PARTIE IV. — CHAPITRE I
« que nous ayons vu le sceau ordinaire, commune, de l'empereur Henri III op- «posé à son sceau secret, et que Du Cange ait confondu le sceau commun «avec le grand sceau, avec le sceau authentique qui pendait aux lettres- « patentes, ses continuateurs néanmoins rapportent des textes plus exprès « encore , pour prouver la distinction du sceau commun d'avec le sceau authen- « tique ou pendant, et son identité avec le petit sceau, le sceau secret ou du « secret, le sceau médiocre ou moyen, le signet et le contre-scel. Mais le gros sceau, «sigillum grossum,le sceau public, le sceau pendant, le sceau authentique et le «grand sceau, c'était absolument la même chose. La distinction du grand «sceau et du sceau commun paraît clairement dans une loi de Don Jayme, «ou Jacques II, roi de Majorque, dans laquelle le premier, portant em- «preinte des deux côtés, est appelé jlaho, et le second est qualifié sigillum
«.commune Outre le sceau commun et ordinaire dont nous venons de
«parler, on appelle sceau commun celui qu'un concile, un congrès, une assem- « blée fait graver , et qui tient lieu de tous les sceaux des particuliers. Tel «est le sceau chargé de neuf écussons, et sur lequel on lit ces mots, précé- « dés d'une croix : sigillum magnum commune parlamenti generalis consti- «tuti 1; Tel est le sceau du concile de Bâle, qu'on conserve dans les archives «de Saint-Martin-des-Champs, et qui représente l'Eglise assemblée. Les em- «pereurs d'Allemagne qualifient leur grand sceau sigillum majestatis, ou sim- «plement majestas. Celui de Frédéric IV porte pour inscription : sigillum
«MAJESTATIS FRIDERICI DEI GRATIA PiOMANORUM IMPERATORIS SEMPER AUGUSTI, etc.
« Cette dénomination n'était pas tellement propre au grand sceau des empe- « reurs, qu'elle ne fût donnée à ceux des autres princes de l'empire. En i3o4, « Rodolphe , duc de Saxe , donna un diplôme scellé sigillo majestatis. L'origine « de cette nomenclature vient de l'empreinte de ces sceaux qui représentent « les princes assis sur des trônes, et revêtus de toutes les marques et les «attributs de la souveraineté. L'Allemagne est redevable de l'invention de «ces sceaux à l'empereur Henri II, la France à Henri Ier, l'Angleterre à « S. Edouard le Confesseur, et l'Ecosse à Edgard, qui régna depuis 1098 jus- « qu'en 1107. En Angleterre, le sceau secret du roi était appelé griffon, sans « doute à cause de sa figure. »
Il résulte du passage qui vient d'être cité, que les Bénédictins reconnaissent deux espèces de sceaux, le sceau public, et le sceau secret; mais il faut y ajouter un sceau pour ainsi dire intermédiaire , qui était peut-être désigné quelque-
1 « C'est un sceau fait par une assemblée de « d'Amédée , duc de Savoie , couronné pape au « prélats qui devait se tenir à Lyon, pour l'ex- « concile de Bâle, et opposé au pape Eugène IV, « tinction du schisme qu'avait causé l'élection « sous le nom de Félix. V. »
fois sous le titre de sceau commun. Si le sens de cette expression n'est pas suffisamment constaté, il est bien positif du moins que plusieurs souverains ont employé trois sceaux différents. Philippe de Valois, par exemple, a scellé, i° du grand sceau, qui est reproduit sous le n° 1 de la planche G; 2° d'un sceau ordonné en l'absence du grand , qui portait trois fleurs de lis surmontées d'une couronne; 3° d'un sceau secret, à peu près semblable à celui du roi Jean (Pi. G, n° 6). Ces trois sceaux, dont l'aspect présente des différences notables, étaient annoncés dans les actes par autant de formules distinctes; on peut consulter à cet égard l'article de Philippe VI et ceux de ses successeurs, dans la Liste alphabétique qui termine la seconde partie de cet ouvrage. Il est inutile d'avertir, d'ailleurs, que tous les rois n'ont pas eu les trois espèces de sceaux qui viennent d'être indiquées; mais ce qu'il importe de savoir, c'est que les termes par lesquels on a pu les désigner ont dû varier selon les temps et selon les pays. Ainsi , l'on a vu le sceau commun opposé au sceau secret, et considéré par conséquent comme le grand sceau, dans un diplôme de l'empereur Henri IV, tandis que dans une charte de Jacques II, roi de Majorque, il est positivement indiqué comme distinct du grand sceau. Il ne faudrait pas non plus regarder les expressions de sceau pendant et de sceau authentiaue comme complètement synonymes : les Mérovingiens, les Carlovingiens et les premiers Capétiens avaient des sceaux authentiques qui ne pouvaient être qualifiés de sceaux pendants , et réciproquement on trouve le sceau ordonné en l'absence du grand, et même le sceau secret, suspendus à un grand nombre d'actes des rois de la troisième race. Toutefois la distinction posée par les Bénédictins n'en est pas moins exacte en ce sens, qu'à partir du xive siècle, quand l'usage se rétablit d'employer quelquefois des sceaux plaqués au lieu de sceaux pendants, on ne se dispensa de suspendre aux actes que les sceaux secrets ou petits sceaux. Enfin nous croyons devoir faire observer que le contre-sceau et le sceau secret ne sont pas toujours identiques. Un contre-sceau n'est, à proprement parler, que le revers d'un sceau : ainsi deux des sceaux de Philippe de Valois, le grand sceau et le sceau ordonné en l'absence du grand, avaient chacun leur contre-sceau qui était complètement distinct du sceau secret : le premier portait au revers un écusson fleurdelisé, sans autres ornements; le second, une grande fleur de lis; le sceau secret, un écusson fleurdelisé, placé dans un cercle, et entouré des attributs des quatre évangélistes l. Cet exemple et d'autres, qu'il est inutile de rapporter, prouvent évidemment que le sceau secret et le contre-sceau pouvaient être distincts, quoique d'ailleurs le revers
1 Nous avons déjà eu occasion d'avertir que le grands rapports avec celui de Jean II. ( Voy. PI. sceau secret de Philippe de Valois offrait de G, n° 6.)