‹ Éléments de paléographie (volume 3)Chapitre 56 sur 260 · PARTIE IV. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE VI

se faire représenter assis sur leurs trônes, à l'exemple des empereurs de Constantinople. Cet usage fut introduit en France par Henri Ier, en Angleterre par Edouard le Confesseur, et en Allemagne par Henri II. Les trônes de Henri Ier et de Philippe Ier (Pi. B, nos 6 et 7) sont de forme triangulaire; ceux de leurs successeurs ressemblent à des pliants terminés par des têtes d'animaux. Dans la suite les dimensions des trônes s'agrandirent, mais ils ne furent jamais aussi magnifiquement ornés sur les sceaux des rois de France que sur ceux des rois d'Angleterre. Quoique le trône et la couronne soient des symboles de la royauté, Pierre II, duc de Bretagne, était assis, la couronne en tête, sur un trône gothique fort élevé; on voit aussi sur quelques sceaux d'évêques et d'abbés un siège assez semblable aux pliants qui ont servi de trône à plusieurs rois de France. Les reines sont presque toujours représentées debout, et les seigneurs montés sur un cheval de bataille.

Indépendamment de la couronne et du trône, la royauté avait pour symboles ordinaires le globe, le bâton royal, le sceptre et la main de justice. La figure du globe paraît sur les médailles de plusieurs empereurs romains; Caracalla , Didius Julianus, Constant, etc., adoptèrent ce symbole comme la marque de leur domination sur le monde entier. « Les empereurs de Constanti- «nople, disent les Bénédictins, ajoutèrent une couronne sur ce globe, qu'on « retrouve dans les monnaies mérovingiennes et dans les monuments des « empereurs français. On le voit aussi sur les sceaux des empereurs d'Alle- « magne dès le règne d'Otton II, et sur ceux des rois de France Hugues Ca- «pet et de son fils Robert; mais ici il n'est point surmonté d'une croix. De- « puis ces deux règnes, il ne paraît plus sur les sceaux de nos rois, excepté « sur celui que Louis XII fit faire pour l'Italie x. Mais ils ont toujours regardé « le globe ou la pomme royale comme le symbole de la domination su^ « prême. Aussi avons-nous plusieurs statues des rois Mérovingiens qui les re- « présentent tenant un globe à la main. » Le sceptre est un bâton assez court, qui depuis longtemps est une des marques de l'autorité souveraine. Les consuls romains le portèrent surmonté d'une aigle; celui des empereurs était ordinairement terminé par une croix, une fleur, ou quelque ornement arbitraire. Lothaire , fils de Louis d'Outremer, est le premier de nos rois qui ait adopté cet emblème. Il est surmonté d'une boule sur le sceau d'Otton II, d'une croix sur les sceaux de Frédéric Ier et de Henri VII. Otton IV porte, au lieu de sceptre, une véritable croix. Les sceaux de Henri Ie' et de Philippe Ie' (Pi. B, nos 6 et 7) prouA^ent que le sceptre est distinct du bâton royal, quoique Montfaucon

1 Le sceau n° 2 de la planche K, que les au- laissent pas avoir connu, présente aussi un globe teurs du Nouveau Traité de Diplomatique ne pa- surmonté d'une croix.

semble confondre ces deux attributs. Les Bénédictins voient dans le sceptre la marque de la dignité royale, et dans le bâton, un symbole d'administration. Quand même on contesterait cette interprétation, il n'en faudrait pas moins reconnaître que le sceptre et le bâton se rencontrent en même temps sur les sceaux de plusieurs rois de France1. Louis le Hutin est le premier roi de France dont le bâton royal soit terminé par une main de justice. Mais on voyait sur le sceau de Hugues Capet une main derrière le buste de ce prince; cette image se trouve aussi sur les médailles des empereurs de Constantinople. Enfin, dans divers monuments, une main céleste dominait la tête de Charlemagne et celle de Charles le Chauve. C'est à ces emblèmes que les Bénédictins rapportent l'origine de la main de justice qui surmonte le bâton royal des rois de France, à partir du règne de Louis X. Cet ornement, qui ne paraît pas sur les sceaux des empereurs d'Allemagne, ne se rencontre que rarement sur ceux des rois d'Angleterre.

Les armes offensives et défensives ont figuré dans tous les pays au nombre des attributs de la royauté; on les voit également sur les sceaux des simples chevaliers. L'épée est un des symboles adoptés par Edouard le Confesseur, Guillaume le Conquérant et Henri Ier, rois d'Angleterre; mais cette arme se retrouve sur presque tous les sceaux des seigneurs. On peut en dire autant des boucliers , destinés dans le principe à rappeler la protection que les princes doivent à leurs sujets. Cet emblème, adopté dans la suite par la noblesse, avait paru sur les médailles des empereurs postérieurs aux deux Antonins, et sur plusieurs sceaux de Louis le Débonnaire, de Charles le Gros, et des empereurs d'Allemagne depuis Conrad Ier jusqu'à Otton Ier. Les étendards, les lances, les piques et les javelots sont encore des symboles communs à la noblesse et à la royauté. Louis le Jeune est le seul de nos rois qui ait eu un contre-sceau équestre. La légende de ce type le désigne, il est vrai, comme duc d'Aquitaine; mais les sceaux des rois d'Angleterre et ceux des rois d'Ecosse prouvent que le cheval de guerre était considéré comme un des attributs de la royauté. Si les rois d'Angleterre ont eu d'abord des contresceaux équestres comme ducs de Normandie, d'Anjou et d'Aquitaine, ils les ont conservés plus tard lorsqu'ils prirent le titre de roi de France. On trouve d'ailleurs un contre-sceau équestre au revers du sceau d'Alexandre Ier, qui monta, en 1 107, sur le trône d'Ecosse, quoique ce contre-sceau ne lui donne, comme le sceau de majesté , que le titre de roi des Écossais : t Alexander Deo

1 II est vrai que la forme de ces deux attributs dans la main droile du roi le sceptre , qui est le n'a rien de fixe, et qu'elle tend souvent à se con- signe le plus caractéristique de l'autorité souvefondre; mais il semble assez naturel de placer raine.

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