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DES INSTRUMENTS DE L'ÉCRIVAIN

Puisque les copistes appelaient la peinture à leur aide pour orner les manuscrits de l'éclat des couleurs les plus riches et les plus variées, on ne doit pas s'étonner qu'ils aient, de leur côté, surveillé avec soin tous les détails d'exécution qui les concernaient particulièrement. Ils négligeaient rarement, par exemple, d'assurer à leur écriture la régularité convenable, en limitant d'unemanière uniforme la longueur et l'intervalle des lignes. S'il n'y a pas de manuscrits dans lesquels on trouve l'exactitude pour ainsi dire mathématique à laquelle nous ont habitués les procédés ingénieux de la typographie , il est

PARTIE TI = CHAPUTRE"T. 379 bien positif du moins que les anciens copistes ont atteint un degré de perfection qui fait honneur à leur patience et à leur habileté. Nous avons déjà dit que dans les manuscrits en lettres d'or chaque ligne était souvent comprise entre deux raies blanches dont l'écartement fixait la hauteur des caractères, et que dans les autres manuscrits on se contentait ordinairement de tracer une seule raie sur laquelle s'appuyait la base de l'écriture. Pour espacer également ces raies, l'écrivain se servait d'un compas à l’aide duquel il perçait dans le parchemin des trous qui fixaient la position de la règle. Les raies horizontales qu’il traçait par ce moyen, étaient rencontrées perpendiculairement par des raies verticales tirées du haut en bas de la page, et qui, en limitant le commencement et la fin de chaque ligne, réservaient une marge dans la partie gauche de la page et une autre dans la partie droite. Chacune de ces marges peut aussi être indiquée par deux raies verticales rapprochées l'une de l'autre, et il arrive souvent qu’à la fin des lignes, l'écriture au lieu de s'arrêter à la première verticale, s'étend jusqu'à la seconde. Il est inutile de faire remarquer que dans les manuscrits disposés sur deux ou sur trois colonnes, chaque colonne est comprise entre deux verticales. On conçoit que tous les écrivains ne s'attachaient pas également à renfermer leur écriture dans les limites qu'ils avaient eux-mêmes tracées; mais ce qu'il importe de savoir, c'est que la comparaison des moyens dont on s'est servi pour tracer les raies des manuscrits, fournit quelques moyens d'apprécier l’âge auquel ils appartiennent.

Jusqu'au xm° siècle, on les a tracées avec la pointe du style. Cependant on s'est servi du crayon ou de la mine de plomb dès le x‘ siècle; cet usage, devenu ordinaire au xn°, convient surtout aux deux siècles suivants. Dans les manuscrits plus récents, l'écriture s'appuie souvent sur des lignes rouges.

Selon les Bénédictins, les raies blanches tracées horizontalement sur toute la largeur de la feuille indiqueraient un manuscrit remontant au moins au vu siècle; mais s'il n'y avait que les deux premières et les deux dernières qui occupassent cette étendue , on ne pourrait regarder le manuscrit comme antérieur au x1° siècle. Comme les raies tracées avec la pointe du style entamaient souvent le parchemin et avaient linconvénient de lui faire boire l'encre, plusieurs écrivains avaient la précaution de maintenir leur écriture un peu au-dessus de ces raies. Dans les diplômes, qui ne sont presque toujours écrits que d’un seul côté, on évitait quelquefois cet inconvénient en rayant le revers du parchemin; la pointe du style produisait alors sur le côté opposé une légère saillie qui suffisait pour guider l'écrivain. Les Bénédictins ont remarqué que, dans les manuscrits antérieurs au VIH° siècle, les points perçants marqués avec les pointes du compas étaient souvent recouverts par le texte,

tandis qu'en général ils se trouvent sur la marge; ils ont même disparu dans beaucoup de manuscrits qui ont été rognés de trop près par le relieur. Lorsqu'il existe dans la marge supérieure où inférieure d'un manuscrit des points autres que ceux qui fixent la direction des raies verticales destinées à limiter les marges, il y a de fortes présomptions que l’on a employé pour ce manuscrit un parchemin palimpseste. I faut alors examiner avec soin sil n'existe pas de traces d’une écriture plus ancienne dont les lignes, comme l'indique la position des points, devraient croiser celles de la dernière écriture.

Une longue discussion sur les instruments qui étaient employés par les copistes serait plus curieuse qu'utile pour l'appréciation des anciennes écritures. On peut se rendre compte , d’après ce qui précède, de l'emploi de la règle, du compas et du style. Peut-être distinguait-on le style qui servait pour les tablettes de cire, d’un instrument analogue qui aurait été employé seulement pour rayer le parchemin, et qu'on trouve désigné sous le nom de subula. Les Bénédictins semblent croire que cet instrument était non-seulement pointu, mais encore tranchant, parce qu'ils ont trouvé dans certains manuscrits le parchemin entièrement divisé dans toute l'étendue d’une ligne. L'usage de l'encrier, de l’écritoire, du pupitre, du canif, de la pierre à aiguiser et de la boîte à poudre ne nécessite aucune explication : les Bénédictins font seulement observer que certaines écritoires étaient façonnées de manière à tenir lieu de règle. D. Montfaucon parle en outre d’une fiole pleine de quelque liqueur propre à détremper l'encre trop épaisse, et d’une autre qui contenait le vermillon dont on se servait pour écrire les titres des livres et des chapitres. Quand les copistes s'apercevaient d’une erreur avant que l'encre fût séchée, ils l'effaçaient avec une éponge; mais lorsque ce moyen ne pouvait plus être employé, ils tiraient une barre comme on le fait aujourd'hui (voy. le dernier mot du premier fac-simile de la planche IT), ou bien ils marquaient des points en dessous des lettres à effacer (voy. le dernier mot du quatrième fac-simile de la planche VIT). Il est inutile de parler des ciseaux qui servaient à rogner les inégalités du parchemin, ou d'indiquer les matières qui pouvaient être employées pour en aplanir les aspérités. Nous terminerons en reproduisant un passage du Nouveau Traité de Diplomatique sur les roseaux, les plumes et les pinceaux.

«La canne, le calamus ou le roseau arundo, Juncus, disent les Bénédictins, «ut Pinstrument. ordinaire des écritures faites avec des liqueurs, longtemps «avant qu'on se servit de plumes. David compare sa langue au calamus d'un «écrivain qui écrit rapidement. Ce calamus est interprété jonc par Aquila. L'É- «gypte fournissait beaucoup de ces jones ou roseaux.

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