SCORBUT MALIN
cères nouveaux se produisent spontanément; les hémorrhagies se multiplient etépuisent les malades. C'est à cette époque qu'on observe les caries, le décollement des apophyses et des cartilages costaux, des gangrènes et des suppurations diverses. La gangrène se développe le plus souvent aux gencives et envahit des parties plus ou moins considérables delà face; elle se produit encore à la surface des ulcères. Quant aux suppurations, elles sont habituellement internes, et il est rare d'observer dans la période ultime du scorbut, des abcès superficiels. Seulement, à l'autopsie, on rencontre de vastes collections purulentes dans les cavités de la poitrine et de l'abdomen.
Le scorbut se termine par la mort, quand les malades sont dans de mauvaises conditions hygiéniques. Cette terminaison arrive subitement par syncope, à la suite d'un mouvement brusque ou d'une hémorrhagie; d'autres fois elle a lieu plus lentement par l'épuisement des forces, après des hémorrhagies, la gangrène de la bouche et des diarrhées répétées. Un caractère très-remarquable de cette maladie, c'est que les malades conservent jusqu'à la fin l'intégrité des fonctions intellectuelles.
Quand les malades guérissent, la convalescence est longue, sujette à rechutes si les malades s'exposent de nouveau aux causes du scorbut; les convalescents restent longtemps faibles et anémiques; ils présentent des paralysies consécutives, et d'après Lind et Roerhaave, ils sont sujets à devenir phthisiques.
II. Forme bénigne. — On l'a encore appelé scorbut local, parce qu'il est constitué la plupart du temps par l'état fongueux des gencives. A ce symptôme caractéristique, s'ajoute habituellement un certain degré de pâleur et d'affaiblissement musculaire. Aujourd'hui que les conditions hygiéniques ont fait disparaître presque complètement le scorbut, nous n'observons guère que cette forme bénigne qui atteint isolément dans les grandes villes quelques individus fortement prédisposés. Cette forme n'a aucune gravité et guérit facilement.
III, Scorbut malin, — Cette forme est caractérisée par la
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marche rapide de la maladie, par l'apparition prématurée de la gangrène, par un mouvement fébrile très-prononcé.
Dans les relations d'épidémie, on rencontre un certain nombre de cas de scorbut dans lesquels tous les accidents revêtent presque immédiatement un caractère de grande gravité ; l'accident principal est une gangrène mortelle des lèvres et des joues. Boerhaave à signalé dans ce cas une fièvre qui revêt tous les caractères de la fièvre putride. Ce mouvement fébrile a ici un caractère distinctif d'autant plus considérable que dans la forme commune la maladie parcourt toutes ses périodes sans présenter de fièvre.
La forme maligne se termine presque constamment par la mort, après une durée qui varie de trois semaines à trois mois.
Anatomie pathologique. — A l'autopsie des scorbutiques, on rencontre habituellement les signes de la mort par syncope, joints à ceux de la détibrination du sang. Ainsi le ventricule gauche du cœur est vide et le sang diffluent. Les viscères présentent des hémorrhagies interstitielles et des épanchements sanguins. On rencontre souvent des œdèmes ; quelquefois des collections purulentes. Quand les malades sont morts dans la dernière période du scorbut, on constate encore des gangrènes, des caries, des décollements des épiphyses, et principalement des cartilages costaux. La rate, d'une couleur bleu-ardoise, est volumineuse et ramollie;; les muscles poisseux; la putréfaction extrêmement rapide.
Les analyses de M. A ndral ont démontré que la fluidité du sang chez les scorbutiques tenait à une diminution considérable de la fibrine, en même temps que les globules conservent leur proportion normale; mais les analyses de MM. Becquerel et Rodier conduisent à des conclusions directement contraires. L'explication de cette différence nous est donnée par ce fait que les derniers expérimentateurs ont opéré sur des cas à la première période, tandis que M. Andral a analysé le sang de scorbutiques très-avancés. Il résulte néanmoins de ces analyses que l'altération du sang ne saurait être la cause du scorbut, puisqu'elle n'apparaît que dans les dernières périodes.
SCORBUT. — ÉTIOLOGIE. 141
Étiologie. — Un grand fait domine toute l'étiologie du scorbut, c'est la puissance des causes externes dans la production de cette maladie. Cette puissance est telle qu'on peut à volonté faire naître et faire disparaître le scorbut en soumettant de grandes réunions d'hommes à l'influence de cause déterminée. Nous ne voulons pas dire par là que le scorbut soit une maladie de cause externe; en effet, l'histoire des épidémies nous enseigne que les hommes soumis aux causes du scorbut ne contractent pas tous la maladie en même temps, ni au même degré. Elle nous montre surtout que si certaines organisations sont facilement atteintes par le scorbut, d'autres y résistent indéfiniment, d'où la nécessité d'admettre ici une prédisposition dé 'finie comme dans toutes les maladies. Seulement, dans le scorbut, les causes extérieures ont une puissance si grande, qu'elles absentes, la maladie n'éclate jamais, et qu'elles présentes, le scorbut se développe toujours. Parmi ces circonstances extérieures, celle qu'on rencontre en première ligne et qui joue le rôle de cause principale, c'est Y abstinence de végétaux frais. C'est la privation de végétaux frais qui engendre le scorbut pendant les longs hivers des pays septentrionaux ; c'était elle qui multipliait cette maladie pendant les longs voyages de Vasco de Gama, de Cartier et de l'amiral Anson ; c'est encore la même cause qui agit dans les sièges prolongés ; cette circonstance de l'absence des végétaux frais est tellement capitale dans l 'étiologie du scorbut, que tous les médecins, qui ont pratiqué sur mer et dans les pays où le scorbut est endémique, sont unanimes pour en reconnaître l'importance, et, de plus, tous s'accordent pour proclamer que le seul traitement véritablement efficace du scorbut est l'usage de végétaux frais, de fruits, et en particulier d'oranges et de citrons (1). La privation de viandes fraîches et l'alimentation avec des viandes ou des poissons salés ou fumés est la circonstance la plus importante après la privation des végétaux dans l'étiologie du scorbut. Viennent ensuite l'habitation dans des lieux obscurs, froids et hu-
(4) Voy. Lind., p. 449, 470, 474, 478, 260, 270, 276, t. I; Bachstrom, Observât, circa scorbutum, p. 45.
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mides ; une température froide ; des vêtements insuffisants ou constamment mouillés; l'abus des liqueurs alcooliques; un excès de travail ou un défaut d'exercice. La tristesse et le découragement ont aussi une influence fâcheuse sur le développement et la marche de la maladie.
L'état de convalescence, surtout quand c'est la convalescence d'un scorbut antérieur, est une condition très-favorable au développement de la maladie. L'action de l'hérédité et de la contagion admise par plusieurs médecins n'est nullement démontrée.
Traitement. — La prophylaxie a une importance considérable dans les maladies engendrées sous l'influence des causes externes connues et puissantes ; aussi une hygiène bien entendue a-t-elle fait pour ainsi dire disparaître le scorbut du nombre des maladies modernes. En se rapportant à l'étiologie, on constituera facilement le traitement prophylactique du scorbut. Nous rappelons seulement que quand on n'a pas pu se procurer de fruits ni de végétaux, on a obtenu quelques bons effets des sirops de fruit, du vinaigre, de la bière et du cidre, ou même de la composition, qui porte le nom de vin antiscorbutique et qui contient les médicaments suivants: raifort sauvage, cochléaria^ cresson et semence de moutarde.
Les anciens employaient assez fréquemment les acides minéraux dans le traitement du scorbut, par analogie avec les bons résultats produits par les acides végétaux, et aussi dans le but de lutter contre l'alcalinité et la fluidité du saftg. Mais ici la théorie comme l'analogie reçoivent de la pratique un complet démenti, et jamais les acides minéraux n'ont eu de succès dans le scorbut.
Nous, examinerons successivement les médicaments indiqués par l'ensemble des symptômes et ceux qui répondent aux principales affections scorbutiques :
Les médicaments indiqués par la putridité des gencives et la tendance aux hémorrhagies, sont: phosphorus, mercuriusi carbo vegetabilis^ arsenicum, lachesis et natrum muriaticum.
Ces six médicaments contiennent dans leur pathogénésie
l'affection scorbutique des gencives et les hémorrhagies multiples, seulement nous manquons d'observations cliniques sur leur emploi dans le scorbut.
Parmi ces médicaments, phosphorus et mercurius sont les deux qui présentent le plus de symptômes analogues au scorbut.
Phosphorus présente au plus haut point la tristesse, la lassitude, la répugnance pour le mouvement, la faiblesse des jambes, et l'accablement physique et moral qui marque le début du scorbut. Le prurit, le gonflement des gencive*, qui s'ulcèrent et saignent continuellement , l'ébranlement des dents, sont encore des symptômes du phosphore. La dyspnée au moindre mouvement, les points pleurodyniques, la roideur des jarrets, les tâches livides, brunes, disséminées sur le corps et particulièrement sur les membres inférieurs, l'exhalation du sang par d'anciennes cicatrices, l'écoulement de sang continu par de petites plaies, des hémorrhagies par toutes les muqueuses, complètent un ensemble de symptômes qui représentent assez fidèlement le scorbut lui-même.
Mercurius présente le • tableau d'un scorbut avec des symptômes de putridité plus marquée. Le gonflement et l'ulcération des gencives s'accompagnent de productions pseudo-membraneuses, et, à un degré plus avancé, de grangrène plus ou moins étendue des parties molles et de carie des os. La bouche exhale toujours une odeur putride et est le siège d'une salivation abondante. Les ulcérés scorbutiques se trouvent aussi en rapport avec les ulcères fongueux et saignants du mercure. Les hémorrhagies, -quoiqu'elles soient encore très-marquées dans la pathoçénie de ce médicament, le sont cependant moins que dans le phosphore.
Le carbo vegetabilis, le natrutn muriaticum et le lachesis présentent dans leur pathogénie l'affection scorbutique des gencives et les hémorrhagies; ils pourraient donc trouver leur indication dans certains cas particuliers.
Arsenicum répond principalement aux pétéchies et aux ulcères scorbutiques ; mais* nous l'avons dit en commençant, l'ex-
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périence clinique nous fait défaut pour préciser davantage l'indication de ces médicaments.
Traitement des diverses affections scorbutiques. — Affections scorbutiques de la bouche. Quand les gencives sont gonflées, ulcérées et recouvertes d'un enduit pseudo-membraneux, on les touche avec du jus de citron et à un degré plus avancé avec l'acide chlorhydrique.
Si la putridité devient extrême, avec des points gangreneux, le quinquina et l'arsenic en poudre et en gargarisme sont indiqués ; enfin les caries nécessitent dans quelques cas l'intervention chirurgicale.
Les ulcères scorbutiques seront pansés avec de la poudre de quinquina; peut-être que la. poudre arsenicale rendrait des services dans les cas graves.
Les hémorrhagies, quand elles sont un peu abondantes et renouvelées, demandent un traitement local sur lequel nous reviendrons plus particulièrement en traitant du purpura hxmorrhagica.