PARTIE IV. — CHAPITRE III
d'être scellé, fut plié par le milieu de manière à ce que la tranche supérieure vint se rabattre sur la tranche inférieure; le testament se trouvant alors fermé d'un côté par le pli du parchemin, fut clos sur les trois autres faces par les attaches des sceaux, qui étaient au nombre de dix: quatre à droite, trois à gauche, et trois dans la partie opposée au pli du parchemin. Au revers de l'acte, on voit les noms des témoins écrits au-dessus du point où passent iles attaches de leurs sceaux; quelques-uns de ces noms paraissent être des signatures originales !. Quant au testateur, il se contenta de marquer une croix qui est également au revers de l'acte; il n’existe d'ailleurs aucune annonce de l'apposition des sceaux ou de la souscription des témoins dans le corps du testament, qui se termine par la date suivante : « Acta sunt hec apud Amiliavum «vrm° kalendas octobris, anno Domini m° cc° xr° nono’. » ( J. 311.)
L'ordre dans lequel les sceaux pendants étaient attachés au bas d'un acte paraît avoir été réglé par le rang même des personnes; mais les exemples cités par Mabillon et par les Bénédictins prouvent que la gauche, le centre et la droite du parchemin ont été également considérés comme des places d'honneur. Quand il y avait trois sceaux, celui de la personne la plus considérable était souvent placé au milieu; sil y avait un plus grand nombre de sceaux, on suivait ordinairement l’ordre dans lequel les personnes avaient été nommées dans l'acte, en plaçant le premier sceau à gauche, et en continuant ainsi jusqu'au dernier, qui se trouvait placé à l'extrémité opposée, c'est-à-dire à l'endroit où les lignes finissent.
On s'est servi, pour suspendre les sceaux, de ficelle ou de cordelette, de
} On ne peut pas douter qu'au x siècle plusieurs testaments n’aient été revêtus de souscriptions réelles; tel est celui de Jeanne, femme d'Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, daté du lundi veille de la Nativité de Saint-Jean- Baptiste, l'an 1270 (J. 406). Aux points d'attache de chacun des huit sceaux suspendus au bas de cet acte correspondent autant de souscriptions qui diffèrent entre elles et par l'aspect de l'écriture et par la forme dans laquelle elles ont été conçues. La testatrice emploie la main de son chapelain : «Ego Johanna, etc., proprià manu Alberici capel- « lani mei huic testamento feci suscribi in pre- « missorum testimonium et munimen. » Jean de Nanteuil emprunte aussi une main étrangère, mais le mandataire parle en son propre nom : « Ego Petrus, etc., de mandato domini Johannis de «Nantolio, qui rogatus huic interfuit testamento
«et sigillum suum apposuit, testamento huic «suscripsi pro eo, cùm ipse non haberet noti- « ciam litterarum. » Quant aux six autres témoins, qui étaient des ecclésiastiques, ils déclarent tous signer de leur propre main. Ces différentes souscriptions se trouvent au bas de l'acte un peu audessous de la date; il est probable que cet usage était suivi toutes les fois qu’un testament n’était pas dans la forme mystique.
2? Parmi les actes qui devaient être scellés sur les côtés, il faut ranger ceux qui, à cause de leur étendue, étaient transcrits sur plusieurs feuilles de parchemin collées les unes à la suite des autres. Nous avons déjà eu occasion d’avertir que l’on avait soin de suspendre un sceau ou un contre-sceau à chacun des points de réunion (Voy. à cet égard une formule citée à l’article de Louis XII, tomel, p. 339.)
cuir, de fil, de laine, de soie et de parchemin. Dom Guillaume Gérou écrivait, en 172, aux auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique, qu'il avait découvert, au château de Fontenay en Berry, un titre de 1418, dont le sceau était attaché avec un petit cordon de paille. I serait probablement fort difficile de rencontrer un autre exemple d’un sceau suspendu à une substance aussi fragile; sil n'avait voulu parler que d’un cercle de paille ou de jonc servant d'entourage à un petit sceau plaqué, ce fait n'aurait rien d’extraordinaire au xv° siècle. Quant à l'emploi des autres substances que nous avons indiquées d'après les Bénédictins, il est constaté par un grand nombre d'exemples.
Dès le vu® siècle, les papes ont employé indifféremment, pour suspendre leurs bulles de plomb, les cordelettes de chanvre, le cuir, le parchemin, et la soie rouge mêlée quelquefois de soie jaune. Cependant les lacs de soie rouge et jaune ne devinrent d’un emploi ordinaire que depuis le milieu du xur° siècle; les cordelettes de chanvre furent au contraire d’un usage fréquent jusqu'à la fin du x° siècle; aussi ne doit-on pas admettre avec quelques auteurs, que les papes les ont toujours employées pour les bulles de forme rigoureuse, et qu'ils réservaient les lacs de soie pour les bulles de forme gracieuse. C'est seulement lorsque les lacs de soie sont devenus d’un usage tout à fait ordinaire, qu'on a pu réserver pour certaines bulles les cordelettes de chanvre. Au xr° siècle, on se servait assez fréquemment de lanières de cuir qui ne tardèrent pas à être définitivement remplacées par des lacs de soie souvent tressés ou cordelés, et dont la couleur varia pendant plus de la moitié du siècle suivant. « Sous Alexandre III, « disent les Bénédictins, et plus tôt même, ils commencent à être mi-partis de «rouge et de jaune. Mais pendant plus de soixante ans la teinture de la soie « rouge fut ordinairement si mauvaise qu'elle est presque généralement effacée, «et qu'elle paraît moins être rouge que d'un blanc sale. C'est ce qu'on peut re- «marquer dans ce siècle par rapport à la plupart des bulles d'Alexandre III et «de ses successeurs, et dans le suivant à l'égard de celles d'Innocent IT et d'Ho- « noré [IT. Il s'en trouve même quelques-unes d’InnocentIV dont la soie rouge se « déteint. Sur la fin de ce siècle et jusqu'au milieu du suivant, on remarque, «mais rarement, des lacs de soie d’une seule couleur; d’autres de trois, rouge, «blanc et jaune; et quelques-uns où la couleur de cannelle est substituée à «la rouge. » En général, depuis le milieu du xnr° siècle, la couleur rouge est restée très-vive dans les lacs de soie, et les Bénédictins ont remarqué que la plupart du temps elle était mêlée à la couleur jaune. Ces attaches continuèrent à être employées dans le siècle suivant. Selon les mêmes auteurs, ces deux couleurs ne changèrent pas au xv° siècle, maïs on se servitsinon de laine, du