DES SCEAUX PLAQUES ET DES SCEAUX PENDANTS
Si l'on n'établit pas de distinction entre les huiles métalliques et les sceaux de cire, on doit faire remonter l'usage des sceaux pendants jusqu'au temps des empereurs romains. « A la tête des bulles de plomb publiées par M. Ficotrroni, disent les Bénédictins, paraissent celles des empereurs Trajan, Marc « Aurèle , Lucius Verus et Antonin Pie. Ces sceaux sont percés pour y passer « la cordelette qui les tenait attachés aux diplômes de ces empereurs païens. « On montre, au cabinet de Sainte-Geneviève, une bulle de plomb de l'impéra- « trice Galla Placidia. On ne peut point dire que cette pièce de plomb soit plutôt « une médaille qu'un sceau , puisqu'on y remarque le trou par où passait un «lemnisque qui la tenait attachée à un diplôme. » Selon quelques auteurs, le pape S. Silvestre, au commencement du ive siècle, et S. Léon, au milieu du siècle suivant, auraient suspendu à leurs actes des bulles de plomb ; mais cette assertion n'est appuyée sur aucune preuve. Un texte , qui semble mériter toute confiance , annonce que Turstin , archevêque d'York , produisit , en 1124, dans son différend avec Guillaume, archevêque de Cantorbéry, une épître scellée en plomb, qui avait été adressée au moine Augustin par le pape S. Grégoire; Ficoroni a d'ailleurs reproduit dans son ouvrage la bulle de plomb de Deusdedit : il faut donc reconnaître que les bulles métalliques étaient employées à la cour de Rome dès le commencement du vne siècle au plus tard. S'il est impossible d'affirmer que cet usage ait été suivi par tous les papes du vne et du vme siècle, plusieurs exemples prouvent du moins qu'il tendait à s'affermir. Les empereurs carlovingiens suspendirent aussi des sceaux métalliques à un grand nombre de diplômes; depuis lors, cette manière de sceller ne cessa jamais d'être employée jusqu'au xvie siècle. En résumé, les bulles métalliques ont toujours été suspendues aux diplômes, parce qu'il eût été à peu près impossible de les employer autrement ; quant aux sceaux de cire , on les a tantôt appliqués sur le papyrus ou le parchemin , tantôt suspendus à des attaches de
différentes matières. Les savants ont donc été amenés à établir une distinction entre les sceaux plaqués (sigilla membranœ affixa, innexa diplomati, chartœ agglutinata ) et les sceaux pendants [sigilla pendentia ou pensilia) : essayons de fixer l'origine et la durée de ces deux espèces de sceaux.
Les sceaux plaqués étaient en usage chez les Romains. Les rois de France des deux premières races n'ont pas connu d'autre manière de sceller avec la cire , et l'on pourrait en dire autant des Capétiens du Xe et du xie siècle , si quelques auteurs n'avaient cité un petit nombre d'exceptions, qui d'ailleurs ne sont pas constatées d'une manière bien positive. Au xne siècle, Louis le Gros scellait en placard la plupart de ses diplômes. « Tous les empereurs d'Alle- « magne , jusqu'à Frédéric Ier , disent les Bénédictins, ont suivi cette ancienne « méthode. Les premiers sceaux des rois d'Angleterre ne furent pas autrement « apposés : témoin le sceau d'Edgar, plaqué au bas d'une charte conservée « dans les archives de l'abbaye de Saint-Denys en France. On ne peut donc « pas assurer, comme le fait Heineccius, que les sceaux d'Angleterre ont tou- « jours été pendants. Tous les comtes de Flandre appliquèrent les leurs sur les «chartes mêmes, jusqu'à Baudouin, surnommé Securis, qui changea cet « usage. Les chartes des évêques et des abbés offrent des sceaux en placard jus- « qu'au déclin duxne siècle. Tels étaient ceux de Manassèsde Reims, en 1076; «de Pibon, évêque de Toul, en 1094 et 1112; de Manassès II, évêque de « Reims, en 1 io4 ; d'Adam, abbé de Saint-Denys, en 1 1 i4 ; de Barthélémy, «évêque de Laon, et de Henri, évêque de Verdun, en 1126. D. Mabillon dé- « clare n'avoir point vu de sceau en placard après l'an n 64 , où l'on scella de « trois sceaux plaqués un acte d'accommodement entre les moines de Saint- «Denys et Robert, médecin. Mais Gudenus assure que l'usage d'appliquer « ainsi les sceaux dura, en Allemagne, jusqu'en 1 190. Celui de les suspendre « concourait en même temps. Le roi Louis le Gros , par exemple , et Pibon , «évêque de Toul, se servaient tantôt de sceaux pendants, et tantôt de sceaux « en placard. Ces derniers, abolis vers la fin du xne siècle, semblent avoir re- « commencé au xivc. C'est ce qu'on peut conclure d'une ordonnance de la «Chambre des Comptes, donnée à Paris, le 20e jour d'août, l'an de grâce « 1370, au bas de laquelle on lit : Collacion faite a l'original ou etoient plaauiés cinq «sceaux ou signes desdites gens des comptes. Peut-être doit-on entendre ceci d'au- « tant de signatures faites avec des sceaux trempés dans l'encre. » En ce qui concerne les arrêts de la Chambre des Comptes, il ne peut exister aucun doute sur l'usage où l'on était de les sceller en placard dès la seconde moitié du xive siècle. Tel est un arrêt déposé à la section domaniale des Archives du Royaume, et daté du xxie jour d'avril, l'an ccclx (mccclx) , après pasques. Cet acte