PARTIE IV. — CHAPITRE VIL
« culiers est inutile : chacun suivait son goût et son caprice K On préférait « ordinairement les instruments et les symboles de la profession qu on avait « embrassée^. Le sceau de Pierre Bona, médecin de l'empereur Henri VII, nous « servira d'exemple. » Le sceau reproduit par les Bénédictins représente un médecin vu à mi-corps, coiffé d'une loque et vêtu d'une robe; il tient de la main droite une cornue qu'il lève à la hauteur de sa tête; dans le haut du sceau, on voit une aigle au vol abaissé. On possède aux Archives du Royaume (J. io46, olim 982) la matrice du sceau de Henri Léon ^, médecin de Blanche de Boulogne, fille du comte de Clermont;ce type n'a pas tout à fait un pouce de diamètre ; on y voit un écu portant pour armes parlantes un lion : -y s. ma- GRi. [magistri] Henrici Leonis phisici.
L'exemple qui vient d'être cité pour la ville de Bruges prouve que chaque classe d'artisans pouvait avoir un sceau particulier; mais cet usage n'était pas toujours suivi. Dans la ville d'Arles, les corps de métiers réunis avaient un sceau commun qu'Anibert a fait graver dans ses Mémoires historiques et critiques sur l'ancienne république d'Arles. On voit sur un des côtés du sceau des bâtihients et des remparts, surmontés de deux étendards portant une aigle comme marque de la suzeraineté de l'empereur sur la ville d'Arles; la légende consiste dans l'abréviation du mot sujiUum, suivie d'un vers léonin que l'on retrouve aussi sur le sceau de la ville et sur celui du bourg : t s. vrbs Are- LATENSis EST HOSTiBVs HOSTis ET ENSis. Voici commcut Anibcrt décrit l'autre côté de ce type : « La face principale représente six personnes qui paraissent « converser ensemble. Je ne crois pas qu'on ait voulu indiquer par ce nombre «celui des chefs des métiers, encore moins celui des professions dont les «membres formaient cette communauté; mais la différence de vêtements dé- « montre une distinction de conditions. Ceci se rapporte, ce me semble, à la « plus belle prérogative des artisans , à celle dont ils devaient être le plus «jaloux; je veux dire à leur admission dans les conseils de la république, où « ils délibéraient sur les affaires d'état avec les citoyens des ordres supérieurs. « La figure de S. Tropliime, portée par deux anges dans une draperie, atteste
^ A l'appui de ceUe observation nous citerons un sceau de Pierre Michel , bourgeois de Tours , panctier du roi. Ce type, dont une empreinte est suspendue à un acte de 1271 (v. s.), représentait un éléphant portant une église : s. Pierre MicHiEL (J. 727).
^ Les éditeurs du Trésor de Numismatique ont publié les sceaux de plusieurs corps de métiers de la ville de Bruges , d'après les empreintes
suspendues à une charte de 1/107, déposée aux Archives de Lille : on voit sur le sceau des meuniers un moulin à vent ; sur celui des marchands de vin, un tonneau ; sur celui des tisserands, trois navettes; sur celui des rémouleurs, trois paires de ciseaux , etc.
5 Une lettre missive de Blanche de Boulogne , en date du \k décembre i3o5 , fait mention de ce médecin.
« la sujétion des chefs des métiers envers l'archevêque, et la légende ne permet « pas d'en douter. MM. de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres etDom (( Tassin, bénédictin , auteur de la Nouvelle Diplomatique, ayant été consultés «en 1765 sur cette légende embarrassante, n'osèrent en résoudre la difficulté. «J'adopterais volontiers la leçon de M. l'abbé Bonnemant, qui est telle: si- « gillum capitum et ^ misterionim Arelatis pro cjuihiis elevatiir et orat sanctus Trophimus n Arelatis dominus. S. Trophime paraît en effet, par la position de ses mains, « dans l'attitude d'un homme en prière. » (Anibert, IIP partie , pag. 4 1 5 - 4 1 8.) La légende dont parle Anibert est en effet difficile à expliquer; mais il paraît impossible d'admettre la version qu'il rapporte. Les mots Sanctus Trophimus Jrelatis doîninus, qui occupent la partie supérieure du cercle de l'inscription , sont précédés et suivis d'une croix; par conséquent il ne semble pas qu'on doive les rattacher aux mots Sigillum capitum, etc. S. Trophime n'est pas d'ailleurs dans l'attitude d'un homme en prière; il semble plutôt bénir les chefs de métiers représentés dans le bas du sceau. Enfin, comme les mots Sanctus Trophimus, etc., se trouvent sur la portion du type occupée par l'image du saint, et que les mots Sigillum, etc., sont gravés autour des chefs de métiers, il semble que, pour trouver la véritable interprétation de cette légende, on doit la diviser en deux parties, entièrement indépendantes l'une de l'autre. Voici ce que nous lisons sur une empreinte qui nous a été confiée^ : +scs. Trophim'. Arelatis dns. + s. CAPiT. MisTiOR. Arelatis p. qib?. el. et or. Cette légende pourrait s'interpréter ainsi : « Sanctus Trophimus Arelatis dominus. Sigillum capitum misteriorum M pro quaestibus, electionibus, et ordinationibus. » Si les chefs des métiers prenaient part aux affaires de la ville, ce devait être surtout pour l'assiette des impôts {^(jiiœstusy La lettre cj est tranchée par un signe abréviatif qui tiendrait lieu seulement de Vu si l'on adoptait la version d' Anibert; or, cette abréviation ne serait pas conforme à l'usage ordinaire. D'ailleurs, comme on trouve souvent: Sigillum ad causas, ad ohligationes , adlitteras^, etc., il semble naturel de supposer que la légende du sceau des chefs de métiers d'Arles devait indiquer le genre d'affaires pour lequel il était habituellement employé.
^ Anibert pense avec raison que la conjonction et doit être supprimée; le / que l'on avait traduit ainsi exprime la dernière syllabe du mot capitum.
2 Nous devons cette communication à l'obligeance de M. le colonel Maurin. L'empreinte dont il est possesseur a près de trois pouces de diamètre, et cependant elle est en plomb doré. Les bulles métalliques sont ordinairement beaucoup plus petites; aussi Anibert supposait-il que
le coin n'avait jamais été imprimé que sur la
cire.
^ Quoique le mot sigillum soit plus ordinairement suivi de la préposition ad, on trouve aussi la préposition pro; nous citerons par exemple le sceau de Philippe de Valois pour les foires de Champagne, sigillum pro nundinis, etc., et le sceau des obligations de Ponthieu, sigillum pro ohligacionibus ( tome II , p. 106 et 197, n. 2).