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PARTIE III — CHAPITRE II

En examinant l'alphabet minuscule qui forme le Jac-simile n° 2 de la planche I, on reconnait, d'une part, que les lettres c, t, o, p, æ, y etz ressemblent à peu près aux lettres correspondantes de la capitale et de l'onciale; de l’autre, que les lettres h, q, t et u ont conservé dans l'alphabet minuscule les formes qu'elles avaient reçues dans l'alphabet oncial. Les différences de l'alphabet minuscule, par rapport à l'alphabet oncial, ne portent donc que sur les lettres a, b, d, e, f, q, l, m,n, rets.

On retrouve dans l’a minuscule le montant principal de VA oncial; mais le montant gauche et la traverse se sont arrondis à leur point de rencontre pour former une panse. Cette forme de Va minuscule se rapproche beaucoup de VA oncial tel qu'on le rencontre dans un grand nombre de manuscrits. On peut s'en convaincre en examinant la forme de l'A oncial dans le 5° fucsimile de la planche II. Notre alphabet minuscule présente deux autres formes d'a, qui se rapprochent de l’a italique; on les a reproduits d'après le manuscrit auquel cet alphabet a été emprunté pour constater que ces a, qui appartiennent, comme on le verra plus tard, à l'écriture cursive, se trouvent mêlés souvent à l'écriture minuscule.

Le b minuscule supprime la panse supérieure du B oncial et capital, mais en conservant la portion de la haste qui était enveloppée par la panse supérieure.

Quoique le d minuscule ne diffère pas moins, au premier coup d'œil, du D capital que du D oncial, cependant c'est au D capital qu'il faut en rattacher l'origine. Le d minuscule se compose comme le D capital d'une faste et d'une panse. La prolongation de la haste du d minuscule ne constitue qu'une différence légère, qui ne détruit pas l'analogie des deux lettres. Quant au changement de position de la panse, il s'explique par l'usage où l'on était autrefois, après avoir terminé une ligne, de recommencer la ligne suivante dans le sens contraire; en eflet, comme l'écriture allait alternativement de gauche à droite et de droite à gauche!, il en résultait que dans les lignes dirigées de droite à gauche, la position des lettres était celle qu'auraient les caractères d’un de nos livres réfléchis par un miroir, et que le D se présentait sous l'aspect suivant, (. IL est bien positif d'ailleurs que cette lettre se trouve renversée de cette manière dans plusieurs inscriptions.

Le prolongement supérieur de la panse de FE oncial, en s'abaissant jusqu'à

la barre, forme le minuscule.

1 On est convenu de donner à cette écriture «l’action du laboureur qui, après avoir tracé son le nom grec de boustrophédon. « Cette expression, « premier sillon, en forme un autre à côté et «disent les Bénédictins, caractérise parfaitement «poursuit de la sorte son travail jusquà ce qu'il

«bien une écriture dont le propre est d'imiter sait achevé la ligne. »

L'f minuscule se distingue par l'arrondissement du point de rencontre de la haste et de la barre supérieure.

Le 4 minuscule diffère du G oncial, 1° par le prolongement et la forme de la queue, qui se courbe en remontant vers la gauche; 2° par l'ouverture qui existe à gauche, dans le bas de la panse. On voit d’ailleurs que la panse du q minuscule, au lieu d’être ouverte vers la droite, se trouve complétement fermée par le prolongement de la partie supérieure de la queue. Enfin on remarque dans le g minuscule une petite barre, qui part du haut de la lettre en se dirigeant vers la droite, et qui n'existe pas dans le G oncial. Si l'ouverture qu'on voit à gauche de la queue, dans la panse du g minuscule, n’est pas un caractère constant de cette lettre (voy. la première ligne du fac-simile n° 4 de la planche V), les autres différences qu'on a signalées le distinguent assez du G oncial pour qu'on soit autorisé à le faire dériver d’un autre g qui appartient à l'écriture mixte, et dont le 2° fac-simile de la planche TT fournit un modèle. (Voy. la quatrième lettre de la dernière ligne de ce fac-simile.) Or ce q, dont les rapports avec le 4 minuscule sont trop frappants pour qu’il soit nécessaire de les indiquer, se rapproche de la forme sous laquelle on rencontre souvent le T grec. On le retrouve d’ailleurs dans les monuments les plus anciens de l'écriture cursive, à laquelle l'écriture mixte et la minuscule l’auront emprunté.

Ce qui distingue la lettre / dans l'écriture minuscule, c'est la courbure de la haste et dé la barre à leur point de rencontre.

Les rapports de lM onciale et de Ÿm minuscule sont faciles à saisir. Elles renferment l’une et l'autre trois jambages; mais dans ?m minuscule le haut du premier jambage se prolonge au-dessus du point où le second jambage vient le rejoindre, en sorte que ces deux parties sont parfaitement distinctes. C'est là que gît la différence qui sépare essentiellement lm minuscule de TM onciale. Quoique le bas du dernier jambage de lm minuscule se recourbe habituellement vers la droite, comme dans notre modèle, cependant ce caractère n'est pas constant. ( Voy. l’m du mot eum à la fin de la première ligne du facsimile n° 3 de la planche V.)

La traverse qui forme le caractère distinctif de VN capitale et onciale n'existe pas dans ln minuscule : c’est le second jambage qui vient se réunir au premier en se recourbant vers la gauche.

La panse et la queue de l'R onciale sont remplacées dans Fr minuscule par un trait qui prend naissance un peu en dessous du sommet de la haste, et qui se recourbe en s'avançant vers la droite. Nous donnerons à ce trait le

nom de crochet, qui cependant ne peut guère convenir qu'à une des formes

PARTIE IIL — CHAPITRE II. 393 sous lesquelles se présente cette portion de l’r minuscule. Il ne faudra donc attacher à cette expression qu'une valeur purement conventionnelle. Ainsi, en comparant les deux r de notre modèle, on pourrait distinguer dans la seconde un simple crochet, et dans la première un crochet ondulé qui se prolonge en se relevant. On verra que ce crochet, dans l'écriture mixte, se recourbe souvent de manière à prendre, pour ainsi dire, la forme d'un jambage. (Voy. dans le premier fac-simile de la planche IV, les deux r du mot quapropter, qui est en tête de la première ligne.)

On trouve dans l’s minuscule une haste dont la partie supérieure se termine en forme de crochet. Une portion du côté gauche de la haste présente un renflement peu apparent dans notre modèle, mais qui est souvent caractérisé d'une manière très-sensible. (Voy. les quatre s du mot gloriosissimis, dans la première ligne du fac-simile n° 1 de la planche V.) On désignera ce renflement sous le nom de saillie.

2° De l'écriture minuscule diplomatique

L'alphabet qui vient d’être examiné appartient à la minuscule des manus-

crits; mais les diplômes, surtout à partir du x1° siècle et du xn*, renferment une autre espèce de minuscule, qui se distingue de la première par le prolongement des hastes et des queues. Si ces traits excédants sont quelquefois peu sensibles, comme on peut le remarquer dans le 2° fac-simile de la planche XIV, on verra, en examinant les autres modèles de la même planche, qu'ils prennent souvent assez de développement pour qu'on puisse les considérer comme un caractère spécifique. Quand la minuscule diplomatique est pure de tout mélange, on n’y trouve pas d’autres lettres que celles qui appartiennent à l'alphabet minuscule; mais il arrive souvent qu'elle emprunte quelques caractères à la cursive, sans toutefois cesser de se rattacher dans son ensemble au genre minuscule. C'est ainsi, par exemple, que nous donnerons le titre de minuscule diplomatique aux écritures qui sont reproduites dans les trois derniers Jac-simile de la planche XIIT, parce que la distinction des lettres s'y trouve presque toujours observée : cette circonstance, qui influe sensiblement sur l'aspect général de ces écritures, suffit pour les rattacher plus particulièrement au genre minuscule, lors même qu'elles se servent de temps en temps de quelques-unes des lettres qui appartiennent à l'alphabet cursif, ou qu'elles donnent aux signes d’abréviation une forme compliquée qu'ils n'ont jamais dans les manuscrits.

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