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CHLOROSE

La chlorose est une maladie propre à la femme pubère, et caractérisée par une cachexie particulière.

Nous disons que la chlorose est une maladie propre à la femme et en rapport direct avec la menstruation, parce que nous séparons radicalement la chlorose de Y anémie qui n'est point une maladie, mais une lésion commune à beaucoup de maladies. Nous n'admettons donc ni la chlorose des hommes ni Celle des enfants, ni celle des vieillards. Nous remarquons cependant que les jeunes filles peuvent être chlorotiques plusieurs années avant l'établissement des menstrues, pendant le travail d'évolution qui prépare la puberté, et que les femmes atteintes de cette maladie conservent quelquefois jusque dans la vieillesse un certain nombre de ses symptômes.

Les symptômes principaux de la chlorose sont : la diminution des globules du sang, d'où les palpitations, les bruits de souffle, et le plus souvent un pâleur remarquable ; une diminution notable des forces musculaires ; des impulsions maladives diverses ; des troubles de la digestion et de la menstruation. Tel est l'ensemble des symptômes que Ton rencontre dans tous les cas de chlorose.

Division.— Ces symptômes constituent par leurs associations diverses, par leur intensité plus ou moins grande, par la prédominance de certains d'entre eux, des groupes différents qui peuvent être ramenés à trois principaux; ce sont les formes de la chlorose: forme commune, forme bénigne^ forme grave.

Forme commune. — C'est celle qu'on observe le plus fréquemment et qui a servi de type à presque toutes les descriptions. C'est la chlorose vraie et légitime des auteurs ; elle est caractérisée parla multiplicité des symptômes, par la prédominance de l'aménorrhée et par une marche très-chronique.

On peut décrire la suite des symptômes en trois périodes : période d'invasion, période d'état et période de cachexie.

1° Période d'invasion. — L'invasion peut être brusque, la maladie s'établir d'emblée et arriver en quelques heures à sa période d'état. Mais ce sont là des cas très-rares ; ils s'observent à la suite d'émotions violentes, et sont plutôt relatifs à la forme bénigne qu'à la forme commune de la chlorose*

Presque toujours la maladie se développe lentement et procède par des progrès presque insensibles;

Un sentiment de faiblesse musculaire ; une tristesse et une apathie inaccoutumées ; de la fatigue par le plus léger exercice; déjà un peu d'essoufflement par un mouvement rapide ; de la céphalalgie ou au moins de la pesanteur de tête ; de l'inappé* tence et des douleurs d'estomac : tel est l'ensemble des symptômes qui annoncent l'invasion de la chlorose.

Si les règles ont déjà paru, elles diminuent, retardent; en même temps le sang devient plus pâle, et si la pâleur des téguments a fait défaut dans les premières semaines, elle appa-

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rait alors et ne tarde pas à revêtir les caractères si tranchés qui ont servi à dénommer toute la maladie.

2° Période (Tétât. A cette période, les malades présentent un ensemble de symptômes très-caractéristiques. Tristes, indifférentes surtout, elles ont horreur du mouvement et de la conversation ; la face bouffie est d'une pâleur verdâtre et transparente que l'on a comparée à un teint de cire. Cette pâleur fait encore place de temps à autre, sous l'influence d'une émotion, du mouvement ou de la chaleur, à une rougeur vive qui occupe seulement les joues et tranche avec la pâleur du front et du menton. Ce phénomène est surtout marqué chez les blondes à peau fine et transparente.

Avec la pâleur de la face, on observe la décoloration des lèvres, des gencives et des conjonctives. A cette période, les forces musculaires sont très-notablement diminuées, un exercice prolongé est impossible, et presque tous les mouvements provoquent de l'essoufflement ou des palpitations; des lipothymies et des syncopes viennent encore témoigner du mauvais état du sang. Ces syncopes se produisent à l'occasion d'une station trop prolongée ou du séjour dans un lieu fermé et rempli de monde. Aussi est-ce principalement dans les églises que les chlorotiques se trouvent mal et sont prises de syncope.

Cependant le pouls est plein, légèrement ralenti et s'accélé*rant au moindre mouvement. On constate facilement les bruits de souffle caractéristiques de cette maladie, et un œdème variable ne tarde pas à se montrer; son siège habituel est aux malléoles. L'anorexie est habituelle, elle s'accompagne de dyspepsie et très-souvent d'appétit déprave. Les règles manquent tout à fait et sont remplacées par une leucorrhée fort abondante, avec pesanteur à l'hypogastre et douleurs de reins. Des névralgies diverses, des paralysiea incomplètes viennent encore s'ajouter aux souffrances des malades. Les névralgies sus-orbitraires et intercostales sont les plus fréquentes ; les paralysies sont rares et toujours incomplètes, un certain degré d'amaurose est celui qui s'observe le plus fréquemment. Cependant le sommeil est bon , et cet ensemble de souffrance peut se prolonger longtemps

sans amener d'amaigrissement notable et sans compromettre sérieusement l'existence des malades.

3e Période de cachexie. — La chlorose abandonnée à ellemême peut se prolonger presque indéfiniment au degré que nous venons de décrire; cependant, chez un certain nombre de malades, et sous l'influence d'un redoublement d'action des causes occasionnelles de la chlorose, la période de cachexie se produit.

La perte des forces est portée au point d'empêcher tout mouvement ; les malades restent couchées ou assises ; la pâleur est cadavéreuse; l'amaigrissement fait des progrès qui sont masqués par un œdème plus ou moins généralisé; les grandes cavités sont le siège d'hydropisie ; les palpitations et la dyspnée sont extrêmes ; l'état lipothymique permanent; une diarrhée débilitante, mais plus souvent des hémorrhagies multiples viennent encore aggraver l'état des malades qui succombent habituellement soit à une syncope, soit à une complication terminale. Ces complications sont ordinairement inflammar toires, et les plus communes de toutes sont la pleurésie et la pneumonie.

Revenons un instant sur les bruits vasculaires qui constituent un des signes principaux de la chlorose.

L'auscultation du cœur permet de constater l'existence d'un bruit de souffle doux et prolongé au premier temps et à la base. Ce bruit n'est pas constant chez la même malade, et son intensité est en rapport avec l'accélération de la circulation.

Mais le signe caractéristique de la chlorose est un bruit de souffle perçu sur les vaisseaux du cou. Ce bruit de souffle est continu ou intermittent. Le bruit de souffle intermittent se passe évidemment dans les carotides et est la répétition du bruit qui existe à la base du cœur. Mais le bruit continu existe dans les veines jugulaires et surtout dans le tronc veineux brachio-céphalique. Aussi ce bruit a-t-il son siège presque exclusif du côté droit. Pour le percevoir, il faut que le sujet se tienne debout et porte fortement la tête dans la rotation sur le côté gauche. Cette position a pour résultat d'accélérer le cours du Jousset, 2eédit. 7

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sang dans les veines du cou, parce que les faisceaux aponévrotiques qui protègent les veines et les tiennent béantes se trouvent distendus parla torsion de la tête. Ces bruits de souffle sont très-variables, doux, prolongés, à redoublement, musicaux. Ils ressemblent quelquefois à un ronflement: bruit de diable; d'autres fois, au son produit par le vol d'une mouche.

Anatomie pathologique. — Altération du sang. Le sang retiré des veines par la saignée présente un caillot très-petit, entouré d'une sérosité très-abondante et. recouvert le plus habituellement d'une couenne bien marquée. Le sérum contient la même quantité de sels que dans l'état physiologique, seulement l'eau, qui doit être de 790/1000, peut atteindre jusqu'à 915 1000. La couenne est dure, ferme, sans rétraction. MM. Andral et Gavarret expliquent sa formation par la diminution des globules qui laisse prédominer la fibrine normale. Le sang chlorotique est moins dense qu'à l'état normal, et il résulte des analyses de Fœdisch, de celles d'Andral et Gavarret, et enfin de celles de Becquerel et Rodier, que les globules du sang, et par conséquent le fer, sont notablement diminués. Dans la chlorose, M. Hannon a constaté aussi une diminution du manganèse.

MM. Becquerel et Rodier ont rencontré cinq cas de chlorose, dans lesquels il n'y avait pas d'altération du sang.

I. Forme bénigne. — Cette forme est toujours rapide dans son début, quelquefois même elle éclate brusquement à la suite d'une émotion morale. Le plus souvent on la voit se développer chez des filles de la campagne, qui viennent habiter les grandes villes. Au bout de quelques mois, elles pâlissent légèrement, elles éprouvent de l'essoufflement en montant; des bizarreries d'appétit; une diminution et un retard dans les règles; delà nonchalance, de l'apathie, de l'affaiblissement musculaire ; puis, sous l'influence de quelques moyens thérapeutiques, d'un régime meilleur, toutes ces souffrances disparaissent après quelques semaines ou quelques mois de durée.

IL Forme grave. Heureusement plus rare que les deux autres,

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