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SI, VARIATIONS DES FORMES DE STYLE SUIVANT LE RANG DES PERSONNES

Jusqu'au xr° siècle un roi, un prince, un grand seigneur employaient presque toujours la forme nos volumus, præcipimus, au lieu de ego volo, præcipio : la première personne du singulier n'était guère usitée que dans les signatures ou dans les matières qui se rattachaient plutôt aux personnes qu'à la dignité dont elles étaient revêtues !. Dans les allocutions directes des diplômes, on se servait plutôt de tu que de vos; le contraire avait lieu dans les lettres. Jusqu'à l'interrègne arrivé après Frédéric IT, aucun des empereurs d'Allemagne n'avait fait précéder son nom des pronoms nos ou ego, quoique cet usage fût suivi par quelques comtes. Les rois d'Espagne l'avaient adopté dès le x° siècle. En Angleterre c'est par Richard I‘, ou,selon Nicolson, par Jean-sans-Terre que le pronom

Il est bien entendu que cette règle admet des plômes mérovingiens fourniraient aussi des exem exceptions. Contentons-nous de citer un diplôme ples de l'emploi du pronom ego, non pas en tête de 643 commençant ainsi : « Ego, in Dei nomine, de l'acte, mais immédiatement après le préam- «Rotharis rex, vir excellentissimus , septimus de- bule.

«cimus rex gentis Langobardorum, etc.» Les di-

PARTIE II. — CHAPITRE II. 183 nos {ut introduit dansies lettres. Mais, pour tout ce qui se rapporte à l'usage du pluriel et du singulier, les bulles des papes fournissent des exemples beaucoup plus nombreux que les actes des princes. Bien que les papes des quatre premiers siècles se soient conformés er général au génie de la langue latine, qui veut qu'on emploie le pronom #u en parlant à une seule personne, ils s'écartérent quelquefois de cet usage en faveur des patriarches et des évêques les plus considérables. Ge qui n’était d’abord qu'une exception devint leur coutume la plus ordinaire au commencement du v° siècle, à l'égard des empereurs et des impératrices, et vers le commencement du vi‘, à l'égard des grands de l'Empire, des patrices, des sénateurs, des exarques, des ducs, des comies, etc. Le même usage s'établit vers la même époque pour les rois barbares, et quelque temps après à l'égard des évêques. On n’en faisait alors que rarement l'application à des abbés et plus rarement encore aux ecclésiastiques d’un ordre inférieur. Vers la fin du 1v° siècle les particuliers en s'adressant aux papes, avaient commencé à se servir du pluriel plus souvent qu'on ne l'avait fait jusqu'alors; mais l'usage n’en devint général que vers la fin du siècle suivant. Du reste cette forme de langage était devenue habituelle au vi° siècle entre personnes du même rang, supérieurs. Les empereurs eux-mêmes s’en servaient quelquefois. Mais on ne

à plus forte raison quand on s’adressait à des

doit pas s'attendre à trouver de l'uniformité dans l'emploi de ces formules de politesse : non-seulement un pape terminait une lettre écrite d’ailleurs au pluriel par la salutation Deus te incolumem, etc., mais on trouve souvent dans le corps d’une pièce les singuliers mêlés au pluriel. On ne devra pas s'étonner non plus qu'au vu° siècle Vitalien ait tutoyé des évêques, quand il n'employait pas à l'égard des comtes cette forme de langage dont Martin I“ s'abstenait quelquefois en écrivant à de simples particuliers. Dans le siècle suivant, les lettres de Grégoire II et de Grégoire I à Charles Martel réunissent les deux formes de langage; et bien que l'emploi du pluriel soit préféré par la plupart des papes de ce siècle, on rencontre plus d'une exception à cet usage. Dans le siècle suivant, où l’on peut en observer les premiers déclins, les Bénédictins pensent que les papes préféraient peut-être le singulier quand ils voulaient censurer ou faire acte d'autorité. Jusqu'à Nicolas I* les papes s'étaient servis du pluriel en parlant aux empereurs et aux rois; son successeur Adrien Il commence à s'écarter de cette coutume. Depuis cette époque on rencontre des papes qui s'y conforment ou s'en écartent alternativement. Vers le commencement du xr siècle, l'emploi du pluriel devient de plus en plus rare. Les papes l’abandonnèrent pour les rois et les empereurs avant d'y renoncer à l'égard des prélats : deux lettres d'Eugène III à Suger, abbé de Saint-Denis, sont peut-être

ENT PNR ITU

les exemples les plus récents d'un pape qui ait employé le pluriel en s'adressant à une seule personne. À la fin du xrr siècle cette forme de langage devient un caractère de fausseté dans les rescrits apostoliques.

Les formules de politesse étaient employées dès les premiers temps et sans qu'on y attachât plus d'importance qu'aujourd'hui, puisque Jean VIIT donnait le titre de sainteté à un prélat qu'il accusait d'audace et de témérité. Les rois, les ecclésiastiques et les nobles se donnaient dans leurs propres diplômes des épithètes fastueuses!, quine feraient pas honneur à leur modestie si Yon ne devait pas en attribuer le tort à la simplicité des chanceliers et des notaires?. Les formules de d'heureuse, de sainte, de glorieuse mémoire, quoique réservées ordinairement pour les morts, ont été quelquefois appliquées aux vivants.

SIT. mTRES ET DIGNITÉS.

Jusque sous la troisième race, mais particulièrement sous la première, les fils et les filles de rois étaient qualifiés de rois et de reines. Constance, fille de Louis le Gros, prenait le titre de reine en 1 161, quoiqu'elle fût mariée à Raymond comte de Toulouse. Le titre de seigneur, dom (domnus, dominus ) était réservé aux rois® et aux bienheureux!sous les deux prémières races. Ce titre passa ensuite aux princes et aux ecclésiastiques. Au xn° siècle il était souvent donné aux seigneurs qui auparavant avaient plutôt reçu celui de senior. Les mots roi et empereur, règne et empire, ont été souvent employés comme synonymes,

? On ne trouve pas en général ces titres dans les suscriptions avant la fin du xnr' siècle.

2 Les anciennes suscriptions des empereurs romains fournissaient une foule d'expressions fastueuses qui ne purent manquer d'être recueillies par la flatterie et la vanité. C'est ainsi qu'au vu° siècle les rois de Lombardie et d'Espagne prenaient le titre de Flavias, à limitation des empereurs. Rien de plus ordinaire, dans les actes impériaux comme dans les inscriptions et les médailles, que les épithètes pius, felix, angustus, divus, deus, beatus, nobilissimus, inviclus, victor, triumphator, maximus, clemens, mansuelus, etc. Bornons-nous à citer pour exemple de ces formules emphatiques le début de l'édit que Galère Maxime rendit en faveur des chrétiens, et dans lequel il commence par énumérer ses noms, ses ütres et ceux des princes qui régnaient alors : «Imperator Cæsar Galerius Valerius Maximianus «invictus, augustus, pontifex maximus, Germa-

«nicus maximus, Ægyptiacus maximus, Thebai- «cus maximus, Sarmaticus maximus, quintüm «Persicus maximus, secundd Carpicus maximus, «sextù Armeniacus maximus, Medicus maximus, « Adiabenicus maximus, tribuniciæ potestatis xx, «imperator xIX, consul vi, pater patriæ , procon- «sul; et imperator Cæsar Flavius Valerius Con- «stantinus pius, felix, invictus, augustus, pontifex «maximus, tribuniciæ potestatis v, imperalor v, «consul, pater patriæ, proconsul ; et imperator « Cæsar Valerianus Licinianus, pius, felix, in- «victus, augustus, pontifex maximus , tribuniciæ « potestatis 1, imperator 17, consul, pater patriæ, «proconsul : provincialibus suis salutem. »

5 Ce titre de dominus avait été accordé dès le ir siècle à l'empereur Sévère.

4 On réunit ensuite pour les bienheureux les titres de saint et de seigneur; de là : Monsieur saint Pierre, madame sainte Anne, etc.

PARTIE IL — CHAPITRE III. 185 de même que de simples seigneurs ont été qualifiés de rois. Le mot sire a été pendant longtemps accordé à tous les nobles: on a de même étendu l'emploi du mot prince qui, dans sa signification la plus étroite, convenait seulement aux grands feudataires jouissant de l'autorité suprême. Pendant que de simples gentilshommes prenaient ce titre, les princes du sang étaient simplement appelés seigneur du sang ou du lis, ou bien ceux du lignage du roi. Le fils d'un roi de France prenait le titre de Julius regis Francorum ; c'est à tort d'ailleurs qu'on a supposé que le titre de dauphin avait toujours été porté par le fils aîné du roi depuis l'époque de la cession du Dauphiné.

Au vi siècle on donnait le titre de duc aux gouverneurs des provinces; ceux qui avaient le gouvernement des cités portaient celui de comte. Ces dignités devinrent héréditaires sous les derniers rois de la seconde race. Au x° et au xr° siècle on ne distinguait pas les titres de ducs, marquis, comte, consul, gouverneur, prince, patron. La prééminence des ducs ne s'établit que plus tard. Quant au titre de pair, voici ce qu'en disent les Bénédictins :

«On appelait anciennement patrs tous les vassaux qui relevaient immédiate- «ment d'un grand fief, parce qu'ils étaient égaux en dignité. Ainsi tous les «vassaux immédiats du roi étaient autrefois pairs ou barons de France, car ces « deux termésétaient synonymes. On rapporte la réduction des anciens pairs du « royaume au nombre de: douze entre Jan 1202 ou, si l'on veut, 1204, et l'an «1216. Dans le cours de cette dernière année les évêques d'Auxerre, de « Chartres et de Lizieux furent considérés comme pairs de France, et donnèrent ven cette qualité des lettres scellées de leurs sceaux. Le nom de pair, pour «désigner un seigneur égal à celui qui devait être jugé, fut en usage dès le «x siècle, comme il paraît par une lettre d'Eudes, comte de Champagne, écrite «an 996 au roi Robert. En 1098 Raymond, comte de Toulouse, étant en « différend avec le prince Boémond, offrit dese soumettre au jugement de ses «pairs, savoir de Godefroy de Bouillon, duc de Brabant, du comte de Flandre «et du duc de Normandie, et à celui des évêques et des autres seigneurs. La «justice des comtes et des autres grands seigneurs fut dès lors exercée par leurs «vassaux les plus qualifiés qui s'appelèrent pars. Ce nom fut donné dans la «suite aux échevins des villes et des communes. Il y avait au xiv° siècle des «pairs de lettres, à qui seuls appartenait d'ajourner au parlement les pairs de «dignité. En Angleterre, dès le règne d'Alfred le Grand, toute personne accusée «devait être jugée par ses pairs. Aujourd'hui les ducs, les marquis, les comtes, «les vicomtes et les barons sont pairs du royaume et pairs entre eux; de telle «sorte que le dernier des barons est pair du premier duc. Tout le reste du «peuple est rangé dans la classe des communes qui jugent par douze personnes

«de leur ordre. Tous les évêques d'Angleterre sont pairs sans être ni ducs ni «comtes. Le seul titre de leur évêché leur donne séance au parlement. C'est «par le même titre que les évêques de France se disent depuis longtemps «conseillers du roi dans tous ses conseils, et qu'ils ont voix délibérative dans les «lits de justice où ils se trouvent, de même que les grands officiers de la «couronne. » |

Parmi les titres de dignité qui étaient en usage sous les deux premières races, il faut distinguer les comtes du palais, qu'on nomma d'abord comutes palati, puis, au n° siècle, comites sacri palatit, et, dans le x1° au plus tard, comites palatini. La succession des comtés fut autorisée par Charles le Chauve, et c'est depuis cette époque surtout qu'on rencontre le titre de comte suivi d’un nom de ville ou de canton. Le titre de comtesse ne se rencontre pas avant le vin siècle.

Les marquis, marchenses, marchisü, marchiones, furent d'abord les gouverneurs des marches où frontières. C'est au xn° siècle que l'on commença à désigner sous le nom de consuls les magistrats municipaux des villes de quelques provinces; mais ce titre était employé aussi comme synonyme de comte, et par conséquent les termes de proconsul et de vicomte doïvent être regardés comme équivalents dans les chartes du x1° et du xn siècle.

Le mot baro désignait en latin des valets du dernier-ordre. Nos premières lois entendent par barons deshommes sans distinction; cependant, dès le vr siècle, les grands du royaume de Bourgogne reçoivent le nom de baro ou faro; du xi° au x siècle ce titre acquiert une grande importance, et les rois euxmêmes le portaient quand ils dépendaient comme vassaux d'un autre roi. Quand le mot baro désigne ainsi des vassaux immédiats, il a pour synonyme le titre de bon homines ; mais la baronnie était aussi une seigneurie souveraine après la royauté, et c'est en ce sens que les barons du royaume étaient mis au rang des princes.

Le terme de miles, chevalier, vassal, est un de ceux qui se trouvent le plus souvent dans les chartes; depuis le x° siècle les souverains eux-mêmes ne l'ont pas dédaigné. Du xn° au xiv° siècle les écuyers sont souvent désignés par les mots armiger, sculifer, scutarius, vasletus, varletus. Le terme de donzel ou damotsel (domicellus miles) fut employé dès l'an 1078, suivant les auteurs de l'Histoire généalogique de la maison de France.

Le titre de bachelier, que l'on commence à rencontrer dans quelques chartes du x siècle, désignait les jeunes gentilshommes qui n'avaient pas encore été reçus chevaliers, et les propriétaires des terres sujettes à fournir un chevalier, un demi-chevalier, un tiers, un quart de chevalier. Ges propriétaires, quand

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