SCORBUT
Le scorbut est une maladie caractérisée : 1° par des hémorrhagies multiples; 2° par la putridité et la destruction des gencives.
Le mot scorbut dérive du mot slave scorb, qui signifie maladie, d'où les Danois et les Flamands ont fait schorbect et scorbeck, maladie, ulcère de la bouche. La description de cette maladie manque complètement dans les anciens auteurs.
Cette maladie présente trois formes à étudier : la forme bénigne; la forme commune et la forme grave.
I. Forme commune. lr* période. — Le scorbut débute constamment par le sentiment d'une grande lassitude, accompagnée d'une certaine tristesse et d'une répugnance croissante pour le mouvement. En même temps, la face pâlit, les conjonctives et les caroncules lacrymales prennent une teinte jaune verdâtre. Si le malade veut marcher, il sent ses jambes ployer en même temps qu'il est pris d'une accélération très-notable de la respiration.
Bientôt après, les malades ressentent de la chaleur et des démangeaisons dans les gencives ; elles saignent facilement et deviennent fongueuses. Les dents se détachent et s'ébranlent ; l'haleine est déjà fétide.
Les taches scorbutiques se montrent alors principalement sur les membres inférieurs. Ce ne sont encore que de simples pétéchies variables de grandeur et de couleur rouge bleuâtre ou tout à fait noire. Certains malades présentent dans cette première période quelques hémorrhagies, mais peu abondantes et faciles à arrêter. Les malléoles sont le siège d'un
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œdème plus ou moins intense, mais qui disparaît pendant la nuit. On doit encore signaler dans cette première période des douleurs vagues dans les membres et des douleurs de pleurodynie.
Cependant les malades sont sans force ; ils conservent l'appétit et le sommeil et ils peuvent encore, quoique péniblement, se livrer aux travaux de leur profession.
2e période. — Les malades éprouvent une contraction des muscles fléchisseurs de la jambe et une roideur du jarret qui les empêche de marcher. Leur teint devient de plus en plus pâle et plombé, leurs forces diminuent considérablement et ils arrivent promptement à un état lipothymique permanent, qui les oblige à garder la position horizontale. La putridité des gencives fait de grands progrès ; elles s'ulcèrent profondément et se gangrènent; les dents tombent; les ulcères scorbutiques, qui quelquefois ont commencé dès le début, prennent alors une extension considérable. Ces ulcères fournissent une sanie sanguinolente ; leurs bords sont livides, leur surface bourgeonnante; ils sont sujets à la gangrène. A mesure que la maladie augmente, ils deviennent le siège d'hémorrhagies et de végétations énormes, fongueuses, qui s'accroissent avec une rapidité très-grande et se reproduisent à mesure qu'on les enlève. Les plaies et les contusions des malades dégénèrent rapidement en ulcères scorbutiques. Aux taches pétéchiales de la première période se joignent de larges ecchymoses et de véritables hémorrhagies sous-cutanées formant des tumeurs variables.
Des hémorrhagies abondantes et multiples caractérisent encore cette période de la maladie, ce sont des épistaxis, des hémoptysies, deshématémèses, desmélaena, des hématuries.
Les malades, toujours sans fièvre, conservent habituellement de l'appétit; beaucoup sont constipés; quelques-uns sont en proie à une diarrhée dysentériforme ; tous sont sujets à la syncope; un certain nombre périssent subitement, lorsqu'ils veulent se lever ou quand on les expose au grand air.
Dans la 3e période, tous les symptômes augmentent considérablement. Les malades restent constamment couchés; desul-