ROUGEOLE
C'est une fièvre éruptive, caractérisée par l'inflammation de la membrane muqueuse respiratoire et par une éruption de papules rouges, très-larges, irrégulièrement festonnées, et séparées en quelques points par des portions de peau restées saines ; cette éruption se termine par une desquamation farineuse.
La rougeole présente quatre formes : forme commune, forme bénigne, forma maligne et forme anomale.
I. Forme commune. — Elle présente deux variétés : la forme commune proprement dite et la variété broncko-pneumonique.
iro Variété. — Après une incubation de quelques jours, mais dont la durée n'a pu être encore exactement déterminée, la rougeole débute par un mouvement fébrile, accompagné de tous les symptômes du rhume avec coryza intense.
Période catarrhale, durée quatre jours. — Le mouvement fébrile débute par le froid et quelquefois par des frissons ; chez les très-jeunes enfants ces frissons peuvent se convertir en convulsions; en même temps le nez coule, il y a des éternuments fréquents, les yeux sont rouges et larmoyants. Les malades sont pris d'une toux sèche el fatigante. Ces symptômes se calment le matin pour reprendre le soir avec plus d'intensité. Le mouvement fébrile est franchement rémittent et quelquefois intermittent. La toux augmente chaque jour et devient incessante, spasmodique, presque sèche, avec expectoration d'un mucus transparent; elle prive le malade de sommeil et le fatigue extrêmement ; c'est la toux férine des auteurs. La gorge est douloureuse et présente souvent, dès le troisième jour, une éruption papuleusequi permet de pronostiquer celle de la peau. Enfin, après un accès fébrile plus violent, le soir du quatrième jour, l'éruption apparaît à la face et au cou.
Les vomissements sont très-rares au début de la rougeole, et c'est là un symptôme négatif important. Les épistaxis se montrent rarement à cette période et seulement dans certaines épidémies et chez certains sujets. C'est aussi dans cette première période qu'on observe de la somnolence et des convulsions chez les très-jeunes enfants.
Période d'éruption, durée trois jours. — L'éruption apparaît d'abord à la fcce, vers les tempes, sur la peau qui recouvre la mâchoire inférieure et le cou, derrière les oreilles ; elle envahit ensuite les mains, la poitrine, puis les membres ; elle débute
par de petites papules rosées, assez saillantes. Celles-ci s'étendent bientôt en larges taches, en même temps qu'elles deviennent plus foncées ; elles sont festonnées et saillantes sur leurs bords. Plus ou moins abondantes, confluetites ou discrètes, elles ne constituent jamais une rougeur uniforme et qui ne permettrait plus de reconnaître leurs contours primitifs. Quelquefois, elles présentent des papules très-saillantes ayant une ressemblance grossière avec l'éruption variolique à son début, c'est la rougeole boutonnée. Cette éruption s'accompagne d'un gonflement notable, surtout à la face et aux mains ; elle atteint son plus grand développement le troisième jour.
Pendant cette période, le catarrhe et la fièvre ne diminuent ' pas. Les épistaxis et la diarrhée se montrent le plus habituellement le deuxième ou le troisième jour de l'éruption et constituent quelquefois des complications fort embarrassantes et peuvent constituer un accident sérieux. La laryngite stridttleuse est une complication plus rare et habituellement sans gravité.
Période de desquamation. — La fièvre tombe tout à fait, l'éruption pâlit, présente des teintes cuivrées et disparaît. La toux devient grasse, facile, avec des crachats nummulaires, comme dans la phthisie; le sommeil et l'appétit reviennent, la desquamation commence à la face, elle est farineuse et non par lambeaux. Quelquefois, elle est presque insensible. Sa durée n'a pas de limites fixes et varie de huit jours à trois semaines.
Le tracé thermique présente les caractères suivants : au début, la chaleur atteint de 38 à 39° ; le troisième jour, il y a une rémission considérable, puis la chaleur reprend le quatrième jour pour se terminer le septième. Il y a un écart de 5 à 8 dixièmes de degré entre le matin et le soir.
2* Variété. — Broncho-pneumonique. — Beaucoup plus grave que la précédente, elle est caractérisée par le développement d'une broncho-pneumonie, qui prolonge beaucoup la durée de la maladie et se termine fréquemment par la mort.
C'est vers la fin de la deuxième période que cette variété commence à se caractériser. Le mouvement fébrile au lieu de
diminuer augmente, la respiration s'accélère, la toux devient moins convulsive et plus fréquente ; les râles sibilants et ronflants, disséminés, se multiplient, deviennent plus fins et se changent en râles sous-crépi tants; la broncho-pneumonie est établie. Cette affection est extrêmement grave dans la rougeole ; chez les petits enfants et à l'hôpital, elle tue presque tous les malades qu'elle atteint. Nous n'avons pas à décrire ici la bronchite grave, dont l'histoire viendra en son temps, disons seulement que la rougeole lui donne un caractère de ténacité tout particulier et que je l'ai vue se prolonger plus de deux mois et se terminer cependant par la guérison.
Terminaison. — La mort peut survenir par convulsion, épistaxis, mais plus fréquemment par la broncho-pneumonie.
La guérison est précédée d'une période de convalescence pendant laquelle on observe quelquefois de l'albuminurie et des attaques d'éclampsie. La rougeole prédispose singulièrement aux développements des affections scrofuleuses : ophthalmies, éruptions diverses, méningites, mais principalement phthisie pulmonaire. Le médecin doit avoir constamment présenta l'esprit cette influence fâcheuse de la rougeole sur le développement de la scrofule, afin de surveiller la convalescence.
II. Forme bénigne. — Elle est caractérisée par l'absence de la première période, l'éruption apparaît avec le premier accès de fièvre, quelquefois même la fièvre manque complètement et la maladie est constituée par l'éruption et le catarrhe. Ce dernier est toujours fort bénin.
III. Forme maligne. — Elle présente deux variétés : rougeole ataxique et rougeole hêmorrhagique.
Rougeole ataxique. — La première période est plus longue ou plus courte que dans la forme commune. Le pouls est trèsfréquent, mais petit et faible ; la peau est tantôt brûlante, tantôt presque fraîche. Il y a souvent des vomissements et des diarrhées séreuses excessives. Les malades sont faibles et ont quelquefois des défaillances.
ROUGEOLE. — ÉTIOLOGIE. 171
L'éruption est habituellement pâle et discrète; il est fréquent de la voir commencer par le tronc et laisser la face presque complètement indemne. Le mouvement fébrile augmente beaucoup pendant cette période, le pouls bat 140 à 160 fois par minute, la chaleur dépasse 40 degrés. Il y a habituellement une diarrhée abondante, de la stupeur, delà prostration, rarement du délire. A la fin du premier ou du second Septénaire, la peau se refroidit, la respiration s'embarrasse et les malades meurent en grand nombre. D'autres fois une gangrène de la bouche, de la vulve ou du poumon, plus rarement la diphthérie, viennent terminer la scène.
Quand les malades doivent guérir, la chaleur devient plus normale, le pouls diminue de fréquence et les forces reviennent.
Variété hémorrhagique. — Les hémorrhagies multiples et répétées caractérisent cette variété. L'épistaxis et l'hémorrhagie intestinale dominent la scène morbide. Les taches de purpura sont souvent mêlées aux taches rubéoliques ; quelquefois elles apparaissent plus tard.
La mort peut arriver par lipothymie ou par un des accidents de la variété précédente.
IV. Forme anomale. — Ce sont des anomalies dans la durée des périodes ; ainsi il y a des exemples d'une période catarrhale ayant duré vingt jours (Borsieri); d'autres fois une période manque. Il y a des rougeoles sans éruption; dans certaines épidémies on observe des malades qui présentent les symptômes de la période catarrhale mais qui n'ont pas d'éruption.
Anatomie pathologique. — Elle se résume en ceci. Dans la forme commune, lésion de la broncho-pneumonie; dans la forme maligne : sang liquide, de couleur vineuse, ramollissement des organes.
Étiologie. — La rougeole est une maladie contagieuse. Quoique habituellement elle ne sévisse qu'une fois pendant la vie,
il n'est pas très-rare de rencontrer des sujets qui présentent plusieurs récidives. Habituellement, mais non toujours, la première atteinte est seule sérieuse. Il est probable* que cette maladie ne se développe jamais spontanémenten Europe. Ainsi, dans les îles Féroé , sur une population de 7,000 habitants, on a été soixante-cinq ans sans en observer un seul cas, puis la maladie ayant été importée par un navire, 6,000 habitants furent atteints. Ce fait démontre en même temps l'extrême fréquence de la prédisposition à la rougeole. La rougeole est difficilement inoculable, le sang et les larmes ont servi à cette inoculation, l'incubation a été de sept jours.
C'est après Yâge de 6 mois que la maladie commence à être fréquente, et c'est pendant la première et la seconde enfance qu'habituellement chacun paye son tribut à la maladie.
C'est ordinairement auprintemps que sévissent les épidémies de rougeoles, en même temps que les coqueluches et les oreillons .
Traitement. — Vaconitum et la pulsatilla ont été préconisés comme traitement prophylactique de la rougeole. J'ai presque toujours échoué dans la prophylaxie entre frères et sœurs, et j'y ai à peu près renoncé. Dans les collèges et les couvents, j'ai eu quelques succès avec aconit une goutte chaque jour de la 6° dilution. Les enfants qui ont pris le médicament n'ont eu qu'une rougeole incomplète, la fièvre a manqué chez quelquesuns, l'éruption chez d'autres.
Traitement de la forme commune. Aconitum et pulsatilla sont indiqués dans la première période. Aconit doit être préféré quand la fièvre est intense avec soif vive, ce qui a lieu presque constamment. Pulsatilla doit être réservée pour les cas inverses. ISotalgie est encore une indication de pulsatilla. Je donne ces médicaments à la 3° dilution.
Viola odorata et coffea penvent être administrés alternativement contre la toux férine. Euphrasia serait préféré si le coryza et le larmoiement étaient considérables; mais, en général, il vaut mieux s'en tenir à aconit. Le même médicament doit être