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Î. DE LA MAJUSCULE GOTHIQUE

Les formes de la majuscule gothique sont trop arbitraires pour qu'on puisse y retrouver la distinction de la capitale et de l'onciale. Si on examine l'al-

phabet majuscule renfermé dans le fac-simile n° 3 de la planche X, on reconnaîtra, il est vrai, que les lettres E, H, M et U se rattachent à la forme onciale; mais en revanche, les lettres À, D, G et Q dériveraient plutôt de l'alphabet capital, tandis que TN appartiendrait à l'alphabet minuscule. Si le mélange de ces différents caractères était particulier au manuscrit qui a fourni cet alphabet, on ne devrait pas renoncer à maintenir la distinction des deux genres de majuscule; mais la confusion ne ferait que saccroître, si l'on voulait relever les formes de toutes les grandes lettres qui se rencontrent dans les manuscrits de la période gothique. Que l’on examine par exemple les lettres majuscules qui commencent les lignes des fac-simile 6, 7 et 8 de la planche VII, on trouvera en tête de la seconde ligne du 6° fac-simile un E qui dérive de l'alphabet minuscule, et un D oncial au commencement de la huitième ligne, tandis que dans le modèle de la planche X l'E aurait la forme onciale et le D la forme capitale. Si l’on passe au fac-simile suivant, on trouvera au commencement de la quatrième ligne un Ü qui au lieu d'appartenir à l'alphabet oncial, se rapprochera plutôt de la figure du V capital. L'A qui est en tête du 8° fuc-simile se rattache évidemment à l'alphabet minuscule; et le D qui commence la seconde ligne n'appartient pas plus à l’onciale qu’à la capitale. En poursuivant cet examen, on trouverait partout la même confusion des formes qui, pendant la première période, servaient à distinguer les différents genres d'écriture. Ce fait une fois constaté, il resterait à décrire les éléments qui entrent dans la formation des lettres de la majuscule gothique. Mais quelle figure assigner à ces caractères ? N'a-t-on pas vu, par exemple, que l'A dérivait tantôt de l'alphabet capital, tantôt de l'alphabet minuscule? N'a-t-on pas reconnu des variations analogues dans les formes du D, de l'E et de l'U? Si l'on voulait parcourir les autres lettres de l'alphabet, y trouverait-on plus de fixité ? Non sans doute ; et ce fait s'explique par les habitudes des écrivains de la période gothique. Au lieu d'employer, comme on le faisait autrefois, l'écriture majuseule pour distinguer les titres ou les passages remarquables d'un manuscrit, ils se contentaient en général de varier la couleur de l'encre ou d’augmenter la hauteur des caractères (voy. par exemple les deux mots qui terminent le fac-simile n° 4 de la planche IX) '; mais ces caractères appartenaient par leur forme au même alphabet que le corps du texte, et les lettres majuscules n'étaient employées que comme lettres initiales. C'est là ce qui explique

1 Il n'est pas rare de rencontrer dèslexr'siècle, siècle suivant, onse contentaitsouvent d'écrire ces dans les titres des manuscrits, un mélange de titres en caractères minuscules d’une plus grande lettres capitales, onciales et minuscules. (Voyez le dimension que ceux du texte. (Voyez dans la titre du fac-simile n° 4 de a planche VI.) Dansle même planche le titre du 5° fac-simile.)

PARTIE III — CHAPITRE II. A01 pourquoi la forme et les dimensions de ces lettres admettaient tant de différences, pourquoi surtout elles sont surchargées de traits inutiles et accessoires, que les écrivains variaient suivant leur goût et leurs caprices. En considérant l'alphabet majuscule de la planche X, on reconnaît bien vite que la complication et l'inégalité des formes n'auraient pas permis de tracer un corps d’écriture avec de pareils caractères !. Si on avait voulu réunir une collection même incomplète de majuscules gothiques, il aurait fallu augmenter considérablement le nombre des planches; mais la science y aurait moins gagné que la curiosité. On n’essayera donc pas de suivre cette écriture dans ses innombrables transformations; il suffira sans doute d’avertir qu'elle se distingue par la diversité des formes, par le renflement exagéré de certaines portions des lettres, ou par les traits accessoires qui en défigurent souvent l'aspect. C'est ce que l’on peut vérifier dans l'alphabet de la planche X. Le trait qui rencontre le haut des deux montants de l'A, et celui qui tranche le bas du montant de droite, ont tous deux plus de développement que la traverse. Le montant de gauche, qui se prolonge beaucoup trop bas, présente dans la partie moyenne un renflement considérable qui contraste avec la maigreur des parties extrêmes. La haste du B est restreinte à des proportions d'autant plus petites, que les deux panses prennent plus de développement et qu'elle est dépassée à gauche par deux traits tout à fait superflus. La ligne courbe qui rencontre les deux crochets du C, et qui en ferme complétement l'ouverture, donne à cette lettre une forme presque semblable à celle d'un q minuscule ou oncial. On peut appliquer au D les mêmes observations qu'au B, et il faudrait répéter pour l'E ce qui vient d'être dit pour le C. L'F est défigurée par le développement excessif du trait qui tranche le pied de sa haste, et plus encore par la ligne qui descend du haut de la barre supérieure : cette ligne, qui rencontre l'extrémité de l’autre barre, pourrait faire confondre la lettre avec une H ou avec un A du genre de celui qui est en tête de l'alphabet. L'examen des autres lettres fournirait des remarques analogues. Dans le premier fac-simile de la même planche, on trouverait des lettres majuscules d’une forme plus simple et plus élégante, et qui cependant renferment toutes des traits superflus. En vérifiant une à une les majuscules gothiques reproduites dans les planches VII, VIII, IX, X, XV, XVIet XVII, on reconnaîtra presque partout des contours irréguliers ou des ornements parasites : ce double caractère est tellement facile à saisir,

Æ = sidér: e: ré 1 et à d'ai ré à 1 On ne prétend pas nier que la majuscule sidérablement réduits. Il existe d’ailleurs, à comp-

gothique ait été employée dans les inscriptions; ter du x1v° siècle, un très-grand nombre d'inscripmais alors les traits excédants qui l'accompagnent tions dont les caractères appartiennent en entier presque toujours dans les manuscrits étaient con- à la minuscule gothique.

qu'il n’est pas nécessaire d'entrer à cet égard dans de plus longs développements.

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