‹ Éléments de paléographie (volume 2)Chapitre 35 sur 283 · PRO · texte numérisé non relu

PRO

empreinte dont la légende commence par le mot contrasigillum, quoique cette légende puisse d’ailleurs être aussi complète que celle du sceau. Rien de plus ordinaire, en eflet, que de retrouver sur un contre-sceau les noms et les titres énoncés dans l'inscription du sceau; mais comme on avait à sa disposition un espace beaucoup moins grand, on était obligé de multiplier les abréviations et d'employer des caractères plus fins. Souvent aussi on supprimait les mots les moins essentiels ou ceux qui terminaient la légende. Ces types n'étaient employés que pour contre-sceller, où du moins les exceptions signalées par les auteurs sont trop rares pour détruire l'autorité de ce principe général.

On peut appliquer à tous les types qui servent de contre-sceau les détails que nous avons donnés dans la première partie de ce chapitre sur la disposition matérielle, le style et les caractères des légendes. On retrouve en effet sur les contre-sceaux des inscriptions dont le premier mot est, en général, précédé d'une croix. La plupart de ces inscriptions suivent les contours de la circonférence du type; d’autres sont gravées horizontalement ou verticalement. L’emploi de la langue vulgaire y est peut-être plus fréquent que sur les sceaux : le cri de guerre des comtes de Champagne, Passavant le meillor, est gravé au revers du sceau de Blanche, mère de Thibaut VI (J. 199, an 1210); on trouve aussi une inscription en langue vulgaire au revers du sceau n° 6 de la planche N. Quelquefois, mais plus rarement, la légende du contre-sceau est en latin, quoique celle du sceau soit en langue vulgaire. Ges exemples ne doivent d’ailleurs être considérés que comme des exceptions; la légende de la face et celle du revers sont ordinairement dans la même langue. Si l’on trouve souvent des différences dans l'orthographe des noms propres quand on compare le texte de l'acte et la légende du sceau, il arrive aussi quelquefois que l'orthographe adoptée dans l'inscription du sceau n'est pas exactement reproduite sur le contre-sceau; mais ces variations sont moins fortes et moins nombreuses. On verra dans le chapitre suivant qu'il n’est pas rare de trouver sur un contresceau des armoiries qui n'existent pas sur la face principale; mais ce qui est beaucoup plus extraordinaire, c’est d'y remarquer des noms omis à la fois dans l'acte et dans l'inscription du sceau. Marie de Beaumont, abbesse de Notre-Dame de la Charité d'Angers, ne fait connaitre, dans un acte de 1239, que son nom de Marte; ce nom est aussi le seul qui soit marqué sur le sceau; mais on lit sur le revers: secrervm M. (Marie) pe BeLLomowre. Il est inutile de rappeler que l'on trouve quelquefois au revers d’un sceau des noms tout à fait étrangers à ceux qui sont gravés sur le sceau lui-même, puisque les sceaux de deux personnes présentes à la rédaction d’un acte pouvaient au besoin se servir réciproquement de contre-sceau; mais on rencontre aussi des contre-sceaux

PARTIE IV. CHAPITRE V. 73 appartenant à des personnes dont il n’est fait aucune mention dans la charte à laquelle ils sont attachés. On lit au revers d'un sceau de Hugues, abbé de la Chaise-Dicu en Auvergne: St. Roberti. Ave Maria; cette empreinte avait sans doute été faite avec le contre-sceau d’un de ses prédécesseurs. Les Bénédictins citent d'après Leyser deux exemples analogues. Au revers d'un sceau en forme de triangle et portant pour légende : Sr. Rodolphi nobilis de Depholte, on lisait sur un contre-sceau oblong et en ogive: s. HenriG pAsr. EGGE. BERENSTORP (sigulum Henrici pastoris ecclesie Berenstorp). Dans le second exemple signalé par Leyser, la légende du sceau était aïnsi conçue: s. Conrapr DE WERBERGE. « Au

«contre-scel, disent les Bénédictins, on voit un homme nu, la tête rasée, assis

sur une chaise, écrivant dans un livre posé sur un pupitre, avec cette légende : s. lonis. PLEB. IN W

‘BADDEL. Le titre de plebant ajouté au mot Johan-

nis montre que Cest encore ici le sceau d'un curé. Les nobles se servaient

souvent des sceaux ecclésiastiques pour contre-sceller, afin de donner plus

d'autorité à leurs propres sceaux, ou parce que les clercs dressaïent les actes quoique leurs noms n°y parussent pas. »

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