‹ Éléments de paléographie (volume 2)Chapitre 12 sur 283 · DES SCEAUX PLAQUÉS ET DES SCEAUX PENDANTS · texte numérisé non relu

DES SCEAUX PLAQUÉS ET DES SCEAUX PENDANTS

Si l'on n'établit pas de distinction entre les bulles métalliques et les sceaux de cire, on doit faire remonter l'usage des sceaux pendants jusqu'au temps des empereurs romains. « À la tête des bulles de plomb publiées par M. Fico- «roni, disent les Bénédictins, paraissent celles des empereurs Trajan, Marc «Aurèle, Lucius Verus et Antonin Pie. Ces sceaux sont percés pour y passer «la cordelette qui les tenait attachés aux diplômes de ces empereurs païens. «On montre, au cabinet de Sainte-Geneviève, une bulle de plomb de l’impéractrice Galla Placidia. On ne peut point dire que cette pièce de plomb soit plutôt «une médaille qu'un sceau, puisqu'on y remarque le trou par où passait un «lemnisque qui la tenait attachée à un diplôme. » Selon quelques auteurs, le pape $. Silvestre, au commencement du 1v° siècle, et S. Léon, au milieu du siècle suivant, auraient suspendu à leurs actes des bulles de plomb; mais cette assertion n’est appuyée sur aucune preuve. Un texte, qui semble mériter toute confiance, annonce que Turstin, archevêque d'York, produisit, en 1124, dans son différend avec Guillaume, archevêque de Cantorbéry, une épître scellée en plomb, qui avait été adressée au moine Augustin par le pape S. Grégoire; Ficoroni a d'ailleurs reproduit dans son ouvrage la bulle de plomb de Deusdedit : il faut donc reconnaître que les bulles métalliques étaient employées à la cour de Rome dès le commencement du vr siècle au plus tard. S'il est impossible d'affirmer que cet usage ait été suivi par tous les papes du vu et du vur' siècle, plusieurs exemples prouvent du moins qu'il tendait à s’affermir. Les empereurs carlovingiens suspendirent aussi des sceaux métalliques à un grand nombre de diplômes; depuis lors, cette manière de sceller ne cessa jamais d'être employée jusqu'au xvi° siècle. En résumé, les bulles métalliques ont toujours été suspendues aux diplômes, parce qu'il eût été à peu près impossible de les employer autrement; quant aux sceaux de cire, on les a tantôt appliqués sur le papyrus ou le parchemin, tantôt suspendus à des attaches de

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différentes matières. Les savants ont donc été amenés à établir une distinction entre les sceaux plaqués (sigilla membrane affixa, inneæa diplomati, charte agglutinata ) et les sceaux pendants ( sigilla pendentia ou pensilia) : essayons de fixer l'origine et la durée de ces deux espèces de sceaux.

Les sceaux plaqués étaient en usage chez les Romains. Les rois de France des deux premières races n'ont pas connu d'autre manière de sceller avec la cire, et l'on pourraiten dire autant des Capétiens du x° et du x1° siècle, si quelques auteurs n'avaient cité un petit nombre d'exceptions, qui d'ailleurs ne sont pas constatées d'une manière bien positive. Au xn° siècle, Louis le Gros scellait en placard la plupart de ses diplômes. « Tous les empereurs d’Alle- «magne , jusqu'à Frédéric I”, disent les Bénédictins, ont suivi cette ancienne «méthode. Les premiers sceaux des rois d'Angleterre ne furent pas autrement vapposés : témoin le sceau d'Edgar, plaqué au bas d'une charte conservée «dans les archives de l'abbaye de Saint-Denys en France. On ne peut donc «pas assurer, comme le fait Heineccius, que les sceaux d'Angleterre ont tou- «jours été pendants. Tous les comtes de Flandre appliquèrent les leurs sur les «chartes mêmes, jusquà Baudouin, surnommé Securis, qui changea cet «usage. Les chartes des évêques et des abbés offrent des sceaux en placard jus-

«qu'au déclin du xn° siècle. Tels étaient ceux de Manassès de Reims, en 1076; «de Pibon, évêque de Toul, en 1094 et 1112; de Manassès IT, évêque de | «Reims, en 1104; d'Adam, abbé de Saint-Denys, en 1114; de Barthélemy, |£ «évêque de Laon, et de Henri, évêque de Verdun, en 1126. D. Mabillon dé- Fa «clare n'avoir point vu de sceau en placard après Jan 1164, où l’on scella de «trois sceaux plaqués un acte d’accommodement entre les moines de Saint- "fi «Denys et Robert, médecin. Mais Gudenus assure que l'usage d'appliquer «ainsi les sceaux dura, en Allemagne, jusqu'en 1190. Gelui de les suspendre ! «concourait en même temps. Le roi Louis le Gros, par exemple, et Pibon, «évêque de Toul, se servaient tantôt de sceaux pendants, et tantôt de sceaux «en placard. Ces derniers, abolis vers la fin du xn° siècle, semblent avoir re- «commencé au xv°. C'est ce qu'on peut conclure d'une ordonnance de la «Chambre des Comptes, donnée à Paris, le 20° jour d'août, l'an de grâce «1370, au bas de laquelle on lit : Collacion faite a l'original ou etotent plaquiés cinq «sceaux où signes desdites gens des comptes. Peut-être doit-on entendre ceci d'au-

«tant de signatures faites avec des sceaux trempés dans l'encre.» En ce qui

Lis PT ET Me te \ ] * : A ft concerne les arrêts de la Chambre des Comptes, il ne peut exister aucun doute

, sur l'usage où l’on était de les sceller en placard dès la seconde moitié du xiv° siècle. Tel est un arrêt déposé à la section domaniale des Archives du

Royaume, et daté du xxr° jour d'avril, l'an ceclæ (mcccux), après pasques. Cet acte

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