DÉCHIFFREMENT DES ÉCRITURES; MOYEN D'EN FIXER L'AGE
Ce chapitre se divise en deux sections : l'une est consacrée aux écritures de la première période, et l'autreauxécritures de la période gothique. Les différentes espèces d'écritures qui ont été employées pendant le cours de chaque période forment autant d'articles particuliers qui sont subdivisés en paragraphes, lorsqu'il y a lieu de distinguer les modèles reproduits d'après les manuscrits, les sceaux ou les diplômes. Chaque espèce d'écriture est soumise en outre à un double examen : on essaie d'abord de résoudre les difficultés qu'elle peut présenter sous le rapport du déchiffrement, et ensuite d'indiquer les signes qui peuvent servir à en fixer l’âge. Pour ne pas augmenter les divisions déjà fort nombreuses de ce chapitre, on a rattaché à la capitale l'examen des fac-simile dans lesquels cette écriture se trouve mélangée avec des lettres de forme onciale ou minuscule. Parmi les fac-simile dont il est question dans ce chapitre, quelques-uns sont empruntés à des écritures d'Angleterre ou d'Italie; mais nous n'avons pas cru devoir les distinguer de notre écriture nationale, parce qu'une partie de ces modèles appartient à l'écriture capitale, que l’on peut considérer comme à peu près identique chez tous les peuples de l'Europe qui ont adopté l'alphabet romain: les autres sont en caractères gothiques; et dès le xin° siècle, ces caractères ont régné exclusivement! dans les écritures nationales, soit minuscules, soit cursives.
Nous sommes entrés souvent dans de longs développements pour faciliter le déchiffrement des fac-simile; mais comme un ouvrage élémentaire s'adresse aux personnes qui n'ont pas encore acquis la moindre expérience des anciennes écritures, peut-être y avait-il moins d'inconvénient à donner quelques explications minutieuses qu'à risquer d'omettre celles qui pourraient aider un certain nombre de lecteurs. Toutefois nous avons cru inutile de nous étendre longuement sur les abréviations qui ont déjà été indiquées dans le chapitre précédent : la transcription placée en regard des fac-simile doit suffire d’ailleurs
2 I faut excepter, bien entendu, l'écriture romaine renouvelée qui parut d’abord en Italie.
pour résoudre la plupart des difficultés secondaires. Comme les empreintes des sceaux ne sont pas toujours bien conservées, il a paru préférable d'en faciliter le déchiffrement par un mode de transcription qui pût Jusqu'à un certain point en indiquer tous les détails : les grandes capitales correspondent aux lettres qui existent sur la légende ; les petites capitales, aux lettres abrégées; le caractère employé habituellement dans le corps d’un livre, sert à exprimer les passages effacés ou détruits qu'il a été possible de rétablir d'après des originaux mieux conservés. Les lettres 1, J, uw et v sont transcrites sous la forme qu'elles ont dans les légendes, c'est-à-dire qu'elles sont employées tantôt comme voyelles, tantôt comme consonnes à,
Les observations qui précèdent chaque planche, renvoient à des notices dans lesquelles on trouvera quelques détails sur les monuments auxquels sont empruntés les différents Jac-simile. Ces détails sont souvent relatifs à l'âge de l'écriture; par conséquent ils servent de complément aux observations que fournit l'examen de chacun des fac-sinule. IL est d'autant plus nécessaire d'y recourir que les règles sur l'âge des anciennes écritures n'ont pas toujours toute la précision désirable. Aussi est-il fort diflicile, en les expliquant, de ne pas employer des expressions à la fois trop vagues et trop absolues. Quand on énumère, par exemple, les signes qui caractérisent l'écriture du xz11° siècle, on embrasse sous le rapport de la durée une période fort étendue; d’un autre côté, on semble viser à une précision ridicule, puisque l'on établit une distinction entre les écritures du xrrr° siècleet celles de l'an 1200 ou de l'an 1301. Il est impossible cependant d'éviter cet inconvénient toutes les fois que l'on veut signaler certains faits qui concourent habituellement pendant le xmr° siècle, et qui, en thèse générale, n'existent ni au xn° ni au xiv°. Lorsque nous indiquons un certain nombre de lettres comme ayant été employées à telle ou telle époque, il ne faudrait pas non plus en conclure que toutes ces lettres doivent concourir dans un même manuscrit ou dans un même diplôme : la remarque peut être exacte en soi, sans être justifiée dans tous ses détails par chaque monument en particulier. Il y a d’autres exceptions qui tiennent à l'emploi de certaines lettres dont l'usage pouvait être tombé en désuétude ou n'être pas encore généralement admis; dans ce cas, il faut s'attacher surtout à remarquer si ces caractères exceptionnels reparaissent fréquemment dans l'écriture : nous n'avons pas besoin d'avertir que nos observations à cet égard s'appliquent seulement au fuc-simile. Ainsi, quand nous disons que telle lettre est
1 Quoique cette double valeur des lettres à, jÿ, habituer pour ne pas être arrêté dans le déchifu et v ne doive pas être considérée comme une frement des anciennes écritures.
difficulté réelle, cependant il est important de s’y