IV. DE L'ÉCRITURE CURSIVE
Si nous avions voulu suivre l’ordre chronologique dans la description des écritures, la cursive aurait été placée au moins sur le même rang que l'onciale. «M. le marquis Maffei, disent les Bénédictins, frappé de la nécessité «où l'on était à Rome d'écrire beaucoup et promptement, ne peut com- «prendre que les savants aient pu refuser aux Romains le caractère cursif, «et qu'ils en aient gratifié libéralement les barbares destructeurs de l'empire.
«Comment, dit-il, n'a-t-on jamais considéré qu'il était absolument impos- «sible aux Romains d'expédier tant d'affaires dans un si grand nombre de «tribunaux, avec un caractère aussi lent, aussi tardif, aussi peiné que la ma- «juscule ? Combien de lettres fallait-il quelquefois expédier à la hâte, comme «le dit Symmaque? Il était donc naturel et même inévitable, dans l'exercice « perpétuel d'écrire et souvent de le faire avec rapidité, d'aller d’abord en di- «minuant les lettres, puis d'en disposer la figure de façon à être formée d’un «seul trait de plume, ensuite de la lier d'une manière continue sans lever la «main. Nous savons le très-grand nombre d'écrivains de profession qui étaient «à Rome, puisque chaque magistrat avait les siens. Nous savons en combien «de classes et par combien de dénominations on les distinguait; combien d’es- «pèces d'instruments et d'actes ils dressaient tous les jours; et nous croirions «que des hommes si occupés, qui devaient écrire ou dicter quelquefois de «longs discours et quantité de lettres, s'en seraient tirés avec le caractère ma- «juscule ! Car il ne faut pas seulement considérer la grandeur des caractères, «maïs encore la nécessité de n'en pouvoir former aucun sans en détacher la vplume ou le calamus, et de plus, sans faire, par exemple, un À ou un E de «trois où quatre pièces. Quel est l'employé dans les grands bureaux ou dans «es greffes de judicature qui pourrait suffire au travail, s'il fallait seulement «tout écrire en caractère d'imprimerie? Il est donc indubitable que, même à «Rome, le petit caractère et le cursifétaient en usage.
«On peut ajouter qu'il n'est pas vraisemblable que les auteurs romains, dans «la chaleur de la composition, n'aient pas su éviter les lenteurs de l'écriture «majuscule. Tardior stylus, dit Quintilien, cogitationem moratur. L'auteur blâme «en cet endroit le peu de soin que la plupart des gens de condition appor- «taient à écrire bien et proprement. Non est aliena res, que ferè ab honestis negligi «solet, cura bene ac velociter scribendi. » (Nouv. Tr. de Dipl. tom. IT, pag. 405 et 406.)
Ces raisonnements, qu'il serait diflicile de réfuter, sont d’ailleurs confirmés