DES FORMULES INITIALES
$I*. DE L'INVOGATION
Quoique l'invocation se rencontre quelquefois dans le corps et même à la fin des actes, cependant c'est en tête des chartes qu'on la trouve le plus souvent. L'invocation est tantôt une formule expresse par laquelle ceux qui sont parties dans un acte réclament le témoignage ou la protection de Dieu ou des saints, tantôt c’est un monogramme dont la figure énigmatique représente, d'une manière plus ou moins obscure, quelques-unes des lettres dont se compose l'invocation expresse. Comme exemple d'invocations expresses, on peut citer les formules suivantes! : «In nomine Dei, in nomine Domini, in nomine Christi, in
! La constitution par laquelle Justinien confirma ses Institutes commence par l'invocation : «In «nomine Domini nostri Jesu Christi. »
«nomine sancti Salvatoris, in nomine Dei æterni et salvatoris nostri Jesu Christi, «in nomine summi et æterni salvatoris Domini nostri Jesu Christi, in nomine summæ atque eximiæ Trinitatis ou sanctæ et individuæ Trinitatis, Patriset Fili «et Spiritüs sancti, nec non B. Mariæ Virginis, ou S. Michaelis archangeli, «S. Stephani protomartyris, S. Sepuleri Domini nostri Jesu Christi. » Les formules d'invocation de la sainte Trinité se présentent souvent dans les diplômes des rois d'Espagne sous la forme suivante : «In nomine Domini qui est trinus «etunus Pater etFilius et Spiritus sanctus, » ou bien :« In nomine Patris et Filü et « Spiritüs sancti ab utroque procedentis. » Un diplôme d’AlphonseVI, auxr siècle, présente une des invocations les plus diffuses qu'on puisse rencontrer : «In «nomine Domini opificis rerum, creantis et regentis, transcendentis, circum- «plectentis, incircumscripti adque invisibilis Deï, Patris scilicet et Filii et Spi- «ritûs sancti, regnantis in cternum et ultrà, cujus regnum, etc. »
Quand au contraire on voulait représenter linvocation sous une forme abrégée, on employait souvent le monogramme de Jésus-Christ qui se composait des caractères grecs XP suivis des lettres latines S, 1, 0, M, suivant que Ton voulait exprimer Christus, Chris, Christo où Christum. On se servait aussi du X seul ou du X traversé par le P'. Quelques copistes ont traduit à tort cette conjonction de lettres par le mot pax. Les lettres IHS, IS ou IG doivent se traduire par Jesus. L'H est l'éta grec; quant à la lettre C, elle se rencontre souvent pour le Z, surtout dans les inscriptions. Ces monogrammes sont souvent accompagnés des lettres A et Q, symboles de l'éternité (principium et finis). On se contentait aussi d'exprimer l'inyocation par une croix qui était souvent assez mal formée pour que les savants n’y aient vu qu'un Y. Mais parmi les invocations abrégées il n'en est pas qui aient plus embarrassé les antiquaires que celles qui consistent dans les traits entortillés qu'on voit en tête des diplômes de nos premiers rois”, et dont on trouvera des exemples dans le fac-simile des chartes de Glovis Il, de Pepin le Bref et de Louis le Débonnaire. Plusieurs savants n’y ont vu que des signes arbitraires. Les Bénédictins y reconnaissent toujours la lettre I, quelquefois des X, des N, et d'autres lettres qui font partie des formules ordinaires. En résumé, ils pensent que si on ne peut toujours les déchiffrer complétement, il est impossible de ne pas voir une invocation cachée dans ces caractères qui ont toujours entre eux assez d'analogie pour qu'on puisse être assuré qu'ils n'étaient pas purement arbitraires. On cessa en
1 On fait remonter le premier emploi de ce ? Ces invocations sont aussi répétées avant monogramme à Constantin, qui, après avoir fait leurs signatures. Les dates renferment souvent broder sur un étendard, l'employa dans ses di- une invocation expresse : « In Dei nomine feliciplômes. «ter, amen. »