PARTIE IV. — CHAPITRE VII
« Guillaume portent de la main droite des lances ou piques ornées d'étendards; «les autres rois, des épées nues, et tous tiennent de la main gauche un bou- « clier. Tous sont chargés de cuirasses et de casques, à l'exception de Guillaume. « Peut-être porte-t-il sa cuirasse sous la tunique dont il est revêtu, ce qui se voit « dans les sceaux d'Alexandre II et de quelques autres rois. Les cuirasses sont « fort variées. Celles d'Alexandre Ier, de David Ier et de Malcolm IV sont faites « de petites lames de fer en forme d'écaillés, qui anticipent un peu les unes sur «les autres. Alexandre II et III, Robert Brus , les deux Bailleuls et David II « portent des cuirasses faites de petits anneaux de fer enchaînés les uns dans «les autres. D'autres, comme Duncan II , Robert II et III , portent des pièces « de ces cottes de mailles sur les bras , la poitrine , le dos et le ventre. Quelques- « uns, comme Edouard Bailleul , ont les jambes couvertes de ces petits anneaux « de fer enclavés les uns dans les autres. D'autres sont représentés les cuisses, «les jambes, les pieds nus ou couverts de bottes à l'antique. Les uns, et c'est « le plus grand nombre , ont des éperons, et les autres n'en ont point. Leurs che- « vaux furent d'abord caparaçonnés de la manière la plus simple. Celui de Dun- « can II porte une croupière qu'on ne voit jamais sur les sceaux de ses suc- « cesseurs jusqu'au roi Alexandre III, ni sur les sceaux des rois d'Angleterre jus- « qu'à Henri III , ni sur ceux des comtes de Flandre avant Baudouin , qui «devint dans la suite empereur de Constantinople. Depuis ces temps-là, les « sceaux des rois d'Ecosse et d'Angleterre font voir des chevaux superbement «caparaçonnés, et tellement couverts de draperies de diverses couleurs, qu'à « peine on voit leurs cols, et quelquefois leurs têtes et leurs oreilles. Il n'est « pas rare de voir des chevaux dont tout le corps est couvert de mailles de fer « cousues à des toiles, pour les défendre des traits lancés par l'ennemi.
« Les armoiries servirent à la décoration des chevaux. Guillaume, dit le Lion, « qui monta sur le trône d'Ecosse en 1 1 65, est le premier qui ait introduit cette « mode. Le sceau de son fils, Alexandre II , porte au revers les armes d'Ecosse, « telles qu'on les peint aujourd'hui, non-seulement sur l'écu , mais encore au « derrière de la selle du cheval. Thomas Ruddiman cite un diplôme du roi « Guillaume, auquel est suspendu un sceau dont le revers offre Vécu d'Ecosse. « On y voit un lion dressé sur ses pieds et environné d'un double rang de fleurs «de lis, symbole de l'ancienne alliance et de l'amitié qui subsistèrent long- « temps entre la France et l'Ecosse. Le sceau privé de Jacques Ier n'offre qu'un «seul rang de fleurs de lis autour du lion
« Les inscriptions des sceaux des rois d'Ecosse sont très-simples. Celle de « Duncan commence par Sigillam, précédé d'une croix; et celle d'Edgar par « Ymago. La formule Dei gratia ne commence à paraître que sur le sceau de
« Jean Bailleul. Depuis Alexandre Ier jusqu'à lui tous se disent rois sous la « conduite de Dieu , Deo rectore. La même formule reparaît sur le sceau de Ro- « bert Ier, mais, depuis lui , tous les rois d'Ecosse ont fait mettre Dei gracia ou « gratia à la tête de leurs titres.
« Les rois qui ont régné en Irlande avant que Henri II, roi d'Angleterre, se fût « emparé de cette île , ne sont connus que par l'excès de leur barbarie. Henri « n'abolit point le titre de roi ; il le donna lui-même à certains seigneurs du «pays devenus ses sujets, et se réserva le titre de Dominus , souverain. On a « publié un sceau de Fedlimid , qui porte pour inscription : s. Fedlimid régis «Conactie. Ce sceau paraît du xme siècle, et n'a qu'une seule face empreinte. « Elle représente le petit roi tributaire à cheval , portant une épée levée dans « sa main droite et un bouclier dans sa gauche. Ce monument fait voir « que le titre de roi ne marque pas toujours la souveraineté indépendante. « Cette observation peut s'appliquer à Erispoé, prince Breton, à qui Charles le « Chauve abandonna les marques de la dignité royale. A plus forte raison «doit-on penser que les seigneurs d'Ivetot, en Normandie, ont porté le titre « de rois à la manière de ces seigneurs ou gouverneurs d'Irlande soumis à la « domination anglaise. »