FIÈVRES CONTINUES. — DIVISION
quand un praticien est appelé au commencement d'une maladie fébrile dont le diagnostic lui échappe, il trouve commode d'avoir à sa disposition l'expression élastique de fièvre muqueuse, qui n'engage à rien et permet plus tard de rectifier le diagnostic.
Quant à la fièvre gastrique, elle repose sur des bases plus scientifiques, un certain nombre de médecins allemands reprenant l'idée de Broussais expliquent la synoque par un catarrhe gastrique, d'où le nom de fièvre gastrique substitué à celui par trop scientifique, je le reconnais, de synoque. Cette innovation n'a rien de bien révolutionnaire puisqu'elle laisse subsister l'espèce morbide dont Davasse a si bien tracé l'histoire et qu'elle se borne à lui donner un autre nom. Autrefois la synoque s'appelait fièvre inflammatoire; qu'elle s'appelle aujourd'hui fièvre gastrique , le mal ne sera pas irréparrable ; seulement cette expression a le tort de préjuger la nature de cette fièvre continue et a la prétention d'en faire unephlegmasie de l'estomac.
Cette opinion allemande repose uniquement sur lessymptômes saburraux qui accompagnent la synoque. Or, si les symptômes saburraux démontraient la nature gastrique de cette fièvre, il faudrait en revenir à la doctrine de Broussais et enseigner que toutes les maladies aiguës sont des gastrites, puisque toutes s'accompagnent à un certain degré d'enduits de la langue et des gencives. Est-ce que la moindre amygdalite ne s'accompagne pas d'un enduit jaune et épais de la langue? eh bien, dirons-nous que l'amygdalite est une gastrite? J'ajoute que les médecins qui voient des gastrites chez les malades qui ont des symptômes saburraux sont restés encroûtés dans l'humorisme ancien et qu'ils ne tiennent aucun compte des travaux modernes. Davasse a démontré que les enduits de la langue tenaient à une stomotite qui avait pour conclusion la desquamation de l'épithélium de la langue. Or c'est cet épithélium mortifié qui produit toutes ces saburres de la langue, et il suffit d'avoir une inflammation gengivale autour d'une dent cariée pour observer le développement d'une stomatite qui revête l'apparence de Y état gastrique le plus prononcé.