S III. DES NOMS DE FAMILLE
Chez les Français qui habitaient au nord de la Loire et sur lesquels l'influence romaine n’agissait pas aussi puissamment, on ne portait en général qu'un nom. À la fin du x° siècle où au commencement du xI° les surnoms se multiplièrent peu à peu; mais cet usage, qui pour les rois remontait à Pepin le Bref, ne devint général pour les particuliers qu'au xmi° siècle. Il ne s'est pas d’ailleurs introduit à la même époque dans les différentes provinces.
En Languedoc, Guillaume [IT prit, pour la première fois vers l'an 1030, le surnom de Montpellier dont il était seigneur; ce fut également au xr siècle que les nobles commencèrent, dans plusieurs diocèses de la Bretagne, à prendre des surnoms qui étaient tirés ou de leurs terres ou de quelques sobriquets ; dans les diocèses de Léon et de Cornouaiïlles, on se contenta, jusqu'à la fin du xu' siècle, de distinguer les personnes d’une même famille en ajoutant à leur nom celui de leur père; les surnoms ne devinrent communs en Bourgogne que vers le milieu du xnr siècle. Ce sont en général les nobles qui, dans les différentes provinces de la France, ont les premiers adopté cet usage; mais il ne se répandit guère parmi les ecclésiastiques et les moines, quoiqu'on puisse opposer à cette règle des exceptions assez anciennes. Les Bénédictins citent un acte du xr° siècle dans lequel quatre moines sont désignés par des surnoms. Archambaud de Sully, archevêque de Tours, et Raynaud de Vendôme, évêque de Paris, furent les premiers qui ajoutèrent, l'un en 986, l'autre en 988, leur nom de famille ou surnom à leur nom de baptême. D'un autre côté, on voit encore au xv° siècle plusieurs roturiers qui n'ont pas de surnoms. Au x° siècle et surtout au xt les surnoms sont annoncés par les formules appellatus, cognominatus, nunCupatus , VOCALUS, OÙ UE VOCOr, qui vVOcatur, qui vocabatur, etc. L'usage des surnoms remonte à une haute antiquité chez les Danois, les Flamands et les Islandais. On en rencontre quelques exemples au vin Siècle chez les Anglo-Saxons, au x° en Italie, au xr° en Espagne. Dès le xn° siècle les surnoms des familles nobles étaient devenus communs en Allemagne; mais il est bon de savoir que les nobles d’un rang inférieur emprun-
C'est ainsi que Galère Maxime prit le titre d’em- rang en tenant compte de tous leurs prédécespereur pour la dix-neuvième fois. Quant au titre de seurs. Les Bénédictins citent pour exemple le César, après avoir été jusqu'à Néron un nom de commencement d’une charte du xm siècle :
famille , il devint un titre de dignité, et passa aux «In nomine sancte, etc. Ego Johannes, Dei gratià fils des empereurs et à leurs successeurs désignés. «Latinorum Hierusalem rex decimus et comes Les rois latins de Jérusalem marquaient leur « Brennensis, notum facio, etc. »
PARTIE IL— CHAPITRE III. 189 taient souvent le surnom de leur suzerain. Cet usage, du reste, n'est pas particulier à l'Allemagne; on le retrouve aussi en Écosse et en Italie. Dans le principe, les vassaux croyaient sans doute rendre hommage à leur suzerain en lui empruntant son nom; mais dans la suite la vanité expliqua cette communauté de nom par des relations de parenté; de à vient qu'aujourd'hui il est assez difficile, dit-on, de rencontrer une famille roturière dans certaines contrées de l'Europe.
Puisque les nobles se qualifiaient ordinairement du nom des lieux soumis à leur dépendance, le partage d'une succession, une vente, une acquisition, pouvaient faire prendre des noms nouveaux aux membres d’une même famille et quelquelois à une même personne. Par la même raison les femmes pouvaient n'avoir que des noms de baptême. Quelquefois elles prenaient le nom de leurs maris; au commencement du x siècle cet usage était consacré pour les veuves de la haute noblesse. Les surnoms deviennent une source de graves difficultés quand la même personne est désignée sous des noms différents. Or c’est un usage dont on rencontre plus d'un exemple. C'est ainsi qu'au x1° siècle on donnait indifféremment les noms de Eusebius et de Bruno à Eusèbe, évêque d'Angers, et ceux de Hugo ou de Paganus à Hugue, xxxvin* évêque du Mans. Les surnoms s'écrivirent d'abord en interligne au-dessus du nom propre; plus tard on les écrivit à la suite; mais il ne faut pas confondre avec des surnoms les noms dont l'orthographe était altérée. La difficulté d'écrire en latin des noms celtiques ou germains a fait souvent désigner la même personne sous des noms en apparence différents et qui n'étaient que des traductions plus ou moins exactes d’un même mot. C'est ainsi que les mots Athicus, Adalricus , Ethico, Chadicus, ete. désignent Ethich, Edich ou Etichin, duc d'Alsace. Nous avons déjà eu occasion de citer des exemples analogues dans un des chapitres précédents.
La coutume de changer les noms des évêques à leur ordination remonte à une époque fort reculée. En eflet D. Martenne en cite plusieurs exemples depuis l'an 696 jusqu'à la fin du xr siècle. Cet usage, tombé depuis en désuétude chez les évêques, a été conservé par les papes, qui ne Tavaient adopté qu'à une époque plus récente. Le Nouveau Traité de diplomatique cite à cette occasion le passage suivant emprunté au Journal des Savants du mois d'octobre 1733 : « Les écrivains sont fort partagés sur la cause du changement de nom «des papes. Fra Paolo l'attribue aux Allemands qui ont été élevés au pontificat , «et dont les noms étaient rudes et mal sonnants aux oreilles italiennes; cou- «tume, ajoute-t-il, que les papes ont depuis gardée pour marquer qu'ils « changeaient leurs affections privées en d’autres plus nobles. Platine prétend