‹ Éléments de paléographie (volume 2)Chapitre 29 sur 283 · PARTIE IV.— CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE IV.— CHAPITRE IV

«lon n’en fait pas remonter l'usage au delà du xn° siècle. La cire jaune ou «blonde fut alors employée par le roi Louis VIT, par Henri Il, roi d’Anpgleterre, «par les grands seigneurs, les prélats et les communautés. Les sceaux de « Pierre, archevêque de Tarantaise, de Bouchard de Montmorency au xni° siècle, «de Béatrice, comtesse de Guines, et de plusieurs autres, sont d’un jaune «parfait, au jugement de notre savant Bénédictin; au lieu que celui de Wer- «mond, évêque de Noyon au xnr° siècle, est de couleur blonde. Nous avons « vu des sceaux de la même couleur ou du même temps dans les archives de «l'abbaye de Molesme.» Les Bénédictins et Mabillon distinguent ici deux teintes différentes, qui cependant ne sont pas aussi tranchées qu'on pourrait le supposer d'après les expressions qu'ils emploient. En effet, ils semblent annoncer que l’on rencontre fréquemment des sceaux d'un jaune aussi prononcé que celui de la cire commune; mais il est probable qu'en opposant le Jaune parfait au jaune blond, is ont voulu parler de deux teintes plus ou moins foncées. Sur plusieurs milliers de sceaux qui existent aux Archives du Royaume, il est fort douteux qu’on pût en découvrir un seul qui eût la couleur de la cire du commerce. Il est impossible de trouver des expressions pour désigner d'une manière exacte les différentes nuances que l’on peut rattacher à la couleur jaune, nuances qui varient depuis les teintes les plus claires jusqu'au brun foncé. À moins de multiplier à l'infini des subdivisions pour lesquelles d’ailleurs on ne trouverait pas de définition précise, il faut se borner à dire que l’on n'a jamais cessé, à partir du xnr siècle, d'employer une cire dont la teinte, plus ou moins rapprochée de la couleur jaune, diffère évidemment de la cire rouge et de la cire verte. Quant à la cire blanche, elle est quelquefois tellement colorée par l’action du temps qu'on peut la confondre avec la cire jaune. Il est d’ailleurs difficile de fixer la limite qui sépare le blanc terne du jaune clair; par conséquent, il serait peut-être préférable de ne rien préciser à cet égard, et de ne pas nier d'une manière absolue l'emploi de la cire jaune, même au xr siècle, tout en reconnaissant qu'alors les diplômes étaient habituellement scellés en cire blanche.

« La cire rouge, disent les Bénédictins, approche trop de la pourpre et du «cinabre, dont les anciens empereurs ont fait tant d'usage, pour que les au- «tres souverains n'en aient pas fait souvent la matière de leurs sceaux. Ceux «de nos rois de la première et de la seconde race offrent assez fréquemment «une cire rouge tantôt pâle, tantôt rembrunie. Sous la troisième race on a «usé d'abord de cire rouge ordinaire. Frédéric-Barberousse est le premier des «empereurs d'Allemagne qui ait scellé en cire rouge, à l'exemple des empecreurs de Constantinople. Plus de cinquante ans avant lui, Guillaume le Roux,

«roi d'Angleterre, scellait en cette couleur. Les rois, les évêques, les abbés, «les chapitres, les monastères, les clercs et les seigneurs s'en sont servis, Sur- «tout dans les jugements. Parmi nos rois capétiens, D. Mabillon n’en cite pas « de plus ancien que Louis le Jeune. Aux xiv° et xv° siècles, les lettres, les quit- «tances, les montres et autres actes semblables sont, pour la plupart, scellés en «rouge. » Il résulte de cette citation qu’un rouge tantôt pâle, tantôt rembruni, colorait quelquefois les sceaux des Mérovingiens et des Carlovingiens; on voit que les premiers Capétiens n'ont probablement pas scellé en cire rouge. Indépendamment des exemples de Guillaume le Roux, de Frédéric I° et de Louis VII, qui viennent d'être cités, les Bénédictins parlent d’un diplôme de 1137 scellé en cire rouge par Eudes, abbé de Saint-Remy de Reims. Étienne, évêque de Paris, employa, vers 1133 (L. 1476), une cire d’un rouge brun; deux ou trois sceaux en cire rouge sont suspendus à des chartes données par Louis VIT, au commencement de son règne (K. 23 et 24). Nous avons remarqué aussi deux empreintes en rouge brun suspendues par Eudes, abbé de Saint-Denys, et par Ansculfe, évêque de Soissons, à un chirographe de lan 1153;un diplôme de la reine de Chypre (J. 433), daté de l'an 1234, est également scellé en cire rouge. On pourrait citer quelques autres exemples du même genre; mais c'est seulement lorsqu'on arrive à la seconde moitié du xur° siècle que la cire rouge prend une teinte plus vive, et que ces empreintes deviennent plus ordinaires : dans la suite elles furent peut-être plus nombreuses que les autres!. Cette couleur était alors employée de préférence par les ecclésiastiques; dès la seconde moitié du xur° siècle elle avait été adoptée par les cardinaux; on n’a pas oublié non plus que les papes s’en servirent, depuis le pontificat de Nicolas V au plus tard, pour imprimer sur leurs brefs l'anneau du pêcheur. La plupart des sceaux plaqués du xiv° et du xv° siècle sont également en cire rouge. L'usage de la cire verte ne paraît pas remonter en France au delà du xrr siècle. « Nous avons actuellement sous les yeux, disent les Bénédictins, une charte de “Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen? qui confirme à l'abbaye de Saint- « Martin de Pontoise la donation faite par Jean, comte d'Eu, de cinq mille ha- ‘“rengs à prendre chaque année sur la vicomté de Tréport. À cette charte pend «un sceau avec contre-scel de cire verte.» À cet exemple, qui peut remonter à la première moitié du x1r° siècle, les mêmes auteurs ajoutent celui de Gui, abbé de Saint-Remy de Reims, qui scella en cire verte une charte datée de 1209. La même cire fut employée, en 1194, par Éléonore, comtesse de Saint-Quentin

! Il faut excepter de cette règle générale le une seule empreinte qui fût en cire rouge. grand sceau des rois de France, dont nous n'a- ? Hugues d'Amiens, mort en 1164, avait été

vons pas découvert, après le règne de Louis VII, élu en 1128 et sacré en 1130.

PARTIE IV.— CHAPITRE IV. 55 etde Valois (J. 163), et par Gautier, évêque de Laon, en 1159 (L. 1400). Philippe-Auguste passe pour le premier de nos rois qui en ait quelquefois fait usage; mais il existe aux Archives du Royaume (K. 25) plusieurs diplômes de Louis VII scellés en cire verte et datés des années 1174, 1175 et 1176. Sous Philippe-Auguste le sceau royal s'appliquait fréquemment sur la cire verte; pendant les règnes suivants cet usage fut suivi plus généralement encore, non-seulement par les rois de France’, mais aussi par la noblesse et par le clergé. Lorsque l'usage de la cire rouge devint le plus ordinaire, il n’exclut pas entièrement celui de la cire verte, même pour les sceaux des ecclésiastiques. Cette couleur paraît avoir été peu employée en Allemagne, car Heineccius cite comme exemples remarquables deux sceaux de couleur verte suspendus à des actes de 1347 et de 1395 : cependant l'empereur Sigismond accorda à quelques communautés la permission de sceller en cire verte. Au x1v° siècle les rois d'Angleterre eurent des rapports trop intimes avec la France pour ne pas imiter nos usages; mais auparavant ils employaient de préférence la cire jaune.

Les différentes couleurs dont il a été question jusqu'à présent étaient fréquemment employées : il nous reste à citer un passage du Nouveau Traité de Diplomatique relatif à deux nuances que nous n'avons pas eu occasion de rencontrer. « Le privilége de sceller en cire azurée ou bleue, accordé en 1524 par «l'empereur Charles-Quint à un docteur de Nuremberg, prouve que l'on a «donné cette couleur aux sceaux; mais il faut que cela soit arrivé bien rare- «ment, puisque l'exemple que l'on en produit est unique et ne regarde que «l'Allemagne. On n’y connaît aucun sceau de cire noire pendant à des chartes, «quoique l'usage de cette couleur triste n'ait pas été extrêmement rare dans «les autres pays. Jérémie, patriarche de Constantinople, s'en servait quelque- «fois pour sceller ses diplômes. Parmi la noblesse il y a eu quelques seigneurs «qui se sont approprié l'usage de la cire noire. Elle fut autrefois employée par le grand-maître de l'ordre Teutonique en Prusse. Les passe-ports accor- «dés par le maître de Malte n'étaient pas autrement scellés. En France, la «mode de se servir de la cire noire est plus ancienne qu'on ne le croit or- «dinairement. Nous avons vu dans les archives de Molesme une charte de «Guillaume de Joinville, sire de Julli, écrite en français au mois de mars de «l'an 1274, et dont le sceau de cire noire pend à un lemnisque de parchemin « à double queue.»

Nous avons déjà eu occasion d'avertir que l'on rencontre dès le xrrr° siècle

! Il résulte de quelques faits cités dans la der- ont fini par régler la couleur de la cire selon la

nière partie de ce chapitre que les rois de France nature des actes.

des sceaux appliqués dans un moule de cire d'une couleur autre que celle de l'empreinte. I n’est pas rare non plus de voir des contre-sceaux en cire rouge appliqués au revers d'un sceau en cire jaune ou verte. Ce qui est plus extraordinaire, c’est de trouver une empreinte appliquée sur des cires de différentes couleurs. «Les Mémoires de M. du Tilliot pour servir à l’histoire de la fête «des fous nous fournissent, disent les Bénédictins, une preuve singulière du «mélange des couleurs dans les sceaux. Les lettres patentes expédiées à ceux «que lon admettait dans la fameuse société de la Mère folle de Dijon étaient «écrites en lettres de trois couleurs sur parchemin : on les scellait d'un sceau «de cire pareïllement de trois couleurs.» Il serait probablement difficile de découvrir un autre exemple de cet usage bizarre.

Nous avons dit que la couleur d'une empreinte pouvait jusqu à un certain point fournir des indices de falsification. En effet, quoique dans les premiers temps de la monarchie on ait pu donner à la cire toute espèce de nuance, les faits qui viennent d'être cités autorisent à dire qu'il faudrait examiner scrupuleusement tout diplôme antérieur au xn° siècle dont le sceau serait de couleur verte; peut-être devrait-on appliquer la même règle aux empreintes d'un rouge éclatant. Quant à la cire jaune, nous pensons qu'elle a pu être employée, concurremment avec la cire blanche, à partir du x1° siècle. La cire bleue et la cire noire ont été trop rarement employées pour qu'il soit possible de poser à cet égard des règles générales.

Les Bénédictins font observer aussi que la couleur des sceaux a varié, non-seulement selon les temps, mais encore selon la qualité des personnes et la nature des affaires. On a déjà vu que le privilége de sceller en cire blanche avait été accordé par Frédéric IV à un duc de Modène et de Reggio; que plusieurs communautés avaient obtenu de Sigismond le droit d'employer la cire verte, et qu'un docteur de Nuremberg avait été autorisé par Charles-Quint à se servir de cire bleue ou azurée. Les Bénédictins annoncent en outre qu'un grand nombre de diplômes impériaux concédèrent aux princes, aux comtes et aux villes le droit de sceller en cire rouge; qu'en France un statut de Henri IT affecta les sceaux de cire blanche à l'ordre militaire du Saint-Esprit; et que Louis XI voulant donner un ‘témoignage d'affection à René d'Anjou, roi de Sicile, permit ! à lui et à ses descendants en ligne directe de sceller en cire jaune. De ces exemples et de quelques autres, cités par les mêmes auteurs, il ne faudrait pas conclure que les couleurs dont l'usage était concédé par un privilége spécial ne pouvaient être employées que par ceux qui avaient obtenu

1 « Le diplôme de cette concession singulière , «1469, se trouve, disent les Bénédictins, dans «daté du 28 janvier 1468 et du mois de mai «les registres du Parlement, »

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