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PARTIE IL — CHAPITRE V

«Actum in abbatiä sancti Dionysii in Franciâ, anno incarnati Verbi mille- «simo trecentesimo tertiodecimo, regni vero nostri vicesimo octavo, mense «Octobri, astantibus in palatio nostro quorum nomina supposita sunt et signa. «Dapifero nullo S. (siynum) Guidonis Buticularti. S. Ludovici camerarii. «S. Galterii constabularii. Data vacante cancellarià. (Signé) Guy de Beauves. »

Le souscripteur de l'acte n'est indiqué nulle part comme vice-chancelier. On ne peut voir en lui qu'un de ces cleres ou secrétaires qui furent attachés, au moins depuis le xiv° siècle, à la personne des rois de France pour souscrire les actes royaux, et auxquels il semble qu'on peut faire remonter l'origine des secrétaires d'état. À partir de cette époque, le chancelier est chargé, non de signer les diplômes, mais d'y apposer le sceau ; et comme il est constaté par plusieurs textes qu’un intervalle plus ou moins considérable pouvait s'écouler entre la souscription d'un acte et l'apposition du sceau, on ne doit pas s'étonner que les chartes ne fassent plus mention du chancelier, qui ne présidait plus à leur rédaction. Si l’on réfléchit d’un autre côté que les signatures réelles deviennent de plus en plus fréquentes et qu'elles suffisent pour attester l'authenticité des actes, on comprendra qu'il n'était plus nécessaire d'appeler comme témoins les grands officiers dont la présence est souvent annoncée dans les diplômes de Henri [* et de ses successeurs. On peut donc croire aussi que cet acte de 1313 est le dernier auquel soient intervenus le bouterller, le chambrier et le connétable. Un fait important vient d’ailleurs à l'appui de ces observations, c'est que Philippe IV est le dernier de nos rois qui ait fait usage du monogramme. Or quand on voit que la présence des grands officiers, l'inscription du monogramme et, à défaut de la souscription du chancelier, la formule vacante cancellariä sont des caractères pour ainsi dire unis entre eux, et qui concourent dans les diplômes les plus solennels, doit-on s'étonner que l'abolition des monogrammes ait entraîné celle des anciennes formalités qui les accompagnaient auparavant?

Tout en admettant ces faits, qui paraissent incontestables à l'égard des successeurs de Philippe IV, il ne serait pas prouvé que S. Louis n’a pas eu, comme le dit du Cange, trois chanceliers. Mais n'est-il pas déjà extraordinaire que l'on trouve démenti par une exception un fait annoncé et par Mabillon et par les Bénédictins? Ne peut-on pas supposer que sous le règne de S. Louis les fonctions des chanceliers, en tant que souscripteurs des actes, commençaient à tomber en désuétude, et que les deux successeurs de Guarinus avaient seulement le titre et l'office de garde du sceau, de même que Philippus d’Antongny, Nicolaus, et quelques autres que du Cange désigne expressément sous cette dernière qualité? La même hypothèse devrait, ce semble, être admise,

jusqu’à preuve contraire, pour les chanceliers de Philippe IT et de Philippe IV. En effet, du Cange lui-même indique des vacances de la chancellerie qui correspondent au temps qu'il assigne pour l'exercice des deux premiers chanceliers de Philippe IT, et la même circonstance est prouvée, pour deux chanceliers de Philippe IV, par des citations empruntées au Nouveau Traité de Diplomatique. N'en faut-il pas conclure, ou que les officiers cités par du Cange n'avaient pas le titre de chancelier, ou que ce titre désignait déjà des fonctions complétement analogues à celles de garde du sceau ? Au reste, comme ces suppositions peuvent être inexactes, il a paru convenable de transcrire la liste de du Cange jusqu'au règne de Philippe IV inclusivement.

La liste des grands officiers qui, à partir de la fin du règne de Henri [°, assistaient comme témoins à la confection des diplômes les plus solennels, forme le complément naturel de la liste des chanceliers. Cette liste a été dressée, comme celle des chanceliers, d'après du Cange et Mabillon. Elle s'arrête également au règne de Philippe IV. Quoiqu'il existe des diplômes qui annoncent la présence du cuisinier, du précepteur du roi, etc., on a dû se borner à donner la liste des quatre grands officiers de la cour, c'est-à-dire, des bouteillers, des chambriers, des connétables et des sénéchaux. En effet, ce sont là les seuls dignitaires dont le témoignage était habituellement réclamé : les autres n’assistaient que par exception à la confection d’un diplôme. Mais il est bon de faire observer que les actes qui ont été conservés jusqu'à ce jour ne fournissent pas de renseignements complets, même en ce qui concerne les titulaires des quatre grands offices. En effet, leur présence n'est mentionnée que pour les diplômes d'une grande importance, et ces diplômes sont nécessairement peu nombreux. C'est ce qui explique pourquoi les dates de du Cange et celles de Mabillon ne sont pas toutes les mêmes. Aïnsi Gibertus de Garlandà a rempli la charge de bouteiller de 1114 à 1126, selon du Cange, et selon Mabillon, de 1111 à 1129. Ces deux assertions seraient contradictoires si du Cange avait prétendu prouver que ce bouteiller n'exerçait pas ses fonctions avant 1114 ou après 1126; mais, selon le même auteur, le bouteiller précédent était sorti de charge en 1111, et le successeur de Gilbertus n y est entré qu'en 1130 : par conséquent Mabillon a pu trouver des actes de 1111 et de 1129 qui n'étaient pas connus de du Cange, et qui donnaient à Gilbertus de Garlandà le titre de bouteiller. Par la même raison, lorsque Mabillon dit que Wido était chambrier en 1111, il ne contredit pas du Gange qui annonce que cet officier a été en charge de 1106 à 1121. En résumé, toutes les fois que les renseignements puisés à des sources différentes ne sont pas en opposition formelle, on doit présumer qu'ils sont exacts.

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