PARTIE IL — CHAPITRE V
Le mot pincerna se rencontre quelquefois comme synonyme de buticularius, ou du moins le dictionnaire de du Cange les traduit également par bouteiller, tout en citant d’ailleurs un texte duquel il résulte qu'il y avait, au sacre de Philippe V, deux officiers revêtus, lun du titre de pincerna, l'autre du titre de buaticularius. Mais du Cange pense que, dans le principe, ces deux mots étaient réellement synonymes, et il annonce que dans sa liste il n'a établi aucune distinction entre les personnes qui ont porté l'un ou l’autre de ces titres. Le bouteiller, qui avait l'intendance des vins, était aussi chargé de présenter la coupe au roi.
Le chambrier, camerarius, avait la garde de la chambre du roi, c'est-à-dire du trésor royal. Il ne faut pas le confondre avec le chambellan, qui était attaché sous ses ordres à la chambre à coucher du roi. La distinction de ces deux offices est clairement indiquée par le passage suivant, qui est emprunté à une ordonnance de Philippe IT : * En l'an de l'incarnation nostre Seigneur mil « deus cent soixante et douze, le mercredi empres la decolation saint Jean Bap- «tiste, a Nogent le Rembert, fut ordené par devant le roy, presens monsieur «l'abbé de saint Denis, monsieur Jean d’Acre bouteillier de France, monsieur « Herart chambrier de France, monsieur Mahieu de Mailli chamberlenc de «France, ete. » C'est donc à tort que, dans le Nouveau Traité de Diplomatique, on a traduit camerarius par chambrier où chambellan.
Le connétable, comes stabuli, comestabilis, conestabilis, constabularius, etc., avait la surveillance des écuries du roi.
Le sénéchal, senescallus, senescaleus, sinischallus, etc., rempiissait à la cour l'office d’un intendant. I ne paraît pas qu'on l'ait désigné, après le règne de Philippe I‘, autrement que par le titre de dapifer. Mais si ce titre prouve qu'il avait la surveillance de ce qu’on a plus tard nommé la maison-bouche du roi, il n’en faut pas conclure que ses fonctions étaient restreintes dans ces limites ; il paraît, au contraire, que son autorité était assez grande pour inspirer de l'ombrage. Cette circonstance suffirait pour expliquer la suppression de cette charge sous Philippe-Auguste, en 1191. Toutefois les diplômes continuent à en faire mention au moyen de la formule dapifero nullo. Quoique cette formule, depuis l'an 1191, indique nécessairement que cette charge était vacante, il ne faudrait pas toujours y attacher le même sens. En effet, il est assez généralement reconnu que l'absence d’un des grands officiers suffisait pour motiver l'emploi d'une des formules buticulario, camerario, etc. nullo. Par la même raison, les mots vacante cancellariä pouvaient, dans certaines occasions, signifier seulement que le chancelier n'était pas présent à la rédaction de l'acte.
LISTE DES CHANCELIERS