° par l'absence de la cachexie cancéreuse ou par son extrême bénignité quand elle existe.
Les premiers symptômes qui marquent le début du cancer chronique sont assez semblables à ceux qui marquent le début de la forme commune ; mais l'affection primitive marche avec uïie extrême lenteur. Les fluxions et les mouvements inflammatoires sont fort rares dans les tumeurs de cette nature. Après avoir tardivement contracté des adhérences avec la peau , elles s'ulcèrent; mais l'ulcération cancéreuse, dans ce cas, marche avec lenteur, les ganglions voisins deviennent rarement le siège d'un engorgement inflammatoire ou cancéreux. La cachexie se montre à peine, la vie s'écoule, et les malades meurent, avant que le cancer ait fait de grands progrès, d'une maladie qui lui est tout à fait étrangère.
Quand les malades vivent longtemps, la cachexie se manifeste par une teinte de la peau ; jamais elle ne les empêche de
se livrer à leurs occupations ; seulement ils portent une tumeur ou un ulcère qui les gêne par son poids, par sa position, ou par Tichor fétide qui s'en écoule. Quelques-uns de ces cancers finissent par diminuer de volume en même temps qu'ils deviennent plus durs (cancer atrophique), mais ils ne disparaissent jamais complètement.
Il peut se développer des tissus cancéreux dans d'autres points de l'économie, mais ce fait n'est point constant.
Le tissu cancéreux, dans cette forme, est dur, fibreux, peu vasculaire et comparable à celui qui constitue la tumeur dans la première période de la forme commune.
III. Forme bénigne. Noli me tangere (cancroïde, cancer épithélial). — Cette forme de cancer a été généralement décrite sous le nom d'ulcère chancreuûc du visage, parce que c'est sur cette partie du corps qu'on l'observe le plus souvent ; mais elle peut se montrer également dans tous les points où une membrane muqueuse s'unit avec la peau. Ainsi on la rencontre à l'anus, à la vulve et sur le col de l'utérus chez la femme, au pénis chez l'homme. A la face, le- noli me tangere siège surtout aux limites des principales ouvertures, aux lèvres, aux narines et sur le bord des paupières.
Cette forme dû cancer est caractérisée : 1° par son siège dont nous venons de parler ; 2° par l'extrême bénignité de l'affection locale pendant la plus grande partie de sa durée; 3° par les progrès rapides de cette affection, quand, par une circonstance quelconque, elle sort de l'état stationnaire ; 4° par l'absence de la cachexie pendant presque toute la durée de la maladie; 5° enfin par le caractère propre de la lésion, qui est constituée pendant longtemps par des cellules épithéliales.
Cette forme du cancer débute de deux manières différentes. Le plus souvent elle commence par un petit bouton ; d'autres fois l'ulcération se produit sur une surface endurcie, mais qui ne fait point tumeur.
Le bouton cancéreux ressemble à une verrue. Il est recouvert d'une croûte; quand cette croûte tombe ou est arrachée, on trouve dessous un petit ulcère dont la surface est presque