PARTIE IV. — CHAPITRE V
Guillaume le Conquérant (PL R, n° 2) et de Louis le Jeune (PL C, n° 3j. A compter du xme siècle, rien de plus ordinaire que de voir des légendes commencées sur le sceau et continuées sur le contre-sceau : il était naturel, en effet, de partager ainsi des inscriptions devenues si prolixes par l'accumulation des tilres de dignité et des noms de territoires. « Tous ces contre-scels, disent les Bénédictins, expri- « ment leur union avec le grand sceau; en sorte qu'il n'aurait guère été possible de <> les employer séparément. Nous mettons dans la même classe tous ceux qui ont « des inscriptions vagues et qu'on ne peut appliquer à personne en particulier « sans le secours du grand sceau. » De ce nombre sont les contre-sceaux sur lesquels on lit: Secretum comitis , Secretum meum ou Secretum meum michi, Testimonium veri, Clavis ou Custos sigilh, Secretum colas, Annuncw sécréta, Confirma, Secretum veri, Secretum est, Secretum serva, Secreti custos, Secreti sepultura, Sigillum veritatis, Secretum, Annulare secretum, Contrasigillum, Sigillum contrasigilli, Contrasigillum ad causas ou ad obligationes, etc. Telles sont encore les devises Deum time, Deus in adjutorium meum. intende, Fugite partes adverse, Miserere meî Deus, Bonum est confiteri Domino, et d'autres du même genre. On rencontre aussi des inscriptions dont le sens est moins vague, parce qu'elles se rapportent à un sujet traité sur le contre-sceau. Les églises, les abbayes et les villes représentaient souvent sur leur contre-sceau l'image de leur patron ; de là les légendes: Dyonisius Areopagita, Video celos apertos1, Nicolaus suscitans clericos, Ave Maria gracia plena, Ymago sancti Audomari, etc. Ces légendes n'étaient point assez précises pour donner au type sur lequel on les avait gravées le caractère de sceau secret. On peut en dire autant des empreintes qui ne portent qu'une date pour légende : ainsi, quoique les mots , Sigillum renovatum anno gracie m0 cc° xxii0, qu'on lit au revers du sceau reproduit sous le n° 3 de la planche P, forment une légende qui ne pouvait probablement convenir qu'au chapitre de Notre-Dame de Paris, cependant, comme le nom de l'église n'est pas exprime, il est probable que cette empreinte n'a jamais été séparée du sceau qui lui sert d'explication2. Les observations qui viennent d'être présentées sur les contre-sceaux dont les légendes sont vagues et indéterminées, s'appliquent naturellement à ceux qui ne portent pas d'inscription.
On doit nécessairement ranger parmi les contre-sceaux proprement dits toute
1 Cette légende accompagne souvent l'image date s'applique à la fois au sceau et au contrede saint Etienne, qui fit entendre ces paroles sceau ou au contre-sceau seulement. Au xnf siècle, avant de mourir. en effet, plusieurs communautés ont pris des
2 II n'est pas rare de rencontrer au xif siècle contre-sceaux, sans renouveler le type du sceau des dates gravées sur les sceaux ou sur les contre- qui leur servait auparavant. (Voyez la Notice du sceaux des abbayes, des chapitres, des officiali- sceau de l'abbaye de Saint -Germain des Prés, tés, etc. Il faut avoir soin de distinguer si la PI, 0, n° 3.)
empreinte dont la légende commence par le mot contrasigillum, quoique cette légende puisse d'ailleurs être aussi complète que celle du sceau. Piien de plus ordinaire, en effet, que de retrouver sur un contre-sceau les noms et les titres énoncés dans l'inscription du sceau; mais comme on avait à sa disposition un espace beaucoup moins grand, on était obligé de multiplier les abréviations et d'employer des caractères plus fins. Souvent aussi on supprimait les mots les moins essentiels ou ceux qui terminaient la légende. Ces types n'étaient employés que pour contre- sceller, ou du moins les exceptions signalées par les auteurs sont trop rares pour détruire l'autorité de ce principe général. On peut appliquer à tous les types qui servent de contre-sceau les détails que nous avons donnés dans la première partie de ce chapitre sur la disposition matérielle, le style et les caractères des légendes. On retrouve en effet sur les contre-sceaux des inscriptions dont le premier mot est, en général, précédé d'une croix. La plupart de ces inscriptions suivent les contours de la circonférence du type; d'autres sont gravées horizontalement ou verticalement. L'emploi de la langue vulgaire y est peut-être plus fréquent que sur les sceaux : le cri de guerre des comtes de Champagne, Passavant le meillor, est gravé au revers du sceau de Blanche, mère de Thibaut VI (J. 19g, an 1210); on trouve aussi une inscription en langue vulgaire au revers du sceau n° 6 de la planche N. Quelquefois, mais plus rarement, la légende du contre-sceau est en latin, quoique celle du sceau soit en langue vulgaire. Ces exemples ne doivent d'ailleurs être considérés que comme des exceptions; la légende de la face et celle du revers sont ordinairement dans la même langue. Si l'on trouve souvent des différences dans l'orthographe des noms propres quand on compare le texte de l'acte et la légende du sceau, il arrive aussi quelquefois que l'orthographe adoptée dans l'inscription du sceau n'est pas exactement reproduite sur le contre-sceau ; mais ces variations sont moins fortes et moins nombreuses. On verra dans le chapitre suivant qu'il n'est pas rare de trouver sur un contresceau des armoiries qui n'existent pas sur la face principale; mais ce qui est beaucoup plus extraordinaire, c'est d'y remarquer des noms omis à la fois dans l'acte et dans l'inscription du sceau. Marie de Beaumont, abbesse de Notre-Dame de la Charité d'Angers, ne fait connaître, dans un acte de 1232, que son nom de Marie; ce nom est aussi le seul qui soit marqué sur le sceau; mais on lit sur le revers: secretvm M. (Mariœ) de Bellomonte. Il est inutile de rappeler que l'on trouve quelquefois au revers d'un sceau des noms tout à fait étrangers à ceux qui sont gravés sur le sceau lui-même, puisque les sceaux de deux personnes présentes à la rédaction d'un acte pouvaient au besoin se servir réciproquement de contre-sceau; mais on rencontre aussi des contre-sceaux