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INSCRIPTIONS DES SCEAUX

Les inscriptions des sceaux expriment ordinairement les noms de ceux à qui ils appartiennent; mais cette règle est soumise à un petit nombre d'exceptions. Un cachet antique, reproduit par les Bénédictins, porte pour légende les mots spes in Deo. Nous avons déjà eu occasion de parler des demi-bulles sur lesquelles on ne trouve que les noms des apôtres S. Pierre et S. Paul, et dont les papes se servaient jusqu'à ce qu'ils eussent reçu, par la cérémonie du sacre, la

1 Nous prenons ici le mot contre-sceau dans sceaux proprement dits, mais encore des sceaux son acception la plus générale; c'est-à-dire que secrets ou petits sceaux appliqués au revers d'un

nous voulons parler, non-seulement des contre- sceau principal.

PARTIE IV.— CHAPITRE V. 63 plénitude de leur autorité. Philippe de Valois et Charles VI n'ont pas fait graver leur nom sur le sceau ordonné en l'absence du grand : il est vrai que le sceau d'un roi de France ne pouvait être confondu avec un autre. Plusieurs vicomtes de Thouars firent graver sur leurs types cette devise fastueuse : « [ste « Thoarcenses dominus dominatur in omnes. » Les Bénédictins ont publié quelques légendes qui n'expriment que des sentences générales, mais qui se trouvent sur des bulles de plomb dont rien ne distingue la face principale et le revers. Un sceau de Victor Il, par exemple, présente d'un côté la devise suivante, «Tu «pro me navem liquisti suscipe clavem ; » on lit surun sceau de Nicolas IT, « Tibi, «Petre, dabo claves regni cœlorum ; » mais les noms de ces deux papes se trouventsur l'autre face, qu'on pourrait d’ailleurs considérer comme le premier côté du sceau. On verra dans la seconde partie de ce chapitre qu'il était assez ordipaire de ne graver sur les contre-sceaux que des expressions vagues et générales. Cependant, quoiqu'il fütplus naturel de marquer le nom de la personne sur le premier côté d’un sceau, on ne le trouve quelquefois que sur le revers. La face principale du sceau de Jacques IT roi d'Aragon, c'est-à-dire celle où l'on voit ce prince assis sur son trône, porte pour inscription, «Diligite justitiam qui «judicatis terram , et oculi vestri videant equitatem ;» c’est sur la seconde face que le nom du roi se trouve exprimé, Sigillum Jacobi Dei gracié, etc. (J. 164).

Au lieu d'écrire les noms propres en entier, on pou ait les exprimer par des sigles ou sous la forme de monogramme. Les sceaux de tous les siècles fourniraient mille exemples de sigles initiaux em ployés pour désigner un nom propre; les monogrammes au contraire ne se rencontrent que fort rarement, mais des textes positifs prouvent qu'ils ont été en usage. « On lit dans les actes du vi* concile de Constantinople, tenu en 681, qu'on y produisit deux écrits «munis d'un sceau représentant le monogramme de l'empereur, ÉXTU7TOUVT-& «povéypaumor Kovrrarrivou d\erérou… On entend communément d'un mono-

«gramme ces paroles de Symmaque écrivant à son frère Flavien : cupio cognoscere

«an omnes obsignatas litteras sumpseris eo annulo quo nomen meum MAGIS INTELLIGI (QUAM LEGIpromptum est. S.Avit deVienne voulait qu'on gravâten rond son mo- «nogramme sur son sceau : Si queeris quid insculpendum sigillo ? signum monogramumalis mei, per qyrum scripli, nominis legatur indicio. Les sceaux de métal de «Charles le Chauve marqués au revers de son monogramme sont connus. Nous «avons entre les mains des cachets des derniers temps qui ne portent que des «monogrammes. »{ Nouv. Tr. de Dipl. t. IV, p. 66.) C'est aux sigles et aux monogrammes qu'il faut rapporter l'origine des lettres initiales entrelacées qui aujourd’hui se gravent ordinairement sur les cachets.

Les légendes dans lesquelles un nom propre se trouve exprimé consistent

quelquefois dans une prière, une devise ou une sentence. Schannat a publié un sceau de Pepin le Bref portant pour inscription : XPE (Christe) PROTEGE PrppiNvu REGEM Francorvm. La même formule se retrouve sur un des sceaux de Charlemagne et de Louis le Débonnaire. (PI. À, n° 8 et 10.) Lothaire substitua le mot adjuva au mot protege. (PI. À , n°1 2.) [n'y a rien d'extraordinaire à rencontrer des sentences exprimées en vers, et surtout en vers léonins. Ces sortes de légendes, dont les Grecs paraissent avoir introduit l'usage, furent employées par les Latins dès le rx° siècle au plus tard; car on en trouve sur des sceaux de métal de Charlemagne et de Charles le Chauve. { Voyez dans la Liste alphabétique des princes souverains l’article de CrarLemAGNE.) Deux vers léonins forment l'inscription du sceau de Guillaume le Conquérant (PI. R, n° 2 ); le sceau de la ville de Sienne avait pour légende le vers suivant : Vos vereRIs SEN& si- GNVM NOSCATIS AMOENÆ. «Au renouvellement des lettres en Italie, disent les « Bénédictins, les Florentins firent graver un Hercule sur leur sceau, avec cette «inscription : HERGULEA GLAVA DOMAT FLORENTIA PRAvA. » Le sceau de l'officialité de Soissons portait dans le champ le mot Suessio, et rappelait par cette inscription circulaire les droits de préséance de l'évêché : Urbs habet hec verè post Remis prima sedere. (J. 160.)

Cette versification, qui ne brille ni par le fond des idées, ni par la forme, se rencontre seulementsur un petit nombre d'empreintes. La plupart des sceaux les plus anciens ne portent que des inscriptions fort simples, qui souvent consistent dans un nom propre mis au nominatif ou au génitif : lorsque le nom était au génitif, on sous-entendait probablement bulla où sigillum. Quand on voulait exprimer ce dernier mot, on se contentait souvent de le représenter, soit par la lettre initiale, soit par une des abréviations St. Sig. Sigull., etc. Heineccius avait supposé que le mot sigillum n'avait point paru sur les sceaux avant la fin du x siècle, mais les Bénédictins font remonter cet usage au x°: ils citent pour exemple le sceau de Roricon, évêque de Laon en 972. « Le mot «sigillum, disent-ils, est tout commun sur les sceaux des évêques et des grands «seigneurs dès le milieu du xu° siècle. Au lieu de sigillum on trouve signum, «impressio et subscriptio sigilli sur quelques sceaux des comtes et des églises; c'est « qu'alors les sceaux tenaient lieu de signatures. »

Les sceaux des rois mérovingiens ont des légendes fort simples qui réunissent en général au nom du prince le titre de roi des Français; Charles le Chauve est probablement le premier de nos rois qui ait fait graver la formule grati& Dei qu'on retrouve sur tous les sceaux des Capétiens, excepté toutefois sur celui de Hugues Capet, dont la légende était ainsi conçue : Hugo Dei misericordià Francorum rex. La formule Dei gratié ne paraît que rarement sur les

PARTIE IV.— CHAPITRE V. 65 sceaux des grands seigneurs; mais elle a été employée fréquemment par les évêques. «On la trouve, disent les Bénédictins, sur ceux des abbés dès le «xu'siècle. Sur le déclin du xmn°, quelques évêques ajoutèrent par la grâce du siége «apostolique, pour faire entendre qu'ils ne tenaient pas seulement l'épiscopat «de Dieu, mais encore du pape. Arnoul, évêque de Bamberg, donna dans cette «nouveauté. En 1287, il scella une bulle d'indulgences accordées dans le «concile de Wirtzhourg avec un sceau portant cette inscription : T ArNoL- «DUS DEI ET APLICE. SED. GRA. BABENBERGEN. Ps. Cette formule, qui ne re- «monte pas au-delà des temps scolastiques, et qui est rare sur les sceaux, doit «principalement son progrès à l'abolition des élections.» Au lieu de la formule grati& Dei, on trouve quelquefois Dei miseratione, nutu Dei, etc. Ges variations dans les formules accessoires ne sont pas les seules que l’on remarque sur les sceaux. On trouve les mots papa, præsul et patriarcha, employés comme synonymes d'episcopus et d'archiepiscopus. Un des sceaux de Pepin le Bref, publié par Montfaucon dans les Monuments de la monarchie française, porte pour légende Pippinus imperator. Les Bénédictins font observer avec raison que les noms et les titres pris au commencement des chartes ne sont pas toujours les mêmes que ceux qui sont gravés sur les sceaux. «Il y a, disent-ils, dans les «archives de Notre-Dame de Chartres un acte passé entre Bouchard et Mat- «thieu de Marli, qui vivaient sous le règne de Louis VIIL D. Bernard de «Montfaucon a publié leurs sceaux dans le second tome des Monuments de la «monarchie française. Bouchard est appelé Burchardus dans l'acte et Buchar- «dus dans le sceau. On y lit Buchardus dns. Mallaa et Matthœæys de Mallaco, «et dans le sceau il y a de Marliaco. C'est la remarque qu'a faite M. de Ga- «gnières; mais rien n'est plus commun dans ces temps-là, dit D. Bernard, «que ces variétés. On voit souvent un homme écrire diversement son nom «dans le même acte.» Il y a dans les différentes manières d'écrire un nom propre des changements qui peuvent s'expliquer par une erreur du copisté; ainsi, quand on lit dans un acte Rogerius de Mellento et sur le sceau Rogerius de Meulendo (J. 216), on peut supposer que l'écrivain n’a pas rendu la véritable orthographe du nom; dans ce cas, il est probable que la légende du sceau est plus exacte que le texte du diplôme. Mais on rencontre souvent des différences qui ne peuvent être accidentelles. En voici quelques exemples que nous indiquons, en mettant en regard le texte des actes et la légende des sceaux :

(1244, J. 216.) Conventus Sancte Katherine de Monte Rothomagi; — Capitulum Sancte Trinitatis de Monte Rothomagi.

(1248, J. 203.) Guillermus Baticularins; — Willermus Piscerna.

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(1215, J. 193:) Théobaldus de Castello Novo ; — Theobaldus de Novo Gastro. (1205, J. 168, ) Guido de Rupe; — Guido de Rocd. (1290, J. 153.) Henricus Grandis Prati; — Henricus de Magno Prato. (1199, J. 178.) Arturus comes Richemundi; — Arturus comes Divitis Collis.

L'abbaye de Sainte-Catherine de Rouen avait d'abord été placée sous l'invocation de la Sainte-Trinité. L'ancien nom existait encore sur le sceau, quoide ne fût plus employé dans les actes; c'est par la même raison que le sceau de Sainte-Geneviève de Paris portait pour légende : « Sigillum sancti Petri et «sancte Genovefe virgimis. » Le second exemple n'aurait rien de remarquable, sil ne renfermait que les variantes Gurllermus et Willermus; en effet on rencontrera fréquemment Wido, Walterus, ete., au lieu de Guido, Gualterus, etc.; mais il était moins ordinaire de substituer due à l'autre des mots tels que Buticulartus et Piscerna, surtout lorsque ces mots constituaient comme ici un surnom de famille. On remarque dans les quatre derniers exemples des substitutions analogues qui portent sur des noms de lieu; il est donc permis de croire que les surnoms ont plus où moins varié pendant longtemps, ou du moins qu'ils étaient fixés seulement dans la langue vulgaire, et que, pour les exprimer en latin, on pouvait en altérer la forme, pourvu qu'on en conservât la signification. Nous citerons à l'appui de cette opinion quelques autres exemples d'une date plus récente :

(1246, J. 178.) Robertus de Malo leporarto; — Robertus de Maulevrer. (1253, J. 226.) Radulfus de Pede cocto; — Radulfus de Pié cuet.

(1 de 1#.) Reginaldus dictus de Ense; — Renaute de l'Epee.

( h2.) Henri abbé de Prieres; — Henricus abbas de Precibus.

Il résulte des deux premiers exemples que l'on rencontre au x siècle des surnoms en langue vulgaire sur des sceaux dont la légende est d'ailleurs en latin; la forme latine n'était donc pas celle qui servait habituellement pour les surnoms. Dans le troisième exemple, la légende est entièrement en langue vulgaire; dans le dernier, c'est au contraire le sceau qui est en latin. Il est inutile d'avertir que les inscriptions latines n’ont jamais cessé d'être employées sur les sceaux. Quant aux légendes qui ne renferment aucune trace de latin, nous n’en avons pas rencontré d'exemple tout à fait incontestable avant le xrn° siècle; nous citerons ici deux des sceaux les plus anciens que nous ayons remarqués. L'un est suspendu à un acte de 1238 (J. 197); il porte pour légende : S. Arrarr De sant Remer. L'autre sceau est celui de la commune d'Arguel ou Argueil en Normandie; il représente un cerf entouré de cette inscription : F S. AV. MAIRE DARGYEL (J. 395, an 1230). Pendant la se-

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