‹ Éléments de paléographie (volume 2)Chapitre 33 sur 283 · PARTIE IV. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE V

conde moitié du xmf siècle, les légendes françaises deviennent moins rares; mais la langue latine était encore employée de préférence, même sous le règne de François [°.

Il est un autre changement qui se manifeste dés le xmm° siècle dans les légendes des sceaux, c'est l'accumulation des titres de dignité et des noms de royaumes, de provinces et de territoires. « L'empereur Frédéric Il, disent les «Bénédictins, est le premier qui ait joint à son titre principal ceux des «royaumes ou provinces qu'il prétendait lui appartenir hors de l'Allemagne. « Son sceau donne cette légende : Frinericus Der GRaTIA ROMANORUM IMPERA- {TOR SEMPER AUGUSTUS, REX [ERLM. (Jerusalem) £t SiaiLie. Au détail des royaumes, «des provinces et des seigneuries, les princes ajoutent les noms” de leurs pacrents. Entre plusieurs sceaux, nous citerons celui du roi de Bohême de Fan «1269, dont voici la légende : + S. Orakarr SIVE PREMISLAT QUINIT REGIS « BOEMORUM MARCHIONIS Monavre C'est une «autre singularité de trouver le jour de la naissance des princes sur leurs «sceaux. Celui de l'empereur Frédéric IV nous servira d'exemple. On y lit: « SIGILLUM MAJESTATIS FRIDERICI DEI GRA. ROMANORUM IMPERATORIS SEMPER AUGUSTI,

FILII WENCGESLAI REGIS QUARTI.

«DUCIS AUSTRIE, STIRIE, KARINTHIE ET CARNIOLE GOMITISQUE Trois, ete. Et plus «bas : Qui NaTus Est 1x pre Marx aposr. cio cecexv.» Rien de plus ordinaire d’ailleurs que de rencontrer des devises accessoires qui ne se rattachent pas directement à la légende principale; tel est, par exemple, le sceau de l'abbaye de Saint-Juste (PI. P, n° 10), celui de la commune de Beauvais (PI. P, nu);et celui du chapitre de la cathédrale de Metz (PL. Q; n° 7): Les rois de France n'ont eu, en général, que des légendes d'une grande simplicité. Le titre de duc d'Aquitaine pris par Louis VIT, et celui de roi de Navarre porté par Louis X et ses deux successeurs, sont les seuls qui aient paru sur le sceau royal? à la suite du titre de roi des Français. Louis XII ajouta le premier un nombre (duodecimus) à la légende ordinaire pour se distinguer des autres rois du nom de Louis. Les sceaux des papes et des empereurs four-

! «On a une infinité de preuves de cet usage « d'où l'on peut tirer beaucoup de lumières pour « établir les généalogies ; parexemple, Marguerite , « fille de Baudouin , empereur de Constantinople, «avait pour inscription sur son sceau, en 1225 : «TS. MARGARETE SORORIS GOMITISSE FLANDRENSIS. « Charles le Bon, comte de Flandre, avait cette « légende : TS. CaroLt comiris FLANDRIE ET FIL «REGIS Dane. En 1194, la légende de Baudouin « portait : + Bazounus rizivs MarcHioNISs NamuRCI,

« cowrris Hanois. Celle de Philippe, duc de Bour- «gogne, était, en 1384 : + Sierczum Pricippr Firit « REGIS FRANCGORUM, DUCIS BURGUNDIE, etc. »

2 Jl n'est question ici que du sceau ordinaire ; car cette règle serait démentie par les sceaux extraordinaires du genre de celui qui est reproduit sous le n° 2 de la planche K : il est inutile d’avertir que le titre de roi de Navarre a paru de nouveau sur les sceaux des rois de France à compter de l'avénement de Henri IV.

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nissent des exemples beaucoup plus anciens de cet usage; le chiffre VIII était marqué sur une bulle de S. Léon suspendue à un acte de 1052, et reproduite par les Bénédictins d'après Heineccius. Les mêmes auteurs ont tiré du recueil de Ficoroni un sceau de plomb qui porte pour légende : px. HLu- Dovicus its AUG. (Dominus Hludovicus tertius augustus); ce sceau a été employé par l'empereur Louis IT qui régnait au commencement du x‘ siècle.

Il nous reste à présenter quelques observations sur la disposition matérielle des légendes. Les unes sont gravées dans le sens horizontal, comme sur la plupart des bulles de plomb de la planche U; les autres, dans le sens vertical, comme sur le modèle n° 16 de la même planche; d'autres enfin, et c'est le plus grand nombre, suivent les contours extérieurs des sceaux qu'elles entourent par un cordon en forme de cercle, d'ovale, d'ogive, etc. Les légendes qui occupent ainsi toute l'étendue de la circonférence commencent, en général, dans la partie supérieure. du sceau (voyez les deux derniers numéros de la planche B); quelques-unes cependant commencent dans le bas, comme sur le sceau de Charles le Simple (PI. B, n° 3): la croix qui précède le mot Karolus suffit pour indiquer le commencement de cette dernière légende. «Presque toutes les inscriptions des sceaux du moyen âge, disent les Béné- «dictins, commencent par une croix. Les anciens chrétiens aiïmaient trop ce «divin trophée de la vraie religion pour ne pas l'imprimer sur leurs cachets, «leurs sceaux et à la tête de leurs signatures. Aussi voit-on des croix de dif- «férentes formes au commencement des légendes gravées sur les sceaux de- «puis les premiers temps jusqu'au xiv° siècle. Vers le commencement du xv!, «le déchet de la piété fit négliger cette pieuse pratique, et substituer aux «croix des rosettes, des étoiles et d’autres figures semblables.» Quand il n'y a pas de signe accessoire qui précède le premier mot d’une légende, on doit supposer qu'elle commence dans la partie supérieure du sceau. Il y a des empreintes sur lesquelles on rencontre en même temps une légende cireulaire et une légende horizontale; les mots gravés horizontalement dans le champ du sceau forment souvent une devise indépendante de la légende principale; quelquefois au contraire ils servent à la compléter, et il n'est pas rare que ces inscriptions horizontales renferment des portions de mots pour lesquelles la place manquait sur la circonférence du sceau. Il en résulte souvent que la fin d'une légende est coupée de la manière la plus bizarre; c'est ainsi, par exemple, qu'on trouve dans le champ du sceau d'Humbert, dernier dauphin de Viennois, les six dernières lettres du mot Lupelli; en sorte que l'inscription de la circonférence se termine par Montis L. Quoiqu'on eût considérablement augmenté le nombre des abréviations et les dimensions des

PARTIE IV.— CHAPITRE Y. 69 sceaux, il y avait des légendes tellement prolixes que l'on était obligé de leur faire occuper une double circonférence; telle est la légende du sceau n° 4 de la planche N. Dès le xiv° siècle, on avait figuré sur la circonférence de quelques sceaux des banderoles roulées à leur extrémité et destinées à recevoir la légende; c'est ce que lon peut voir sur le sceau n° 3 de la planche N. Au xv® siècle et au xvi°, ces banderoles repliées sur elles-mêmes formèrent dans le champ du sceau de nombreux circuits dont les graveurs changeaient et multipliaient les contours au gré de leur caprice. Comme les légendes suivaient toutes ces ondulations, il est souvent fort difficile de reconnaître dans quel ordre se succèdent ces lambeaux de phrases qui se croisent en tous sens. C'est dans ce cas surtout qu'il est indispensable de consulter le texte même des actes, dont la suscription renferme presque toujours la série des titres et

des noms de pays énoncés dans la légende.

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