E. — DATES TIRÉES D'UN FAIT
ce système, la première année du post-consulat de Basile correspond à l'an de Rome 1295 et de J.-C. 542. Victor de Tunnone anticipe d'une année sur ce calcul. Il compte l'an de J.-C. 541 comme la première année du post-consulat de Basile, lan 542 comme la seconde, et ainsi de suite. Le pape Vigile joignit à la date du postconsulat de Basile l'année de l'empire de Justinien. C'est le premier exemple de l'année des empereurs employée comme date dans les bulles. BenoîtIX, au xr siècle, l'employa pour la dernière fois. Depuis l'avénement de Charlemagne à l'empire, la date de l'année des empereurs d'Orient avait été remplacée par l'année des empereurs d'Occident. Léon II avait même daté en 798 du règne de Charlemagne, roi des Français et des Lombards.
ñ ÉLÉMENTS DE PALÉOGRAPHIE.
actes qui portent les noms de quatre consuls, parce qu'on y désignait les consuls ordinaires, et peut-être des consuls honoraires ou subrogés. On marquait aussi quelquefois les consuls désignés. Lorsque Justin eut réservé le consulat aux empereurs, on data du consulat ou du post-consulat de l'empereur régnant, c'est-à-dire de l'année qui avait suivi la prise de possession du consulat. Cette date ne s’est pas maintenue au delà du 1x° siècle dans les diplômes impériaux. Trop de personnes s’attribuërent le titre de consul pour que les empereurs fussent jaloux de le conserver.
Ce fut alors que la date de l'empire, qui avait déjà été employée depuis plusieurs siècles, exclut définitivement celle des consuls. On avait compté d’abord le règne des empereurs romains du jour où ils avaient pris le titre d'Auguste, et non de l'époque où ils avaient été reconnus par le sénat; mais à la fin du in° siècle et dans le 1v°, on prit pour point de départ l’époque où ils avaient été nommés Césars. C'est par le même motif que, sous la seconde race, on vit s'établir l'usage de compter les années du règne d’un prince depuis le Jour où son père l'avait désigné comme son successeur, soit par l'abandon d'une portion de ses états, soit par la cérémonie d’un sacre ou d’un couronnement. Mais, comme on substituait souvent à cette première époque celle de lavénement définitif, les dates calculées sur la durée d’un règne présenteraient par ce seul motif de graves difficultés à résoudre. Et d'ailleurs, lors même que le commencement d'un règne était fixé d'une manière précise, on ne suivait pas une méthode uniforme dans le calcul des années. L'usage le plus ordinaire, comme le plus naturel, consistait à ne compter que les années complètes*. Supposons, par exemple, que l’avénement d’un prince ait eu lieu le 1* mai de l'an 1000; la seconde année de son règne s'ouvrait le 1° mai de l'an 1001. Mais il arrivait aussi que l'on comptait pour une année entière
1 « Sous Constantin Pogonat, disent les Béné- dictins, l'usage de dater du consulat ou du postconsulat des empereurs éprouva un changement
considérable. Au lieu de former une époque différente de leur avénement à l'empire, ces deux dates commencèrent en même temps. Mais, lorsqu'un nouvel empereur avait été associé à l’empire, les dates de son consulat et de son empire étaient distinguées l'une de l'autre : la première se prenait du temps auquel il avait commencé à gouverner en chef; la seconde, de son association à la dignité impériale. » Cette confusion des années de l'empire et du post-consulat remonte à l'avénement de Constantin Pogonat, c'est-à-dire
à l'an 668. Voici, en effet, ce qu'on lit dans YArt de vérifier les dates : «Jusqu'à Constantin Pogonat, les empereurs, depuis Justinien I, prenaient le consulat avec l'empire; mais, au mois de janvier suivant, ils commençaient un nouveau consulat avec les solennités accoutumées: et cest depuis ce dernier consulat qu'il faut compter les années de leur post-consulat. Pogonat négligea le premier de se faire proclamer consul aux calendes de janvier qui suivirent son inauguration impériale, en quoi ses successeurs limitèrent. »
? Cet usage est presque toujours suivi dans le calcul des années du règne des rois d'Angleterre.
PARTIE L — CHAPITRE I. > l'intervalle qui s'écoulait depuis le jour de cet avénement jusqu'à la fin de lan 1000, et que l’on faisait commencer la seconde année de son règne avec le premier jour de lan 1001; ou bien, par un calcul inverse, on ne tenait aucun compte de cette portion de Tan 1000, et l'on prolongeait la première année du règne jusqu'à la fin de l'an 1001. Ces dates deviennent plus vagues encore quand on se borne à indiquer le nom du prince sans y ajouter les années du règne. Cependant il est quelquefois possible de les déterminer à l'aide de circonstances historiques fournies par le texte même de l'acte.
Enfin il n’est pas rare non plus de trouver des diplômes dont la date consiste dans la simple énontiation d'un fait historique. I en est d'autres où ces faits se trouvent réunis à une des formules de date qu'on emploie ordinairement : ils servent alors comme moyen de vérification. Rien de plus ordinaire que de rencontrer des actes datés de telle année après la mort d'un prince ou d'un personnage célèbre. On prenait aussi pour époque un événement remarquable, tel qu'une victoire, un mariage, un couronnement. Sous le règne de Louis d'Outremer, une charte de l’abbaye de Cluni ajoute, après les dates ordinaires : Litigante rege Hludovico cum Hagone nobilissimo marchione. Si l'on pouvait douter de la profonde impression que les croisades firent sur les esprits, onen trouverait des preuves dans des chartes datées de la venue de Termite, du départ pour la terre sainte, de la prise de Jérusalem, etc. Il serait impossible d'énumérer tous les exemples que fourniraient les monuments des différents siècles. Des faits de tout genre se trouvent ainsi consignés dans les dates. Tantôt c'est un traité de paix, tantôt c'est l'apparition d’une comète ou la persécution d'un évêque, etc. Parmi ces dates, il en est qui tiennent à des coutumes locales. C’est ainsi que, dans la principauté d'Orange, une foule de contrats sont datés de l'administration des commandeurs de l’hôpital de : cette ville. Dans d’autres pays les formules chronologiques d'un acte rappelleront une tradition superstitieuse. Voici en effet ce qu'on lit dans le Nouveau Traité de diplomatique :
« Depuis l'an 12 84 les habitants d'Hamelin, au duché de Brunswick, datent de la sortie de leurs enfants, à filiorum nostrorum egressu. Cette époque est fondée sur une fable qui porte que les enfants depuis l'âge de quatre jusqu'à dix ans, ayant été tirés de la ville par les enchantements d'un. magicien, n'y reparurent plus.»
Nous devions citer en passant, comme un fait curieux, l'introduction des événements historiques dans les formules chronologiques des actes. Mais on conçoit qu'il faudrait, pour résoudre les difficultés qui se rattachent à ce genre de dates, transporter l'histoire tout entière dans un traité de paléographie.
Quant à la chronologie des fastes consulaires, elle soulève tant de questions qu'elle aurait exigé de longs développements, sans pouvoir être d'ailleurs d’une utilité habituelle. Nous nous sommes donc borné à présenter quelques listes chronologiques de princes souverains.
Ces listes ont été dressées, en général, d’après l'Art de vérifier les dates. Cependant si l'on s'est borné, pour la chronologie des rois de France et des papes, à recueillir les renseignements que renferme cet excellent ouvrage, on a cru devoir y introduire quelques modifications en ce qui concerne les empereurs d'Allemagne et les rois d'Angleterre.
On voit dans l'Art de vérifier les dates que Henri IV fut élu roi de Germanie en 1053. Toutefois il paraît positif qu'il n’a jamais pris que le titre de rot des Romains. On pourrait douter qu'une élection faite en Allemagne conférât le titre de roi des Romains, si les formules des diplômes laissaient aucun doute à cet égard. Il est vrai qu'après avoir été élu et couronné en Allemagne, un prince ne manquait pas, quand il le pouvait, de se faire couronner à Milan; mais cette cérémonie, au lieu de conférer un nouveau ütre, ne faisait que confirmer celui qu'il avait acquis par la première élection ou le premier couronnement; et la date du règne, comme roi des Romains, continuait à se compter à partir de l'élection ou du couronnement en Allemagne. Pfeffel, dans son Abrégé de l'histoire et du droit public de l'Allemagne, constate ce fait d'une manière positive. Il ne peut donc y avoir de difhculté que sur l'époque à laquelle s'est introduit le titre de roi des Romains. Avant la cérémonie du couronnement à Rome, les empereurs «se contentaient, dit Pfeffel, du titre de rot des Francs et des Lombards, et le plus souvent du seul nom de roi. Henri Il y substitua, dans quelques chartes, la qualité de roi des Romains. L'usage de ce titre devint plus fréquent sous Henri IV, et Henri V l'introduisit absolument dans sa chancellerie.» On ne peut douter toutefois que sous Henri II il n'existât encore une différence entre le titre de roi des Romains et celui de roi des Francs ! ou de Germanie. La même distinction subsistait peut-être encore sous Conrad Il. Dans les diplômes de Henri III que nous avons eu occasion de consulter, on ne trouve que le titre de roi. Henri IV au contraire a pris le titre de roi des Romains avant d’avoir reçu en 1061 les ornements du patriciat. Nous avons donc cru pouvoir donner le titre de roi de Germanie à Henri II et à Conrad IT; mais, à partir de Henri IV, nous avons substitué à ce titre celui de roi des Romains. Quant à la qualité d'empereur, nous ne l'avons donnée qu'aux
? Nous avons expliqué aïlleurs pourquoi le alphabétique des princes souverains les articles ütre de Francorum rex était pris par les pre- de Charles le Gros et d'Otton I. miers empereurs d'Allemagne. Voyez dans la liste
PARTIE I. — CHAPITRE LI 7 princes couronnés à Rome, parce que les princes d'Allemagne ne prenaient pas ce titre avant d'avoir été sacrés par le pape. Cette règle peut être démentie quelquefois par les formules que fournissent les recueils imprimés, mais ces exceptions sont tellement rares qu'il est permis d'en suspecter l'authenticité, d'autant plus qu'elles sont contredites par des actes postérieurs où lon ne retrouve plus le titre d'empereur, mais seulement celui de roi des Romains. Notre liste alphabétique des princes souverains renferme au reste des détails qui ne pouvaient entrer dans une liste chronologique, et auxquels il conviendra de recourir si lon veut connaître plus exactement ce qui se rattache aux titres de chaque prince et aux formules de ses diplômes. C'est là que l'on trouvera les avénements à des trônes étrangers, les couronnements à titre d'ordination par lesquels un prince désignait d'avance son héritier présompüf, etc.
Quant aux rois d'Angleterre, nous n’avons pas toujours daté leur avénement de la mort de leurs prédécesseurs, mais du jour à partir duquel plusieurs de ces rois comptent les années de leur règne, c'est-à-dire du jour de leur couronnement. Nous avons consulté à cet égard l'ouvrage de sir Harris Nicolas, intitulé the Chronology of lustory. On y trouve les renseignements les plus exacts sur les dates de Guillaume le Conquérant et de ses successeurs. Pour les rois antérieurs à la conquête, nous avons en général daté leur avénement de la mort du prédécesseur; mais ce n’est là qu'une hypothèse qu'il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de vérifier. La même difficulté existe au reste pour les époques d’avénement de nos premiers rois. On verra qu'aux dates de lavénement et de la mort nous avons ajouté, quand cela était possible, la date exacte ou approximative de la naissance des rois de France, des papes, des empereurs d'Allemagne et des rois d'Angleterre. La chronologie des autres princes souverains, dont l’histoire est moins intimement liée à la nôtre, n'exigeait pas autant de détails. On se serait même abstenu de la présenter, s'il n'avait pas été possible de resserrer dans un petit espace des renseignements accessoires qui peuvent avoir leur uülité. Il a paru convenable de ne pas étendre ces différentes listes au delà du xvi° siècle, parce que la chronologie a cessé, même avant cette époque, de se rattacher aux études paléographiques, et qu'elle ne peut plus d’ailleurs présenter de difficultés sérieuses.