PARTIE II. — CHAPITRE I. SH
On en trouve qui ne sont pas plus grandes qu'une carte à jouer; d'autres, au contraire, couvrent une feuille de parchemin dans toute l'étendue qu'elle peut avoir. Quand la longueur des actes ne permettait pas de les écrire sur une seule feuille de parchemin, on formait, en cousant plusieurs peaux, des rouleaux qui avaient quelquefois une longueur prodigieuse : on peut citer pour exemple le rouleau de l'enquête contre les Templiers, qui existe aux Archives du royaume, et qui a plus de soixante et dix pieds de long. Aux points de réunion des différentes feuilles dont se compose ce rouleau, se trouvent deux, trois ou quelquefois quatre signatures, en forme d’estampilles, dont une portion seulement est marquée sur chaque feuille, afin que le rapprochement de la portion correspondante puisse servir de point de rapport; ces feuilles sont d'ailleurs cousues les unes à la suite des autres. Souvent, par surcroît de précaution, on avait soin de sceller une ou plusieurs bandes de parchemin qui réunissaient entre elles les feuilles du rouleau. Dans des pièces d’une aussi grande étendue , il n'est pas rare de rencontrer des alinéa ; mais il n'en existe pas dans les chartes ordinaires, si ce n'est pour les signatures et les dates. Lorsqu'on ne voulait pas, pour compléter un acte, ajouter une seconde feuille de parchemin, on en écrivait la fin sur le verso de la feuille dont le recto avait été rempli. Ces actes, que l'on appelle opisthographes, se rencontrent rarement & parce qu'en général on avait soin de choisir une feuille de parchemin assez étendue pour que la totalité de l'acte pût tenir sur le recto. Il n'existe pas d'actes opisthographes sur papyrus; mais dans les manuscrits les feuilles de papyrus sont, comme celles de parchemin, écrites sur le recto et sur le verso. La peau de mouton, préparée en parchemin, peut avoir une blancheur éclatante, ou être d’un jaune sale. Ces deux couleurs et les teintes intermédiaires, dépendent ou de la qualité de la substance où du mode de fabrication. Ce serait donc une erreur que de prendre pour un signe de vétusté, une teinte jaune plus ou moins foncée. S'il fallait, au contraire, juger de l’antiquité d’un titre par l'aspect seul du parchemin, on pourrait dire que la blancheur jointe à la finesse indiquerait en général qu'il est antérieur au xt‘ siècle. On a aussi essayé de communiquer au parchemin une blancheur factice, mais cette préparation avait l'inconvénient de nuire à la conservation de l'écriture. Des essais du même genre paraissent avoir eu lieu pour lui donner une couleur de safran ; mais les auteurs ne s'accordent pas sur ce point. Quant
! Ilne faut pas considérer comme opisthogra- n'est pas inutile de faire observer en AE ïi 6 c y rre quand ils phes les parchemins dont le revers présente une qu ils renferment souvent des erreurs q 1 É i Ë écriture récente que courte notice de l'acte. Ces sommaires se ren- sont d'une écriture beaucoup plus réce q
contrent sur presque toutes les chartes, et il celle du titre original.
aux parchemins pourprés, on en fabriquait du temps même de Pline. Vers la fin du 1v° siècle, les moines soccupèrent de cet art, qui fut pendant longtemps cultivé avec succès, comme l’attestent plusieurs manuscrits précieux où brillent les reflets les plus éclatants du rouge, du bleu et du violet. Vers la fin du 1x° siècle, le secret de cette préparation paraît s'être en partie perdu. Les parchemins pourprés n'ont plus qu'une teinte obscure et rembrunie. Les vélins ! teints en pourpre étaient en général destinés à recevoir des lettres d’or ou d'argent, et devaient avoir un très-grand prix. On sait d’ailleurs que le parchemin était fort rare, même à son état naturel. De là cette funeste habitude de racler les anciens titres pour en écrire de nouveaux. I paraît que le moyen âge ne fit en cela qu'imiter l'exemple des Romains. On peut quelquefois sans doute arriver à découvrir quelques vestiges de l'écriture primitive, mais ce déchiffrement offre presque toujours de grandes difficultés.
Quoique l'invention du papier de chiffe paraisse remonter au xmn° siècle, il ne fut d'un usage ordinaire que dans le courant du siècle suivant. Le plus ancien titre sur papier de chifle que Mabillon ait rencontré, est une lettre de Joinville à Louis X. Ce papier ne doit pas être confondu avec le papier de coton (charta bombicina, bombacina, cuttunea où Damascena). Celui-ci est plus épais, plus lisse, et laisse ordinairement paraître vers la tranche des parcelles de coton. Cette substance se voit même à son état naturel et comme en flocons dans des registres qui ont souffert de l'humidité. Le papier de coton était certainement en usage chez les Orientaux dès le 1x° siècle, et les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique ne paraissent pas éloignés de croire qu'on lemployait déjà cinq cents ans auparavant. Du reste, il n'eut jamais autant de cours chez les Latins que chez les Grecs. Toutefois, les relations commerciales l'avaient introduit à Venise, à Naples et en Sicile. Montfaucon parle de plusieurs manuscrits en papier de coton, qui remontent au x° siècle. Selon le même auteur, les chartes les plus anciennes qui aient été écrites sur cette substance, sont du commencement du xrr° siècle. Il est inutile de faire remarquer que, malgré la découverte du papier de coton et du papier de chiffe, le parchemin continua d'être en usage pour la transcription des actes quiavaient quelque importance et donton voulait assurer plus longtemps la conservation. De nos jours encore on emploie le parchemin pour les expéditions de quelques contrats de mariage et d’un petit nombre de contrats de vente.
1 On emploie souvent comme synonymes les sait que le vélin proprement dit se fabrique mots vélin et parchemin, parce que ces deux avec la peau de veau, et le parchemin avec la
substances servaient au même usage; mais on peau de mouton.