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PARTIE III. — CHAPITRE III

de donner une liste de celles qui se rencontrent le plus ordinairement ou qui présentent le plus de difficulté. Après avoir étudié cette liste, on pourra entreprendre la lecture de quelques passages empruntés à des manuscrits du xin° siècle. Mais il est nécessaire d'abord d'expliquer la valeur de chacun des signes qui peuvent se combiner avec les lettres de l'alphabet.

Quoique dans certains manuscrits d'une haute antiquité, Îm finale soit remplacée par une ligne droite tirée à la suite du mot de la manière suivante : meoru-, cependant il est vrai de dire en thèse générale, que cette ligne est tracée, non à côté, mais au-dessus de la dernière lettre, en sorte que le mot meorums écrit habituellement meoru. Nous avons déjà dit que lessignes © *: avaient la même valeur et qu'ils étaient employés indistinctement. Il en est de même de toutes les formes intermédiaires qui peuvent se rattacher à chacun d'eux en particulier. Ainsi la ligne droite et horizontale peut commencer ou se terminer par une légère courbure, les signes - et- peuvent être inclinés de différentes manières, sans qu'on doive pour cela y attacher une valeur différente; ces variations sont purement accidentelles et tiennent à l'incertitude de la plume. Le signe - prend quelquefois la direction verticale * tout en conservant la même signification; mais il y a un grand nombre de manuscrits dans lesquels il désigne alors plus spécialement les lettres er, re, ter, eur.

tutaf ütaf { verilas.

uniuüfalhif uniüfalhf aniversalis.

diüfuf diüfuf diversus.

gD gnä gna ou gnä "a.

ainsi on écrira nu Fi plutôt que eus Fi pour les mots A donn donû donner.

prerh prern premier.

port port porteur.

En examinant les différentes abréviations qui viennent d’être reproduites pour le mot genera, on remarquera que le signe abréviatif est placé tantôt audessus de ln, tantôt au-dessus de l’a, en sorte qu'il représente dans l’une ou l'autre position l'e qui précède l’n et les lettres er qui la suivent. Il faut en conclure qu'une abréviation rattachée à une lettre indique la suppression d'une ou de plusieurs lettres, dont la place n’est pas rigoureusement fixée par celle du signe abréviatif; toutefois ce signe remplace plus ordinairement, comme dans les mots veritas, universalis, diversus, crescit, des lettres qui doivent suivre celle au-dessus de laquelle il est placé.

Les signes: et - ne sont superposés ordinairement qu'aux lettres basses, c'està-dire à celles qui ne dépassent pas la hauteur de lm et de ln. En effet, s'il

avait fallu les placer au-dessus des lettres b, d, à, 1, ils auraient pu souvent se confondre avec les queues de certaines lettres de la ligne supérieure. Pour éviter cet inconvénient, les écrivains ont tranché la haste de ces lettres par une ligne tantôt courbe, tantôt droite, mais dont la valeur est aussi variable que celle des signes’ et°. On rencontre par exemple :

buiter pour breviter, qd pour quod, cathica pour cathegorica,

fbtum pour subjectum , confidare pour considerare, fumi pour simul,

fba pour subslanlia, h pour hec, tai pour talis,

ead pour eadem, hedef pour heredes, pla pour plura.

Quoiqu'on employät dans les manuscrits une s de forme allongée (1), on la rencontre cependant surmontée du signe ‘; mais souvent aussi on tranchait le corps de la lettre par une ligne courbe”. La lettre f se combinait quelquefois avec le signe ‘et avec une ligne courbe, analogue à celle qui tranche le corps de ls; mais on n’en rencontre que très-peu d'exemples. Quant au t, il s’alliait aux mêmes signes que les lettres basses, parce qu'il a eu longtemps la forme du + grec. Le p et le 4 peuvent être surmontés comme toutes les lettres basses des signes : et‘; mais en outre leur queue est souvent traversée par des lignes droites ou courbes, du genre de celles qui se rattachent à la haste des lettres b, d,het L. De cette double combinaison résultent les abréviations suivantes :

p ou p qui signifient pre,præ, pud, etc. q qui signifie ordinairement que ;

p qui signifie per, par et por; q qui signifie ordinairement quam ;

p qui signifie pro”; œ qui signifie ordinairement quod.

On a déjà vu que les signes abréviatifs - et’, ainsi que les lignes rencontrant les hastes des lettres b, d, h, L, n'avaient pas de valeur fixe, et qu'ils pouvaient successivement représenter des lettres ou des syllabes complétement différentes. Si parmi les caractères de l'alphabet il y en a qui, accompagnés de lun de ces signes, peuvent se traduire d'une manière à peu près invariable par tel ou tel mot particulier, cependant il n’en est pas moins vrai de dire, en

1 Les signes f et f ne peuvent pas être consi- abréviations p et p. Elles ont quelquefois des

dérés comme ayant la même valeur. Le premier remplace ordinairement les lettres um, un; ainsi on écrivait diuerf pour diversum, Î pour sunt. Le second désigne à lui seul le mot secundum, la syllabe ser, etc.; mais il ne paraît pas qu'on l'ait employé pour sum ou sun. Dans la langue vulgaire, il désigne aussi les finales ses, sant, seur, etc.

. H'estimportant de ne pas confondre les deux

points de ressemblance quand la ligne courbe du signe p, au lieu d'être en quelque sorte le prolongement de la panse, occupe la même position que dans le signe p; mais ces variations, qui tiennent aux habitudes des copistes, n'empêcheront pas de distinguer ces deux signes qui offrent toujours quelque différence, lors même qu'ils s’'éloignent de leur forme habituelle et régulière.

PARTIE AIT. — CHAPITRE III: 1355 thèse générale, que la valeur de ces abréviations est plus ou moins arbitraire, et qu'elles sont susceptibles d'admettre plusieurs interprétations différentes. Mais, à côté de ces abréviations variables, on en rencontre d’autres qui sont fixes et qui représentent une lettre, une syllabe, ou même certains mots particuliers. Ces abréviations consistent tantôt dans des lettres superposées ou conjointes à des lettres ordinaires ou à des lettres abréviatives, tantôt dans des signes spéciaux, employés isolément ou combinés avec divers éléments de l'alphabet. Citons les princi paux exemples de ces différentes abréviations :

1° Superposition de l'a : Stia gralia , ptum pratum, qua, à quam, ; & erga, D prætereà, et et cætera.

2° Superposition de l’i : émen crimen, puf prius, ta tria, Î sibi, ttibi, à ubi, $ igitur. L’i surmonté du signe - peut être superposé : pciplum principium.

3° Superposition de l'o: ret retro, inispicere introspicere, & ergo, 1 modo, 4 quo, à vero, X Christo.

4° Conjonction du b et du signe p : compare comprobare.

5° Conjonction du g et du signe d : d quod.

6° Conjonction du d avec le signe q : d quid.

7° Conjonction des signes q et d ; d quidem.

8° Combinaison de l'e et du { cursifs : & et, ten« tenet. De là : & qui signifie etiam , et quelquefois ent, eret, ou eler : len& lenent ou teneret ; &nuf eternus.

9° Syllabe finale rum représentée par Pr tranchée (x) : meox meorum, quoz quorum. Le même signe se rencontre quelquefois pour les finales ram, ras, res, ris : cox coram, lib libras, anteceffoz antecessoris ou antecessores. L'R capitale tranchée (R;) signifie responsorium dans les missels, respondeo dans plusieurs manuscrits de philosophie, et rex, regis, etc. dans les actes.

10° Point placé au-dessus de l'A et de lu : hoc, ü nt.

11° Point placé après le b et le q : itaq. itaque, plurib. pluribus.

12° Point placé avant et après li et ls: x id est, f scilicet.

13° Point-virgule représentant les finales ed, et, ue et us : {;sed, quhb; quilibel, neq; neque, planb:; pluribus.

14° Autre signe plus récent, dérivé de celui qui précède, et représentant les mêmes finales : f sed, quihb; quilibet, ne neque, plurib pluribus. Le même signe représente aussi lm finale, surtout à compter du xiv'siècle : dominw dominum. Dans la langue vulgaire il remplace quelquefois la finale ment. Enfin il est employé pour figurer lez, et dans ce cas il cesse d'être un signe abréviatif,

15° Signe particulier lié au q : q quia.

16° Signe particulier représentant les lettres ur : ërit currit, tenet tenetur. Le même signe dans la

langue vulgaire représente les finales eur, our : fegñ seigneur, p” pour.

17° Signe particulier représentant les syllabes initiales com et con : smendat commendat, otra contra. Au lieu du signe » on trouve souvent un c renversé : omendat commendat.

18° Même signe (9), employé dans le corps ou à la fin des mots pour représenter les lettres us : fuca rustica, plunb pluribas. Placé au-dessus du p ce signe représente souvent le mot post, qui s'écrivait tantôt P, tantôt pt. Quelquefois la finale us est désignée aussi par le c renversé, ou du

moins par un signe qui s'en rapproche beaucoup. Voyez l'abréviation finale du mot prædictus.

(PI. VI, n° 3, 2° colonne, 2: ligne.)

19° Signes particuliers représentant les mots enim, est, et: wenim, + est, > et. Le signe > modifié de la manière suivante 5 signifie etiam. Il s'emploie aussi en composition comme & et & : ten lenet,

tens tenent ou teneret.

20° À ces différents signes il faut ajouter le à cédille qui remplace l'e : que que. La cédille est

quelquefois réunie à la lettre q, quand cette lettre est surmontée d’une abréviation; en sorte que

le mot que pouvait s'abréger des deux manières suivantes (q et); mais la première abréviation peut se traduire par que ou que, et la seconde par que seulement.

Il est indispensable de présenter quelques remarques sommaires sur les abréviations qui viennent d’être citées.

La forme de l'a superposé (‘) est toute différente de celle qui lui était ordinairement donnée dans le corps des mots. On peut la rattacher à un « cursif d'une haute antiquité, et qui se rapprochait beaucoup de La. { Voy. l'a initial du mot agustas, qui se trouve dans la troisième planche, en tête de la dernière ligne du fac-simile n° 3.) La liaison qui termine a initial du mot agustas se relève au niveau de l'extrémité supérieure des deux jambages; et si elle était plus fortement marquée, la lettre présenterait à peu près l'aspect d'un « grec. Le rapport qui existe entre ce caractère de l'alphabet grec et certains « cursifs deviendra évident si l’on examine Îesa des mots aeterni et condempnatum dans le fac-simile n° 6 de la planche XIT; il ne faut donc pas s'étonner que l’a se rencontre sous cette forme dans les abréviations des chartes et des manuscrits. On le retrouve figuré de la même manière dans les premières éditions du xv° siècle. Il ne faudrait pas croire cependant que cette lettre a toujours été tracée de la même manière. D'un côté, l’a superposé conserve quelquefois la forme minuscule; de l'autre, le signe * subit souvent des altérations plus ou moins considérables, dont on trouvera quelques exemples en vérifiant dans la série des fac-simile les indications suivantes : 1° PI. VI, n° 5, première moitié de la 2° ligne, abréviation du mot aqua; 2° PI. VIT, n° 9, en tête de la 1" ligne, abréviation du mot præterea; 3° PI. IX, n° 3, deuxième colonne, 3° ligne, abréviation du mot antequam ; même colonne, 5° ligne, abréviation du mot forma; 4° PL. X, n° 5, fin de la 7° ligne, abréviation du mot antiphonu. L'a était le seul caractère qui changeât de forme quand il servait de signe abréviatif; l'ret lo qui étaient souvent employés de la même manière, l'e, lu, le c, ls, etc. qui étaient, quoique plus rarement, superposés à d’autres lettres, conservaient leur figure ordinaire; mais comme la superposition de ces caractères, surtout celle des voyelles, entrainait ordinairement la suppression d'une ou de plusieurs lettres, les abréviations qui en résultent peuvent encore présenter quelque difficulté. On a dû cependant ranger ces abréviations parmi celles qui ont une valeur

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