II. DES SCEAUX NON MÉTALLIQUES
Les bulles métalliques n’ont jamais exclu l'emploi des substances molles, qui se prêtaient plus facilement à la reproduction des types. L'usage de l'argile paraît remonter, chez les peuples d'Asie, à une haute antiquité; du temps de Cicéron, cette substance était généralement employée : « Hæc à nobis «prolata laudatio obsignata erat cretà asiaticà, quæ ferè est omnibus nota «nobis, quâ utuntur omnes non modo in publicis sed etiam in privatis litteris «quas quotidiè videmus mitti à publicanis sæpè unicuique nostrûm. » (Orat. pro Flacco, c. xvi.) Creta ne peut s'entendre ici que d'une terre grasse et molle, de nature argileuse; les Bénédictins, en traduisant par le mot craie, n'ont pas voulu désigner la substance sèche et friable à laquelle on donne ce nom. Ils parlent d’ailleurs de sept médaïlles publiées par Ficoroni, et qui étaient en craie de différentes couleurs : cette variété de nuances ne convient nullement à la craie. Enfin, ils ajoutent que la terre sigillée dont les anciens se servaient pour cacheter était graisseuse et argileuse, et qu'elle approchait plus du bitume que de la craie. Quel que soit le nom de cette terre, il est donc bien constaté qu'elle était d'une tout autre nature que la craie. Il est également certain que les sceaux étaient appliqués sur toutes les substances qui, après s'être amollies pour se modeler sur le type, pouvaient se durcir pour en conserver la forme". On prétend même que la pâte de farine a quelquefois reçu les empreintes des sccaux; il est reconnu, du moins, que les anciens se servaient d'un ciment connu sous le nom de maltha, composé, selon les Bénédictins, d'un mélange de poix, de cire, de plâtre et de graisse. Quoique la cire ait toujours été préférée aux autres matières, il est fort douteux qu'elle ait jamais été employée
1 Ces diffé:entes substances, qui sont désignées par les mots crela, gypsum, lutum où zn1'e, paraissent être l'argile, le plätre et la glaise.
pure de tout mélange. Indépendamment des substances qui étaient destinées à la colorer en brun, en vert, en rouge, etc. il y en avait d'autres qui lui donnaient de la dureté, de la transparence et de la pesanteur. Le même mélange n’a certainement pas été employé dans les différents siècles; personne ne confondra, par exemple, les empreintes blanchâtres et opaques de certains sceaux carlovingiens, avec la cire blonde et transparente qui était souvent employée au xn° et au xur° siècle. Après le milieu du xv° siècle il est souvent impossible de saisir aucun détail sur les sceaux des rois de France; la cire molle et ductile ne conserve ni les reliefs, ni les inscriptions : au contraire, pendant le xm° et le xrv° siècle, les sceaux sont d’une dureté remarquable ; quand ils se brisent, on remarque une série de couches qui se lèvent par écailles, et dont la disposition régulière annonce une véritable cristallisation. Il en résulte que l’on ne possède pas, à partir du règne de Louis XI, une seule empreinte du sceau royal de France qui puisse être comparée à celles que fournissent les diplômes royaux du xur° et du xiv*siècle. Quant à la différence dans la pesanteur spécifique des sceaux, elle ne pourrait être constatée la plupart du temps que par des opérations fort délicates; mais il y a des sceaux dont le poids s'éloigne tellement de la moyenne ordinaire, qu'il suffit de les soulever pour reconnaître la présence d’un corps étranger plus lourd que la cire : de ce nombre est un sceau d'Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, suspendu à une charte datée de lan 1255, au mois de mars (J. 174). Il paraît être composé d’un mélange de cire et de brique pilée assez grossièrement; on ne peut pas douter, du moins, que la cire ne soit mêlée à une substance étrangère dont les fragments irréguliers rendent la surface de l'empreinte inégale et raboteuse. Ces anciens mélanges, quels qu'ils soient, différent de celui qui est connu aujourd'hui sous le nom de cire d'Espagne !, et dont l'usage ne remonte qu'au règne de Louis XIII. Aux différences que l’on remarque dans la transparence, la dureté et la pesanteur spécifique des empreintes, correspondent sans doute autant de composés dontles éléments pourraient être déterminés par l'analyse chimique; mais ce moyen de vérification
1 « La cire d'Espagne, disent les Bénédictins, “est un composé de gomme laque, diversement « colorée, de poix résine, de craie, et de cinabre «qu'on broie quand on veut lui donner la cou- «leur rouge. On en estredevable à Rousseau , Mar- «chand de Paris, qui, se voyant ruiné par l'in- « cendie de la grande salle du Palais, s'avisa de « faire de la cire à cacheter de la manière dont il «l'avait vu préparer aux Indes Orientales, où il
«avait voyagé. Madame de Longueville voulut «bien se charger de faire voir cette cire au roi « Louis XIIT. La cour et la ville en firent tant de «cas qu'en moins d'un an Rousseau gagna plus «de cinquante mille livres. I donna à cette cire «le nom de cire d'Espagne, pour la différencier «de la gomme laque fondue, et tant soit peu « colorée avec le vermillon, que lon voyait au-
«“ paravant, et qui portait le nom de cochenille.. »