DES ÉPÎTRES
Quoique l'adresse et le salut forment le caractère distinctif des cpitres, on rencontre des actes qui n’ont ni adresse ni salut, et qui cependant portent le nom d'épitre. Souvent un même titre est qualifié tour à tour épitre et charte. Cette confusion de deux termes dont l'acception rigoureuse est si différente, peut s'expliquer par l'usage où on était de rédiger un grand nombre d'actes sous la forme d'épitres. C’est ainsi qu'il y avait des épitres de donation, de testament, de cession, d'adoption, de manumission, de sécurité, d'obligation, de quittance, etc. Quand les donations étaient faites en faveur d’une église,
! Actes dressés dans les bourgs (pagi), par op- Du Cange croit, par conséquent, qu'il faudrait position à ceux qui étaient dressés dans le palais. lire pagensales au lieu de parensales.
PARTIE II. — CHAPITRE IL. 169 elles s'appelaient sacrationes ou sacra Dei. Un acte de restitution est nommé par Sidoine Apollinaire ltteræ refusorie. On employait aussi pour qualifier des donations les expressions suivantes : epistolæ adfatimæ, epistolæ contulitionis où contulationts, epistolæ Jirmutaus. Les mots traditio respectualis où convenientia désignent un acte d'adoption. Un acte de manumission est appelé indifféremment ingenuttas, manumissio, absolutio, ou ingenuttalts , MANUMASSIOris, absolutionts, libertatis charta, chartula, titulus, auctoritas, testamentum, libellus, epistola ”. Si le serf se rachetait lui-même, son maître lui accordait une charte de rédemption (redemptionale ou chartula redemptionalis). Par epistola conculcatoria il faut entendre l'acte qui déclare libres les enfants nés d’une femme libre et d'un esclave. Le mot cautio, outre ses acceptions ordinaires, s'entend aussi de l'engagement que prend un évêque nouvellement élu de conférer gratuitement les sacrements, de ne pas aliéner les biens de son église, d'assister aux vigiles, etc. Epistola evacuatoria, où simplement evacuatoria, désignait une quittance qui annulait un titre égaré auquel le débiteur avait satisfait. Les mots vacuatio, exvacuatio, vacuartum, signifient une renonciation. Epistola precaria est la requête par laquelle on demande une concession. Epistola præstaria est l'acte même de concession. Ges titres, qui avaient en général pour objet un bail à long terme ou un usufruit, sont aussi appelés libellus, libellarium, emphitheosis, tertium genus, eæceptionts pagina, precaria, precarta firmitalis, precaturia, precatoria, deprecatura, chartula petitonis, præstaria, præstartum, commendatitia. Ceux qui tenaient ainsi des biens à titre précaire se nommaient precarü, emphyteute, libellaru et chartulati. Ces deux dernières dénominations s'appliquaient aussi aux esclaves affranchis per libellum ou chartulam. Epistola precatoria s'entend également de toute espèce de supplique. C'est le sens qu'il faut attacher aux mots supplcatio, petitio, petitoria, placet, conquæsho, suggestio, suggerenda. Le terme de rogatoriæ litteræ a au contraire un sens plus déterminé : il s'entend de l'acte par lequel on sollicitait le pape ou le métropolitain de sacrer un évêque nouvellement élu. On a vu tout à l'heure que cet acte se nommait aussi decretum.
On appelait nunttus la lettre par laquelle on notifait la mort du pape à l'exarque de Ravenne.
Epistola collectionis est l'acte par lequel, moyennantune somme d'argent, un homme recevait, à titre d'esclave, un enfant qui avait été exposé ?.
1 Ajoutons à ces différents termes ceux de chartæ de sanguinolento : en effet, l'épithète san præceptum denariale et de charta denarialis, qui guinolentus convient à un enfant nouveau-né qui désignent une sorte de manumission dans la- vient de sortir du sein de sa mère. Il ne faut pas quelle on faisait tomber un denier des mains de con fondre cet acte avec celui qu’on appelait lettres
l'esclave. de sang, et par lequel on accordait la grâce d’un 2 Les actes de ce genre se nomment aussi meurtrier.