‹ Éléments de paléographie (volume 3)Chapitre 38 sur 260 · PARTIE IV. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE IV

« Ion n'en fait pas remonter l'usage au delà du xne siècle. La cire jaune ou « blonde fut alors employée par le roi Louis VII, par Henri II, roi d'Angleterre, « par les grands seigneurs, les prélats et les communautés. Les sceaux de « Pierre, archevêque de Tarantaise , de Bouchard de Montmorency au xne siècle , «de Béatrice, comtesse de Guines, et de plusieurs autres, sont d'un jaune « parfait, au jugement de notre savant Bénédictin; au lieu que celui de Wer- « mond, évêque de Noyon au xme siècle, est de couleur blonde. Nous avons « vu des sceaux de la même couleur ou du même temps dans les archives de « l'abbaye de Molesme. » Les Bénédictins et Mabillon distinguent ici deux teintes différentes, qui cependant ne sont pas aussi tranchées qu'on pourrait le supposer d'après les expressions qu'ils emploient. En effet, ils semblent annoncer que l'on rencontre fréquemment des sceaux d'un jaune aussi prononcé que celui de la cire commune; mais il est probable qu'en opposant le jaune parfait au jaune blond, ils ont voulu parler de deux teintes plus ou moins foncées. Sur plusieurs milliers de sceaux qui existent aux Archives du Pioyaume, il est fort douteux qu'on pût en découvrir un seul qui eût la couleur de la cire du commerce. Il est impossible de trouver des expressions pour désigner d'une manière exacte les différentes nuances que l'on peut rattacher à la couleur jaune, nuances qui varient depuis les teintes les plus claires jusqu'au brun foncé. A moins de multiplier à l'infini des subdivisions pour lesquelles d'ailleurs on ne trouverait pas de définition précise, il faut se borner à dire que l'on n'a jamais cessé, à partir du xne siècle, d'employer une cire dont la teinte, plus ou moins rapprochée de la couleur jaune, diffère évidemment de la cire rouge et de la cire verte. Quant à la cire blanche, elle est quelquefois tellement colorée par l'action du temps qu'on peut la confondre avec la cire jaune. Il est d'ailleurs difficile de fixer la limite qui sépare le blanc terne du jaune clair; par conséquent, il serait peut-être préférable de ne rien préciser à cet égard, et de ne pas nier d'une manière absolue l'emploi de la cire jaune, même au xie siècle, tout en reconnaissant qu'alors les diplômes étaient habituellement scellés en cire blanche.

«La cire rouge, disent les Bénédictins, approche trop de la pourpre et du « cinabre, dont les anciens empereurs ont fait tant d'usage, pour que les au- « très souverains n'en aient pas fait souvent la matière de leurs sceaux. Ceux « de nos rois de la première et de la seconde race offrent assez fréquemment « une cire rouge tantôt pâle, tantôt rembrunie. Sous la troisième race on a « usé d'abord de cire rouge ordinaire. Frédéric-Barberousse est le premier des « empereurs d'Allemagne qui ait scellé en cire rouge, à l'exemple des empe- « reurs de Constantinople. Plus de cinquante ans avant lui, Guillaume le Roux,

« roi d'Angleterre, scellait en cette couleur. Les rois, les évêques, les abbés, « les chapitres, les monastères, les clercs et les seigneurs s'en sont servis, sur- «tout dans les jugements. Parmi nos rois capétiens, D. Mabillon n'en cite pas « de plus ancien que Louis le Jeune. Aux xive et xve siècles, les lettres, les quit- « tances, les montres et autres actes semblables sont, pour la plupart, scellés en « rouge. » Il résulte de cette citation qu'un rouge tantôt pâle, tantôt rembruni, colorait quelquefois les sceaux des Mérovingiens et des Carlovingiens; on voit que les premiers Capétiens n'ont probablement pas scellé en cire rouge. Indépendamment des exemples de Guillaume le Roux, de Frédéric Ier et de Louis VII, qui viennent d'être cités, les Bénédictins parlent d'un diplôme de 1 1 37 scellé en cire rouge par Eudes, abbé de Saint-Remy de Reims. Etienne, évêque de Paris, employa, vers 11 33 (L. 1476), une cire d'un rouge brun; deux ou trois sceaux en cire rouge sont suspendus à des chartes données par Louis VII, au commencement de son règne (K. 2 3 et 2 4). Nous avons remarqué aussi deux empreintes en rouge brun suspendues par Eudes, abbé de Saint-Denys, et par Ansculfe, évêque de Soissons, à un chirographe de l'an 1 1 53; un diplôme de la reine de Chypre (J. 433), daté de l'an 12 34, est également scellé en cire rouge. On pourrait citer quelques autres exemples du même genre ; mais c'est seulement lorsqu'on arrive à la seconde moitié du xme siècle que la cire rouge prend une teinte plus vive , et que ces empreintes deviennent plus ordinaires : dans la suite elles furent peut-être plus nombreuses que les autres1. Cette couleur était alors employée de préférence par les ecclésiastiques ; dès la seconde moitié du xme siècle elle avait été adoptée par les cardinaux; on n'a pas oublié non plus que les papes s'en servirent, depuis le pontificat de Nicolas V au plus tard, pour imprimer sur leurs brefs l'anneau du pêcheur. La plupart des sceaux plaqués du xive et du xve siècle sont également en cire rouge.

L'usage de la cire verte ne paraît pas remonter en France au delà du xue siècle. « Nous avons actuellement sous les yeux, disent les Bénédictins, une charte de « Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen2, qui confirme à l'abbaye de Saint- « Martin de Pontoise la donation faite par Jean, comte d'Eu, de cinq mille ha- « rengs à prendre chaque année sur la vicomte de Tréport. A cette charte pend « un sceau avec contre-scel de cire verte. » A cet exemple, qui peut remonter à la première moitié du xne siècle, les mêmes auteurs ajoutent celui de Gui, abbé de Saint-Remy de Reims, qui scella en cire verte une charte datée de 1 209. La même cire fut employée, en 1 194, par Eléonore, comtesse de Saint-Quentin

1 II faut excepter de cette règle générale le une seule empreinte qui fût en cire rouge, grand sceau des rois de France, dont nous n'a- 2 Hugues d'Amiens , mort en 1 164 , avait été

vons pas découvert, après le règne de Louis VU, élu en 1128 et sacré en 1 i3o.

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