PARTIE IV. -CHAPITRE VI
Tertullien : Nos pisciculi secundùm r^Guv1 nostrum Jesum Christum, in cfiio nascimur. De tous les symboles religieux, la croix est sans contredit celui que l'on rencontre le plus souvent, soit au commencement des inscriptions, soit dans le champ même des sceaux. On trouve aussi des châsses, des reliques, des images de saints. La crosse pastorale est un des emblèmes que les évêques et les abbés faisaient graver sur leurs sceaux. On voit sur les contre-sceaux de plusieurs évêques une crosse et la main qui bénit. Les clefs passées en sautoir, comme sur le sceau n° 9 de la planche U , sont les emblèmes de l'autorité des papes, considérés comme successeurs de S. Pierre. Souvent la tête des saints est entourée d'un nimbe, ou cercle lumineux ; une palme désigne particulièrement les martyrs. Rien de plus ordinaire sur les sceaux que les symboles des quatre évangélistes : S. Jean a pour attribut l'aigle; S. Luc, le bœuf ailé; S. Mathieu, l'ange; S. Marc, le lion ailé.
La croix , qui n'avait été d'abord qu'un symbole religieux, devint dans la suite une des marques de l'autorité souveraine. On lit dans la Chronique de Godvvic que l'empereur Henri IV, fait prisonnier par son fils , fut obligé de lui remettre tous les insignes du pouvoir , au nombre desquels la croix est nommée en première ligne : Regalia vel impenaïia insujnia, crucem scihcet el lanceam, sceptram, globum atcjue coronamjilii potestati tradidit. Quelques empereurs sont représentés sur leurs sceaux portant de la main droite, comme un signe de victoire, la croix qui avait fait triompher Constantin.
Les rois d'un même pays adoptaient successivement différents symboles. Les empereurs romains ceignirent d'abord leurs têtes d'une couronne de lauriers; Aurélien , qui osa le premier porter en public le bandeau royal ou diadème, fut imité par quelques-uns de ses successeurs ; mais cet ornement ne devint ordinaire que sous Constantin. «Les couronnes qu'on voit, disent les Béné- « dictins, sur les têtes des empereurs, des rois et des princes dans les sceaux, «marquent l'autorité souveraine. H y a des couronnes radiales, à fleurons, « de perles , de pierreries, de laurier, de fleurs de lis, de trèfles , et des cou- « ronnes ouvertes, fermées et en forme de bonnets. Celles que D. Bernard de « Montfaucon et Heineccius ont fait représenter offrent une variété surprenante « dans la forme. Nos rois de la première race ont des couronnes sur leurs « monnaies , mais ils n'en portent point sur leurs sceaux ou anneaux, excepté « Chilpéric Ier et Childéric, dernier roi Mérovingien. Depuis lui jusqu'à Louis «d'Outremer, qui en porte une étoilée, elles sont ordinairement de laurier. « Pépin et son fils Carloman portent leurs cheveux courts et liés avec un
1 Les Bénédictins signalent un autre symbole les sigles de 'ImroCV Xpuniç Qtov'Tiàç 2aTu>, Jesiis dans le mot îx.Qvç dont les cinq lettres forment Christus, Dei fdius, salvator.
« ruban en forme de diadème. Cet ornement ne paraît que sur un seul sceau «de Charlemagne n'étant que roi; mais étant devenu empereur, il porte or- « dinairement une couronne de laurier à l'exemple des empereurs romains. On « a de lui un sceau de métal où il est représenté avec une couronne de pierres «précieuses.... Les princes Carlovingiens ont ordinairement la tête couron- « née de lauriers. Le roi Eudes porte une espèce de diadème en cercle et sans « nœuds, comme celui de Childéric III. Zuentebolde a un casque sur la tête , et « Louis d'Outremer une couronne radiale. Lothaire, pénultième roi Carlo- « vingien , porte aussi sur son sceau une couronne rayonnée , et ornée par le « haut de pierres précieuses. Hugues Capet y ajouta les fleurs de lis , que « Henri Ier porta plus distinctement que ses prédécesseurs.... Conrad Ier donna « l'exemple aux empereurs d'Allemagne de porter des couronnes radiées dans «leurs sceaux. Après que Charlemagne eut été déclaré empereur à Rome, il «prit la couronne impériale, telle qu'on la voit dans les peintures en mo- « saïque de Saint-Jean-de-Latran. Elle est fermée en haut comme un bonnet, « et semblable à celles que portaient les empereurs d'Orient. On ne peut pas « douter que cette sorte de couronne n'ait été d'usage en France avant Charle- « magne; mais on ne la trouve pas sur les sceaux mérovingiens. Les empereurs « d'Allemagne la portèrent sur les leurs dès le xe siècle. Au suivant, on la voit «sur le grand sceau de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi « d'Angleterre : ce qui fait voir que l'usage où sont les potentats de l'Europe « de porter des couronnes fermées ne vient pas de Charles VIII, roi de France. «Avant lui, Edouard IV, roi d'Angleterre, en portait une semblable. Quoi- « qu'on convienne assez universellement que Charles VIII est le premier des « rois de France de la troisième race qui ait porté la couronne fermée ou im- « périale , elle est ouverte sur le sceau dont il se servit pour l'Italie , ainsi que «sur celui de Louis XII, son successeur. Néanmoins, celui-ci est couronné « comme empereur dans plusieurs de ses monnaies. On a des sceaux , des mon- « naies et des cachets où la couronne de François Ier est ouverte; mais, depuis «l'an 1 536 , elle est presque toujours fermée. Elle parut telle dès le commen- « cernent de son règne, dans le sceau apposé au bas du fameux concordat passé « avec Léon X , pour abolir le droit des élections , aussi ancien que le christia- « nisme. » Ce type, en forme d'ogive, représentait une croix placée entre l'écusson de France, surmonté d'une couronne, et l'écusson du pape, surmonté de la tiare, qui est une triple couronne composée de trois cercles d'inégale grandeur; le plus petit cercle forme le haut de la tiare et se termine par une boule surmontée d'une croix.
C'est au xie siècle que les princes souverains de l'Europe commencèrent à