MATIÈRE DES SCEAUX
Il n'entre pas dans notre sujet de rechercher quelles sont les différentes matières dont on s'est servi pour les matrices des sceaux : tous les corps durs tels que les métaux, les pierres précieuses, l'ivoire , etc. ont pu être employés à cet usage. L'image de Jupiter Sérapis , qui servait de sceau à Charlemagne (PL A, n° 9) , prouve que les pierres antiques étaient quelquefois préférées aux types gravés par les ouvriers contemporains. Nous aurons occasion de citer quelques exemples analogues dans un des chapitres suivants; bornons-nous maintenant à parler des substances destinées à recevoir les empreintes.
s 1. DES BULLES OU SCEAUX METALLIQUES.
« I^es papes ont si rarement donné des bulles d'or qu'ils ne sauraient être
« soupçonnés d'en avoir voulu faire parade. Ils n'en donnaient guère que lors- « qu'il s'agissait de confirmer l'élection du roi des Romains , ou d'élever qucl- « qu'un au cardinalat. Si le diplôme où Clément VII donne à Henri VIII, roi « d'Angleterre , le titre de Dcfenseiir de la Foi, fut scellé d'une bulle d'or, c'est un «extraordinaire. Au contraire, les empereurs de Constantinople et les rois de «Sicile ont singulièiement afiécté de se distinguer par ces sceaux, quoiqu'ils « n'en usassent pas dans le plus grand nombre de pièces qui émanaient de leur w trône. Les rois d'Espagne, de Hongrie, d'Angleterre, de Bulgarie, sans parler « de plusieurs autres , n'ont pu souffrir que leurs voisins l'emportassent sur eux « par la richesse du métal dont ils décoraient quelques-unes de leurs chartes. « Divers princes, et particulièrement ceux qui du temps des croisades s'établi- « rent dans les différentes contrées de l'Orient, prétendirent aussi le disputer « par le prix de leurs sceaux avec les têtes couronnées du premier rang. Quel- « ques-uns ont avancé que les empereurs français avaient emprunté l'usage des «sceaux d'or des empereurs d'Orient; mais D. Mabilion prouve que Théophile ' « est le premier de ceux-ci qui les ait employés. Or, Louis le Débonnaire lui « en avait donné l'exemple, et même, avant que Théophile fût né, Gharlemagne « et Pépin, roi d'Italie , en avaient relevé le mérite de leurs libéralités royales. « C'est donc à Charlemagne qu'il faut rapporter l'institution des sceaux d'or. «Depuis ce grand monarque, soit que ses successeurs aient porté le titre « d'empereurs , soit qu'ils aient pris celui de rois de France , ou de quelque « autre portion de ses états, il en est peu qui n'aient usé quelquefois de sceaux « d'or. On en connaît des empereurs Charles le Chauve , Arnoul , Henri I" , «Otton III , Henri III, Conrad, Henri V , Frédéric P', Henri VI, Frédéric II, « Charles IV; et des rois de France Louis VII et Philippe VI , outre ceux dont « il a été parlé \ Le don que Philippe-Auguste fit aux religieuses de la Saus- « saye, de tous ses sceaux d'or et d'argent, semble prouver qu'il scellait quel- « quefois en ces matières, ou du moins qu'il en recevait souvent de la sorte. « Miraumont reconnaît expressément que les sceaux d'or étaient quelquefois « employés par nos monarques. Toutes les lettres des empereurs d'Orient « adressées aux rois , aux sultans et aux princes souverains, ne manquaient pas « d'être scellées en or. Il en était de même de quelques autres diplômes de « grande conséquence où ils voulaient faire éclater la majesté impériale. On lit « dans fappendice de Robert Dumont à la chronique de Sigebert que Guil- «laume, roi de Sicile, fit apposer par un notaire une bulle d'or au diplôme « par lequel il assigna une dot à la reine Jeanne , son épouse. Le roi Jean-sans-
^ Les Bénédictins avaient déjà cité François I" bulles d'or; il faut y ajouter Louis XII. (Voyez au nombre des x'ois de France qui ont donné des le sceau n° i de la planche K.)