SIT. DE LA MINUSCULE GOTHIQUE
Ce qu'il y a de plus frappant dans la minuscule gothique, c'est que la plupart des lignes droites et des lignes courbes sont remplacées par des lignes brisées. Cette tendance se manifeste surtout dans les lettres 1, m, n etu, dont la tête incline vers la gauche et le pied vers la droite, tandis que la partie moyenne conserve la direction verticale. C'est ce que l’on peut vérifier sur le fac-simile n° 3 de la planche X. L'o et les caractères qui comme le b, leg, lepetle q avaient auparavant dans certaines parties la forme ronde ou ovale, furent pour ainsi dire taillés à facettes; en un mot, on vit poindre de tous côtés des saïllies anguleuses qui donnèrent à l'écriture un aspect tout nouveau. Quoique ces formes anguleuses n'aient point paru en même temps dans toutes les lettres de l'alphabet, et qu'on les trouve d'abord moins franchement caractérisées qu'elles ne l'ont été dans la suite, cependant il est toujours facile au premier coup d'œil de distinguer la minuscule gothique de celle qui appartient à la première période. On ne confondra point, par exemple, lécriture de la planche VIII avec celles qui sont reproduites dans la planche V. Il arrive souvent aux écrivains gothiques de réunir les parties extrêmes de deux lettres voisines, surtout lorsque ces lettres renferment une panse. C'est ce que l'on peut vérifier sur la planche VII, notamment dans les syllabes bos, hos et dos qui terminent les lignes 7, 8, 9, 18 et 24. La brisure pour ainsi dire uniforme des jambages ne permet pas toujours de distinguer ln ou Fm de l'u suivi ou précédé d'un 1, quand cette dernière lettre n’est pas surmontée d'un accent. L'écriture gothique se fait remarquer aussi par le contraste qui résulte de la finesse des liaisons comparée à l'épaisseur du corps des caractères. À ces observations générales ajoutons quelques remarques spéciales sur certaines lettres qui affectent une forme tout à fait caractéristique.
Le premier et le troisième fac-simile de la planche X présentent deux formes d'a minuscule qui sont particulières à l'écriture gothique. Dans le premier fac-simile, la partie supérieure du montant se recourbe vers la panse, qu'elle rencontre en formant pour ainsi dire un second montant qui est quelquefois légèrement brisé dans sa partie moyenne. {Voy. par exemple la du second mot de la 2° ligne.) Souvent aussi ce montant, tracé comme d'un seul jet, parait indépendant du montant de droite. {Voy. l'a de la première syllabe de la 4° ligne.) Alors la ligne horizontale et supérieure de la panse prend tout à fait l'aspect d'une traverse. C’est ce que l’on voit encore dans l'a du mot latine