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CHAPITRE PREMIER

SUBSTANCES DESTINÉES À RECEVOIR L'ÉCRITURE. — ENCRES ET COULEURS.-—1INSTRUMENTS DE L'ÉCRIVAIN.

ARTICLE PREMIER

DES SUBSTANCES DESTINÉES A RECEVOIR L'ÉCRITURE, ET EN PARTICULIER DU PAPYRUS, DU PARCHEMIN ET DU PAPIER.

« Les peaux des quadrupèdes différemment préparées, celles des poissons, «les intestins des serpents et autres animaux, le linge, la soie, les feuilles, le «bois, l'écorce, la bourre des plantes et leur moelle, les os, l'ivoire , les pierres «communes et précieuses, les métaux, le verre, la cire, la craie, le plâtre, etc. «ont fourni, disent les Bénédictins, la matière sur laquelle autrefois on écri- «vait, ou sur laquelle on écrit encore.» Mais si les anciens employaient souvent les matières lapidaires ou métalliques pour graver leurs actes, on ne cite depuis l'invasion des barbares que de rares exemples de cet usage, et les seules substances que l’on rencontre généralement dans les archives ou les bibliothèques sont le papyrus ou papier d'Égypte, le parchemin, le vélin, le papie: de coton et le papier de chiffe. Cependant on possède encore des tablettes d'ivoire connues en général sous le nom de diptyques, parce qu'elles sont rarement composées de plus de deux feuilles. Celles qui en ont davantage prennent le nom de polyptyques. On conserve à la Bibliothèque du Roi et aux Archives du royaume des tables de cire, mais elles ne remontent qu'au xiv° siècle ou environ. Les Bénédictins citent aussi quelques actes écrits, soit sur

des bâtons, soit sur le manche ou la lame d’un couteau. Mais ce sont là des exceptions plus curieuses qu'utiles à connaître. Les actes sur papyrus, au contraire, se sont conservés en assez grand nombre pour qu'il soit nécessaire d’en parler avec quelques détails.

Le papyrus est une espèce de roseau dont la tige est recouverte par une enveloppe membraneuse. Comme la substance de ces enveloppes n'est pas trèsserrée, on était obligé de superposer deux de ces membranes transversalement: par ce moyen les fibres, en se coupant à angle droit, imitaient l'aspect d'un tissu, et formaient en même temps une matière plus compacte, et plus propre à recevoir l'écriture.

Il est inutile de donner ici des détails sur la manière de préparer le papyrus et d'amener l'adhésion plus ou moins complète de la couche inférieure et de la couche supérieure. Ce qu'il importe de savoir, c'est que ce roseau s’élève au moins de deux coudées au-dessus de l'eau; un témoin oculaire porte même son élévation à six ou sept coudées. Il en résulte que les actes sur papyrus peuvent avoir une grande dimension. Parmi ceux qui ont été écrits sur cette substance, le plus ancien que lon connaisse a deux aunes de long. Maffei signale cette pièce comme la plus précieuse de toutes celles qu'il a eues entre les mains; les Bénédictins la font remonter à l'an 445 au plus tard, et Mabillon, qui avait visité les plus célèbres archives de l'Europe, a déclaré qu'elle était d'une antiquité supérieure à celle de tous les actes authentiques qu'il eût jamais vus. Parmi les papyrus qui existent aux Archives du royaume, on peut citer deux testaments, l’un d'une dame nommée Ermentrude, l’autre d'un magnat français dont la femme est nommée Chamnetrude. Le premier de ces diplômes a quatre pieds et demi, et le second quatre pieds neuf pouces de hauteur. Comme ils sont tous deux mutilés, ils devaient probablement avoir plus de cinq pieds. La Bibliothèque du Roi possède des papyrus d'une dimension au moins égale; aussi ne doit-on pas douter que cette substance n'ait été d'un usage très-fréquent pour tous les actes d’une grande étendue. I est même prouvé que pour les chartes elle a été employée de préférence au parchemin jusque vers la fin du vn° siècle. En effet, la plupart des diplômes antérieurs au vin siecle qui se sont conservés jusqu'à nous, sont écrits sur papyrus, et cependant cette substance fragile est beaucoup plus exposée à se détruire que le parchemin. On s'en est servi en Italie jusqu'au milieu du xi° siècle; mais en France on en avait à peu près abandonné l'usage dès le vin. Les diplômes sur papyrus sont en général d’une mauvaise conservation , parce qu'on avait autrefois la mauvaise habitude de les rouler: or comme il arrive souvent que des parcelles de papyrus se soulèvent, on risquait en les

PARTIE III — CHAPITRE I. 369 développant de détacher quelques fibres dans toute leur longueur. Le seul moyen de conserver ces précieux monuments est de les encadrer, ou tout au moins de les étendre en les fixant sur un carton. Quoiqu'il soit prouvé que Ton pouvait obtenir du papyrus d’une grande blancheur, cette substance, telle qu'on la rencontre dans les archives et les bibliothèques, est en général d'un jaune clair; et comme l'encre en vieillissant tend à se rapprocher de cette couleur, surtout quand elle est exposée à la lumière, il est préférable de préserver les actes sur papyrus, non-seulement de l'action directe des rayons s0laires, mais encore de la lumière diffuse. Il ne paraît pas que l'on ait employé aussi fréquemment le papyrus pour les manuscrits que pour les diplômes. On peut citer cependant quelques fragments de S. Avit, déposés à la Bibliothèque du Roi. Le même établissement possède un manuscrit de S. Augustin , également sur papyrus; quoiqu'il soit incomplet, il est d'une admirable conservation, Cela tient sans doute à ce que chaque cahier de papyrus a été dès l’origine placé entre une double feuille de parchemin qui fait elle-même partie du manuscrit, et sur laquelle sont écrites les deux premières et les deux dernières pages de chaque cahier. Mabillon cite dans sa Diplomatique un autre manuscrit pour lequel on avait pris les mêmes précautions. { Voyez la notice relative au manuscrit qui a fourni le fac-simile n° 5 de la planche Il.)

On a souvent, et mal à propos, donné au papyrus le nom de papier d'ecorce. Maffei, qui a relevé plus d'une erreur de ce genre, pense que lon n'a peut-être jamais écrit d'acte sur l'écorce, en tous cas que ces actes ne se sont pas conservés, et que très-certainement si l'écorce brute a pu être employée à cet usage, on ne s'en est jamais servi pour fabriquer du papier. Les Bénédictins, qui n'admettent aucune de ces propositions, citent un ancien manuscrit de Saint-Germain des Prés, dans lequel se trouvent cinq feuillets composés, à leur avis, de papier d’écorce. Montfaucon partage cette opinion. Mabillon, au contraire, a jugé que ces feuillets étaient en papyrus. On peut voir ce manuscrit à la Bibliothèque du Roi, où il est aujourd'hui déposé; mais la question qu'il soulève est plutôt du ressort de la botanique que de la paléographie. Toutefois, comme la couche supérieure de certains feuillets laisse apercevoir sous quelques lacunes les traces de plusieurs écritures d’un caractère différent, 1l paraît probable que ce sont des fragments d'anciens papyrus qu'on aura grossitrement collés les uns sur les autres pour les employer de nouveau. Quelques personnes ont douté qu'il y eût des palimpsestes sur papyrus, c'estèrdine) des actes écrits sur des feuilles de papyrus qui auraient auparavant recoitnE écriture plus ancienne. Le manuscrit qui vient d'être cité semble dé prouver qu'on a tenté d'appliquer au papyrus un procédé dont on s'est fréquemment

servi pour le parchemin. Maïs il existe aux Archives du royaume plusieurs diplômes sur papyrus qui ne laissent aucun doute à cet égard. Il est facile d'apercevoir, dans l'intervalle des lignes de quelques-uns de ces actes, la trace de lignes plus anciennes et qui ont une direction à peu près parallèle à celle de la seconde écriture. Ces doubles lignes sont quelquefois assez rapprochées pour se confondre, et alors il devient difficile de distinguer l'ancienne écriture; mais souvent elles sont complétement isolées, et par un examen attentif on arrive à reconnaître les vestiges des caractères primitifs dans toute l'étendue de l'acte. Parmi ces palimpsestes, il en est un dont l'ancienne écriture se distingue plus facilement encore, parce que les anciennes lignes coupent à angle droit la direction des lignes nouvelles. Get acte est peut-être le seul où l’on déchiffrerait quelques mots, si la composition chimique de l'encre permettait d'employer avec succès quelqu'une des liqueurs qui font revivre les anciennes écritures.

Eumène, roi de Pergame, a été cité comme l'inventeur du parchemin; mais il paraît probable que l'usage d'écrire sur la peau de mouton remontait à une plus haute antiquité, et qu'on a seulement perfectionné sous son règne la manière de la préparer. Cette hypothèse suflit pour expliquer le nom de pergamenum donné à cette substance. Les plus anciens manuscrits que l'on connaisse sont en parchemin; mais il n’en est pas de même pour les actes, ou du moins les Bénédictins ne pensaient pas qu'il y eût des chartes sur parchemin qui fussent antérieures au vi siècle; la plus ancienne de celles qui existent aux Archives du royaume ne remonte qu'à lan 671. On pourrait citer ici un titre qui porte une date beaucoup plus reculée et que les Bénédictins ont défendu contre les attaques de Launoy et du P. Germon; mais quelque respect que nous ayons pour l'avis des savants auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique, il nous est impossible de faire remonter à l'an 558 le diplôme de Chidebert en faveur du monastère de Saint-Vincent et de Sainte-Croix, depuis Saint-Germain des Prés. On ne peut y voir, à notre avis, qu'un renouvellement de l'acte primitif dont le texte a pu sans doute être conservé, mais dont l'écriture n’est pas antérieure au 1x° siècle. En admettant d’ailleurs que cet acte soit original, il n’en serait pas moins prouvé qu'en fait les diplômes sur parchemin sont encore très-rares au vu° siècle ; la charte de Childebert ne serait donc qu'une exception à la règle générale. En tous cas, un diplôme sur parchemin qui remonterait à la première moitié du vi siècle, devrait être considéré comme une singularité remarquable et soumis par conséquent à un examen scrupuleux.

Il ny a aucune espèce de règle à donner sur les dimensions des chartes.

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