‹ Éléments de paléographieChapitre 367 sur 492 · PARTIE III — CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

PARTIE III — CHAPITRE IIL

spéciale, parce que la lettre superposée entre nécessairement dans la composition de la syllabe ou du mot abrégé’. Cest ce que l'on peut vérifier en parcourant les exemples rapportés ci-dessus. Quand la superposition d’une lettre n’entraine pas la suppression d'une autre lettre, le déchiffrement ne peut offrir aucune difficulté. Quelquefois, par exemple, surtout quand l’espace manquait à la fin d’une ligne, le copiste superposait la dernière lettre d'un mot ou d'une syllabe, et il écrivait les mots diversus, impos-sibile, diversu*, impo*sibile. Enfin de même que Jon abrége aujourd'hui les mots Monsieur, Madame, sous la forme suivante, M', M"°, on rencontre aussi dans les manuscrits des abréviations telles que vigi, incar®, m°, pour vigila, incarnatione, millesimo. Il y a des combinaisons de lettres qui peuvent être considérées comme de véritables abréviations, en ce sens qu'elles dispensent de répéter deux fois des traits qui peuvent servir à un double usage; ainsi dans le b et le p conjoints on ne trouve qu'une seule panse qui se rattache à la haste du b et à la queue du p; il en est de même dans la conjonction du det du q.Il yen a d’autres, au contraire, qui se bornent à entrelacer deux lettres sans supprimer aucun des traits qui les composent : telle est la liaison de l'e et du t, qui a été longtemps employée dans l'imprimerie, et qui réunit l’e cursif à un { d’une forme particulière, semblable à celui qui termine la première ligne du fac-simile n° 1 de la planche XII. Si on examine le mot et dans le passage suivant de la même ligne : unde et ipsas commutactones, etc., on verra qu'il renferme tous les éléments du signe rapporté ci-dessus. Quoiqu'il doïve être question plus tard des conjonctions de lettres, il était nécessaire de citer ici celles qui se combinent avec les abréviations proprement dites. Le b conjoint avec l'abréviation du mot pro ne peut être traduit que d'une manière. Quant aux abréviations combinées avec le q et le d conjoints, si elles ne conservent pas dans tous les manuscrits le sens que nous leur avons assigné, cette interprétation est au moins la plus ordinaire. Pour représenter l'abréviation de la finale rum, il a fallu choisir entre deux signes différents, que l'on trouvera reproduits dans la cinquième colonne de la planche I (Voy. les deux premiers signes de la 16° ligne.) On voit en effet que si la syllabe rum est indiquée dans les deux cas par Îr tranchée, cette lettre se présente sous deux formes essentiellement distinctes. Le premier signe conserve à lr son aspect ordinaire, et cependant il est beaucoup plus rare que le second, dans lequel on trouve une forme d'r qui était souvent employée après la lettre 0. {Voy. le fac-simile n° 2 de la planche V.) Cette

1 On trouve quelquefois le signe ® au lieu du négligés pour que les formes spéciales des abrésigne * pour représenter er, re, elc.; mais ce n’est vialions y soient observées.

que dans les chartes, ou dans des manuscrits trop

forme d’r, qui était presque toujours préférée pour exprimer l'abréviation de la finale rum, est une R capitale, dont on a retranché la haste.

En voyant quelques exemples d’abréviations spéciales indiquées par le point, il ne faut pas oublier que de tous les signes abréviatifs le point est peut-être celui qui en général a la valeur la plus arbitraire. On doit se rappeler en effet qu'il était ordinairement placé après les sigles simples. On

l'employait de même lorsqu'un mot était désigné par quelques-unes des lettres

qui le composent; ainsi, les mots homines, hominum, hominibus, pouvaient s'é-

crire homin.; par conséquent cette abréviation admettait plusieurs inter-

prétations. Il ne faut donc considérer le point comme une abréviation spéciale

que dans les exemples qui ont été expressément indiqués, c'est-à-dire : 1° quand

il est superposé à l'A et à l'u; 2° quand il est placé après le b et le q; 3° quand

il est placé avant et après les lettres : et s. Encore est-il bon de faire observer

qu'indépendamment de cette signification spéciale de Tr et de ls, placés entre

deux points et représentant id est et scilicet, on trouve ces deux lettres employées

de la même manière, mais comme sigles initiaux d'expressions toutes diflé-

rentes. Ainsi, dans la planche VII (fac-simile n°3, 1" ligne), on trouve après

les mots Petri Abaelardi, un à placé entre deux points et signifiant tunioris ;

trois lignes plus haut, dans le fac-simile précédent, ls placée entre deux points

doit se traduire par significativa. I faut en conclure que le point placé avant et après une lettre indique, en thèse générale, l'emploi de cette lettre comme

sigle !, et que si quelques-uns de ces sigles sont rangés au nombre des abréviations qui ont une valeur spéciale, c'est parce qu'ils désignent presque toujours

les mêmes syllabes ou les mêmes mots.

Le point et la virgule réunis peuvent être au contraire considérés comme

des abréviations proprement dites, ou du moins il ne paraît pas qu'ils aient été employés pour désigner d'autres finales que celles qui ont été indiquées cidessus. Il en est de même du signe que nous avons dit être dérivé du point et

de la virgule. Il n'est pas rare, surtout à compter du xrn° siècle, de remarquer

l'emploi simultané de ces deux signes dans un même manuscrit. (Voy. la syl-

labe finale des mots neque et quoque, planche VIT, n° 2, lignes 12 et 14.)

Le signe particulier lié au q, pour désigner le mot quia, n’a pas en général l $ fl 8

! Il arrive souvent que le point est seulement placé après le sigle ; mais souvent aussi on le plaçaitavant et après. Dans l’avant-dernière ligne du fac-simile n° 2 de la planche VIT, le mot Aristoteles est désigné par un a placé entre deux points;

et comme on retrouve dans un autre passage ce

mot exprimé de la même manière, quoique l'a placé entre deux points soit au commencement d'une ligne, il faut voir dans le premier point non un signe de ponctuation, mais une partie essentielle du sigle.

PARTIE IIL — CHAPITRE III. 139 varié sensiblement dans sa forme: on le trouvera cependant rendu avec une légère différence dans la 7° ligne du fac-simile n° 3 de la planche VIL. En gcnéral il ne s'éloigne pas beaucoup de l'aspect de lr qui était employée dans l’abréviation de la syllabe rum.

Le signe qui exprime les lettres ur se présente sous des formes très-variées; on pourra s'en convaincre en vérifiant, dans la série des planches, les indications suivantes : 1° PL. VI, n° 5, 5° ligne, abréviation finale du mot vocabitur ; 2° même planche, n° 7, 7° ligne, abréviation finale du mot incipiatur; 3° PI. VII, n°1, 2° colonne, /° ligne, première abréviation du mot duraturum ; 4° même fac-simile, 3° colonne, 3° ligne, abréviation du mot paritura ; 5° même planche, n° 2, 7° ligne, abréviations finales des mots consequerelur et subtraheretur; 6° même planche, n° 6, 3: ligne, abréviation finale du mot signatur ; 7° même planche, n° 9, 1" ligne, abréviation finale du mot remittitur. En comparant toutes ces formes, on reconnaît que la plupart diffèrent entre elles, et qu'aucune d'elles ne se rapporte exactement au type que nous avons adopté. Cependant le choix de ce signe n’a pas été arbitraire; on le rencontre exactement sous la même forme dans plusieurs manuscrits; or comme il était impossible de reproduire toutes les figures qui lui ont été substituées, on devait naturellement lui accorder la préférence, à cause de sa simplicité.

Les autres signes abréviatifs n’ont pas subi d'altération importante. Ceux qui remplacent les syllabes com, con et us ont toujours ressemblé au chiffre 9 ou au c renversé. L'abréviation du mot enim est souvent ouverte par le bas; et au lieu de ressembler à un w dont les jambages sont traversés par un trait horizontal, elle prend l'aspect d'une n du genre de celle qu'on remarque dans le mot generibus, en tête du fac-simile n° 4 de la planche VI. Il est même probable que c'est là l'origine de cette abréviation , dans laquelle il était naturel de faire entrer une des lettres qui composent le mot enim. Quoi quil en soit, les deux formes sous lesquelles on rencontre ce signe ont entre elles beaucoup d'analogie, et ne peuvent donner lieu à aucune méprise. Il en est de même des légères variations qu'on peut remarquer dans le signe abréviatif du mot est, et qui consistent dans la substitution de la virgule au point, ou d’une ligne droite à la ligne ondulée. Enfin, l'abréviation du mot et n'admet pas non plus de différences assez importantes pour qu'il soit nécessaire de les signaler.

En vérifiant le petit nombre d'indications qui ont été données sur les transformations de quelques-uns des signes abréviatifs, on a pu remarquer qu'en s'éloignant de son type régulier, un signe arrivait quelquefois à se confondre avec une abréviation d’une valeur toute différente. Ainsi, dans la première ligne du fac-simile n° 9 de la planche VIT, l'abréviation du mot remititur se

rapproche beaucoup de la forme habituelle de l'a superposé. Mais en même temps, si l'on a observé de quelle manière cet a se trouve figuré dans le même Jfac-simile (voy. le mot præterea, 1° colonne, 1° ligne; le mot tradat, 2° colonne, 3° ligne; et dans la ligne suivante le mot traducent), on a pu s'assurer que l'écrivain, tout en s'écartant des types réguliers, avait cependant conservé à ces deux signes une forme spéciale qui permet de les distinguer. Un grand nombre de monuments originaux donnent lieu à des remarques analogues. Il est donc indispensable, quand on entreprend le déchiffrement d'un acte ou d'un manuscrit, de se familiariser d’abord avec les habitudes de l'écrivain. Quelque irrégulière que soit une écriture, on peut toujours lire à la première vue un certain nombre de mots. Ces premiers éléments une fois connus, il faut les étudier avec soin, les soumettre à une analyse rigoureuse, examiner quelles sont les lettres ou les abréviations dont la forme est altérée; puis, en modifiant l'application des règles générales d'après ces observations particulières, on arrivera presque toujours à résoudre des difficultés qui au premier coup d'œil semblaient insurmontables. Il est bien rare que par l’examen préliminaire des habitudes d’un écrivain l'on n'arrive pas à reconnaître s'il confondait les formes de tous les signes abréviatifs ou de quelques-uns d’entre eux seulement. Nous avons rencontré, par exemple, une charte dans laquelle l'abréviation de l’a superposé était employée tantôt selon sa valeur ordinaire, tantôt pour remplacer d’autres lettres que l’a; mais cette exception et d'autres du même genre ne peuvent plus causer de méprises, quand on a pris soin d'abord de les constater par un examen attentif de l’acte ou du manuscrit qui les renferme. La liste suivante, dans laquelle chaque signe conserve sa forme et sa valeur spéciales, ne renferme donc pas la solution des difficultés exceptionnelles, mais seulement une série d’abréviations présentées sous leur aspect le plus régulier’. Nous espérons qu'en l'étudiant avec soin on pourra se familiariser avec les combinaisons les plus ordinaires des signes abréviatifs, et en même temps suppléer à ce qu'il y a d'incomplet dans les courtes observations qui viennent d'être présentées.

1 On a profité pour former cette liste de plusieurs recueils d'abréviations ; mais elle renferme d'ailleurs de nombreux exemples tirés d’un certain nombre de chartes et de manuscrits. On remarquera que l's finale n'a pas ordinairement la même forme dans les mots latins que dans les mots en langue vulgaire. Cette distinction est fondée sur ce que les abréviations latines ont été presque toutes empruntées à des monuments antérieurs à

la seconde moitié du xnr° siècle, tandis que celles de la langue vulgaire appartiennent à l'écriture gothique. Il était donc naturel de conserver à l's finèle la forme sous laquelle on la rencontrait dans les originaux; mais il ne faut pas oublier que cette distinction n’est pas rigoureuse, et que, suivan les siècles, on rencontrera tour à tour l’abréviation du mot dicimus, par exemple, sous l'une des deux formes dif et dis.

Abbas : abb

Abbati : abb1

Abbatiæ: abbe

Ablativo : ablto

Absentia : abñia Absolutione : abne Absque : abf Acceperunt : accepüt Accidens : accidnñs Accidentales : atlef Accipitur : accrpr Accusativum : acém Achatius : ach

Acriter : aët

Action : aôn

Adhærere : adheré Adhibere : adhre.

Adhuc : adh

Adjutricem : adrutcé Adque (atque) : adq. adq; Adversitatis : adufit Adversum : adüf, adüf Adversus : adüf Advocate : aduôe

Æquali : eqh

Æqualis : et

Æque : eq Æquivocatione : equocôe Æternæ : &ne

Æternum : etnü Affectum : affc Affirmativam : affa; afra Agendum : agñd

Agent ou ageret : ag& Agit : ag

Aggregavit : aggaü , aÿgaü Agreable : agable Agustus (augustus) : ag Alberti : alba Albertus : albi

Alia : at

Aliæ : al

Alias : atf

Alicujus : acs

Aliüis : alf

Alio modo : a°° Alioquin : ahodn Aliqua : ah Aliquas : agf Aliquid : ahq, ad Aliquod : ahqd, ad Aliter : aîr, ali Alleluia : alta Alteri : alt, alti Alterius : alti Alterum : altrn Ambitus : äbit Ambulatio : äblo Amen : ar

Amende : aide Ammonuerunt : äâmonuer Amodo : arñ

Angelis : äghs

Angelo : añlo

Angelus : angif Angleterre : angl Angulares : äglaref Angulariter : äglnit Anima : aïa, aä

Animadvertendum : aïadutéd

Animæ : aïe

Animal : aïal, äl, al Animalis : ai

Animam : aïä Animatum : ajat Animi : ai

Aoni : äm

Anno: a°, añ

Annos : añf

Annum : a", änû Annus : äñ, 4, a.

Anouus : änû

Ante : añ

Antea : aña Antedictæ : añdce Antequam : añquä, añd Antichristos : antixpof

Page 1