PARTIE IV. — CHAPITRE IV
«Terre ayant convoqué une assemblée générale à Westminster, en 12 i3, « renouvela , en présence de tous les seigneurs de son royaume et devant le «grand autel, l'acte par lequel il avait soumis au pape FAngleterre et l'Ir- « lande; et, au lieu de la charte qu'il en avait donnée, scellée en cire, il en «donna une autre scellée en or. Alfonse le Sage, roi de Castille , fit sceller « avec un sceau d'or la charte par laquelle il céda ses droits prétendus sur la «Guyenne à Edouard, fds aîné de Henri III, roi d'Angleterre. Le célèbre «Boémond, et Robert Guiscard, prince de Calabrc, ornaient leurs diplômes «de sceaux ou de bulles d'or. En i3/i5 Dandulli, doge de Venise, accorda à « Humbert, dauphin , des lettres munies d'une bulle d'or, par lesquelles on « admettait ce prince au nombre des nobles vénitiens \ Au xvi" siècle on at- « tachait le sceau d'or de cette république aux chartes qui conféraient la dignité « de chevalier. Quelquefois les ducs de Lorraine scellaient en or : l'abbaye de « Saint-Arnoul de Metz conserve le sceau d'or de François de Lorraine, duc « de Guise, donné en 1 552. On remarque dans les sceaux d'or des princes l'é- « pargne des uns et la magnificence des autres. Au trésor de Saint-Martin de M Tours il y a deux bulles d'or de Louis le Débonnaire et de Charles le Chauve, «lesquelles ne sont guère plus grandes que nos pièces de vingt-quatre sous. «Celle que ce dernier fit apposer à la charte de fondation de Saint-Corneille « de Compiègne était du poids de huit à dix ducats. Le sceau d'or de l'em- « pereur Otton III , représenté dans le Supplément à la Diplomatique , est de « la grandeur de nos écus de six livres. Matthieu Paris fait mention du sceau « d'or d'Alfonse le Sage , roi de Castille , du poids d'un marc d'argent. A cet « égard , les anciens empereurs grecs ont porté la magnificence à l'excès. On « en peut juger par la bulle d'or que reçut Henri III , empereur d'Allemagne; « elle était attachée à un diplôme assez grand pour servir de couverture à «l'autel des SS. Simon et Jude de Goslar. Le sceau fournit assez de matière « pour en faire un calice d'or. Le cabinet du roi de Danemarck renferme des « sceaux d'or de Christiern V, parmi lesquels il y en a un d'une grandeur ex- « traordinaire. Il ne pèse pas moins de vingt onces d'or. Ce roi scellait de la « sorte ses traités avec les grands potentats. » [Nouv. Tr. de Dipl. t. IV, p. 1 8-22.) Henri VIII, roi d'Angleterre, suspendit au traité de Londres, en i527, une bulle d'or dont la valeur est encore plus considérable , puisqu'elle pèse vingttrois onces. (Voyez la notice du dernier fac-similé de la planche XVII.)
Les sceaux d'argent sont beaucoup plus rares que les sceaux d'or. Robert II, prince de Capoue, scella d'une bulle d'argent une charte de l'an 1 1 2 8. Bouche,
Ml existe aussi aux Archives du Royaume une suspendue à un acte de i3o6 [Sect. llisl. Arbulle d'or de Pierre Gradenigo, doge de Venise, moire de fer).
dans son Histoire de Provence , cite un acte de 1 288, muni de plusieurs sceaux, les uns en argent , les autres en plomb, ayant d'un côté les armes du prince d'Orange , et de l'autre celles du commandeur de l'hôpital de cette ville. Il existe aux Archives du Royaume (J. 699) une charte donnée, sous le règne de LouisVIII, par un seigneur espagnol nommé Bodbigodia de los Conberos; elle est scellée d'une bulle formée par deux plaques d'argent fort minces et réunies par une soudure. Les Bénédictinsparlent aussi d'un petit nombre de sceaux en bronze et en étain ; mais ces métaux étaient rarement employés, tandis que le plomb était d'un usage très-fréquent. Nous avons déjà eu occasion de parler des bulles de plomb de Trajan , de Marc-Aurèle, de Lucius Verus et d'Antonin. L'usage de sceller en plomb, suivi par les empereurs chrétiens de Rome et de Constantinople , a été adopté par le pape Deusdedit , et rien ne prouve qu'il ait été interrompu dans la suite. Les officiers de la cour de Constantinople ont aussi employé des bulles de plomb. Il était impossible de trouver un métal dont le prix fût moins élevé, et sur lequel il fût plus facile de frapper une empreinte; aussi a-l-il été employé dans tous les temps et dans tous les pays, comme le prouvent les faits que nous allons citer, d'après les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique. «A l'exemple des empereurs et des pontifes romains, les " évêques scellèrent assez souvent leurs actes en plomb. Anastase le biblio- « thécaire rend un témoignage formel à cet usage. Rien de plus commun dans « les auteurs que les bulles de plomb des patriarches d'Orient. Ils s'en servaient «en écrivant au métropolitain de Russie. M. Fleuri n'a pas oublié, dans son « Histoire ecclésiastique, la constitution du patriarche Alexis, scellée en plomb à « l'ordinaire, et datée du mois de janvier 6336 du monde, qui revient à l'an « 1027 de J. C. On trouva, en 1297, un acte souscrit et scellé d'une bulle de «plomb, où Athanase, patriarche de Constantinople, prononçait anathème « contre ceux qui l'avaient obligé à se déposer lui-même. Un savant antiquaire «d'Allemagne (Christoph. Leyser, De contrasigillis medii œvi, p. i5) reprend « fort à propos Brompton d'avoir avancé que les prélats d'en deçà les Alpes « n'usaient point de bulles de plomb. L'erreur est trop grossière. En effet, le «second concile de Châlons-sur-Saône , tenu en 81 3, veut que les lettres for- « mées ou canoniques des évêques soient munies de pareilles bulles : Presbyter... « (ad alium locum micjrans) litteras etiam habebit in qwbus sint nomina episcopi et cii^ vitatis plnmbo impressa. Le sceau en plomb d'Aldebert, évêque de Nîmes, pend «encore à une charte de l'an 117^. On voit d'un côté l'image de la Sainte « Vierge, patronne de la cathédrale, avec ces mots autour, Chrisd mater; et de « fautre le nom seul du prélat: Aldebertus Nemausensis cpiscopus. En 12 i3 la « bulle de plomb de févêque de la même ville fut apposée au traité d'alliance